Editoriaux - Radio - Santé - Société - Table - 19 décembre 2017

La pilule a 50 ans : grandeur et décadence

La pilule « légale » a 50 ans. La loi Neuwirth a été votée le 19 décembre 1967. Quelques mois, donc, avant Mai 68, devenant le symbole de la libération de la femme. Ce sont, d’ailleurs, les baby-boomers – comble du paradoxe – qui y sont le plus attachés. Évoquer les inconvénients de la pilule avec la génération des 60-70 ans est un peu comme remettre en cause le dogme de l’Immaculée Conception sur Radio Notre-Dame.

Il y a encore quelques années, du reste, tenter d’aborder le sujet avec qui que ce soit valait immédiatement un classement magnitude 10 sur l’échelle de Richter de l’obscurantisme : une foldingue ou une bigote. Ou une bigote foldingue. Mais la réticence semble s’être étendue au-delà des asiles psychiatriques et de l’Église catholique…

“Ras le bol de la pilule ?”, titrait le magazine Elle en avril 2010. “Marre de la pilule : pourquoi elles plaquent leur plaquette”, renchérissait, en février 2011, Marie-Claire.

Selon un rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) de 2009, “la prise de la pilule pendant la durée de la vie féconde représente la gestion au quotidien de plus de 8.000 comprimés”. Et l’IGAS de commenter : “La montée des préoccupations écologiques, qui développe une aspiration à des méthodes naturelles, et la crainte des effets à long terme d’une imprégnation hormonale […] alimentent un climat de suspicion, voire de ras-le-bol.”

Le bio ne pouvait indéfiniment rester confiné au garage ou dans la cuisine sans rentrer dans la chambre à coucher. Quel boucher, même hard discount, voudrait encore d’une vache nourrie aux hormones pendant seulement dix ans ? Ce que l’on ne souhaite pas à son bifteck, pourquoi le vouloir pour sa femme, s’interrogent certains.

Et l’on peut continuer de tirer le fil : que pèsent les perturbateurs endocriniens contenus dans les vernis à ongle – dénoncés à grands cris – à côté de la pilule ?

Ce qui n’était qu’une inquiétude diffuse prend corps lorsque Marion Larat porte plainte contre le laboratoire Bayer. Trois mois après avoir commencé à prendre une pilule de 3e génération (pilules apparues dans les années 90), cette Orléanaise de 26 ans avait fait un AVC.

Commence ainsi un long feuilleton. Les témoignages se multiplient (embolie, phlébite, AVC), les plaintes aussi (15.000 aux États-Unis).

Et c’est le procès implicite, par capillarité, de toutes les pilules qui est instruit. Un rapport de l’Agence du médicament révèle, en mars 2013, que les pilules contraceptives, toutes générations confondues, entraînent chaque année plus de 2.500 « accidents » par formation de caillots dans les veines et 20 « décès prématurés » de femmes en France. Les prescriptions sont en forte baisse : 41 % des femmes en 2013, contre 50 % sept ans plus tôt.

En septembre dernier, L’Obs, que nul ne peut qualifier de bulletin paroissial, ouvre ses colonnes à la journaliste Sabrina Debusquat, auteur de J’arrête la pilule, “réquisitoire contre ce symbole de la libération sexuelle”. Au-delà du danger sanitaire, celle-ci évoque carrément un phénomène de “castration chimique”, la plupart des femmes, selon elle, “notant une remontée spectaculaire de leur libido” après l’arrêt de la pilule.

D’où, peut-être, ces paroles d’une femme en colère, rapportées par LCI, en ce jour anniversaire : “On nous empoisonne pour le plaisir des hommes !”, tandis que Le Monde titre sur l’“apogée et [le] déclin de la pilule”.

Voilà un sujet dont un féminisme soucieux des intérêts des femmes aurait pu se saisir, le recul, le retour d’expérience et les statistiques sur plusieurs années permettant d’en évaluer calmement les effets, sans tabou ni préjugé. Mais l’écriture inclusive et les cartables roses sont tellement plus excitants.

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