La du coronavirus aura mis en lumière une des plus grandes failles du système économique actuel : le rôle impropre donné à l’outil monétaire dans le mix des politiques économiques.

Par ses déclarations malheureuses du 12 mars, en expliquant qu’« il ne faut pas s’attendre à ce que les banques centrales soient la première ligne de défense » et que la BCE « n’est pas là pour réduire le spread », Christine Lagarde a involontairement apporté la preuve que la politique monétaire tenait une place disproportionnée dans l’économie. En effet, si on peut lui reprocher son absence de sens politique face à l’incertitude d’une crise naissante, mais dont la gravité ne pouvait déjà plus être ignorée, on ne saurait, en revanche, l’incriminer pour avoir strictement respecté son mandat. En chutant brutalement - moins 12 % pour le CAC 40, par exemple -, les marchés financiers ont montré que leur valorisation, 6.111 points pour le CAC 40, le 19 février, dépendait excessivement des banques centrales. Ils ont montré, de la sorte, leur déconnexion du réel et à quel point la monnaie distordait leur perception des valeurs.

Ainsi, la phrase de Christine Lagarde constitue-t-elle un retour au réel. En remettant les fondamentaux économiques au centre des regards, les marchés financiers ont alors découvert à quel point le roi est nu. Pourtant, Mario Draghi n’a cessé de le répéter pendant son mandat. L’édifice du « whatever it takes » n’avait de sens que si les pays réalisaient les réformes à même de recréer la croissance potentielle évanouie. La subversion totale des politiques économiques structurelles par les politiques conjoncturelles, la politique monétaire en premier lieu, est apparue au grand jour.

Ce mésusage de la politique monétaire n’a été rendu possible que par la démission claire du pouvoir politique. Si la fluidité des flux financiers est primordiale pour le bon fonctionnement d’une économie, dénaturer le rôle de la politique monétaire, le plus puissant des leviers conjoncturels, revient à favoriser une mauvaise allocation des capitaux ou la conservation d’une allocation inefficiente. C’est au pouvoir politique de le comprendre et d’en corriger les effets.

Au final, la politique monétaire ne peut pas être l’alpha et l’oméga de toute pensée économique et les banquiers centraux de nouvelles pythies. Au lieu de se défausser sur elle ou d’attendre d’elle des miracles, il est grand temps de la regarder telle qu’elle est : un instrument important, à coté des politiques budgétaire et fiscales, des politiques économiques conjoncturelles, lesquelles demeurent moins importantes que les politiques économiques structurelles.

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22 avril 2020

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