Editoriaux - Politique - Social - 1 décembre 2019

Pourquoi je ne ferai pas grève

En mars 2010, le mouvement de protestation contre une réforme voulue par Sarkozy, qui relevait l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans, tout en instaurant un système de décote pour les salariés n’ayant pas atteint le nombre requis de trimestres de cotisation, avait drainé dans la rue plusieurs millions de manifestants, vainement. Déjà, en 2003, celle diligentée par Fillon, qui augmentait la durée de cotisation dans la fonction publique, avait provoqué une dans l’enseignement, tout aussi vainement. L’opposition de gauche, qui n’avait alors cessé de crier à l’« injustice », une fois parvenue au pouvoir, avec Hollande, se garda bien de revenir sur ces décisions.

Car, contrairement au temps, jusqu’à la grève de 1995 incluse, où les mouvements populaires pouvaient espérer l’emporter, l’État profond ne semble pas décidé à céder devant le pouvoir de la rue. Le temps d’un libéralisme conquérant, sur lequel se sont alignées aussi bien la droite gaulliste que la gauche morale, est celui d’une « pensée unique » qui se fonde sur les contraintes imposées par un mondialisme triomphant et l’affaiblissement concomitant d’une France exsangue.

En face, les Français, bousculés, n’ont plus eu, comme viatique social, que la débrouillardise individuelle ou une violence spasmodique, dont le mouvement des gilets jaunes est l’incarnation. Tous les tribuns de la plèbe, tant politiques que syndicalistes, ont adopté l’axe libéral, tentant, devant la désaffection de leurs troupes, de sauver les meubles, à commencer par les leurs, en balançant entre bidouillages d’appareils, compromissions intéressées, menaces rhétoriques et, finalement, en cédant sur toute la ligne, tant sur la question du droit du travail que de celle, pourtant vitale, de l’immigration massive. Envisager d’initier un mouvement social d’envergure, c’est prendre la mesure non seulement de la vanité d’une révolte qui fera long feu, et qui laissera ses acteurs la gorge finalement offerte au fil du couteau, mais aussi s’abandonner, une fois encore, à la trahison d’appareils qui ne demandent pas mieux d’être délestés d’une rage populaire encombrante, dont ils ne font que se servir pour mieux négocier et assurer, pour leur boutique, des lendemains sonnants.

On sait que la grosse majorité de ceux qui vont défiler, jeudi, ont voté Macron au deuxième tour. Les syndicats, les partis de « gauche » avaient appelé à faire ce qui apparaît maintenant comme un suicide politique. C’est dire la confusion d’un mouvement qui, faute de lucidité, risque de s’envaser dans les tripatouillages médiatisés.

Si solution il doit y avoir, elle sera politique, c’est-à-dire pilotée par l’État. On connaît les mesures à prendre : redresser la natalité, rapatrier l’économie, mettre fin à une immigration qui sape les intérêts des travailleurs français et, surtout, redonner la fierté patriotique à un peuple, sans laquelle rien ne peut se faire.

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