« Ma petite-fille à Barcelone, mes vacances à Cambrils… »

On dit que la peur est mauvaise conseillère. Mais dans la longue marche du douloureux réveil des consciences occidentales anesthésiées, la peur sera peut-être le seul levier qui fera basculer les opinions publiques dans le camp de la lucidité et du courage. Qui leur fera quitter leurs oripeaux d'autruche, leur petite cuisine aux menus immuables depuis trois ans alors que c'est devenu immangeable :

entrée : émotion
plat : vivre ensemble
dessert : fatalisme.

Certes, il y faudra du temps. Beaucoup de morts. Beaucoup de peur. Mais elle monte, la peur, elle arrive, avec ses pas lents et sourds. La panique sur les Ramblas hier. Les images, les cris, et toujours le même scénario. Toutes nos métropoles. Tous nos lieux de vacances. Et les dizaines de morts et de blessés. Ils ne s'effaceront pas comme cela.

Et là, chez ma voisine, enseignante retraitée de ma petite ville du Sud-Ouest, j'ai vu la peur se lever. Bon, Paris, le Bataclan, Manchester, Berlin, Nice et la promenade des Anglais, c'était loin. Et pas son monde. Et puis Macron lui avait fait oublier tout ça. Page tournée. Mais là, elle a eu peur. Car c'étaient ses lieux familiers et sa famille qui pouvaient être touchés. Comme toute retraitée de la classe moyenne ici, elle a un appartement sur la Costa Dorada et une petite-fille étudiante qui parcourt les grandes villes européennes. Là, ce 17 août, Justine était à Barcelone... Coup de fil angoissé : vous avez des nouvelles de Justine ? Dix minutes après, tout le monde était rassuré.

Et puis, au petit matin : Cambrils. Le choc. Leur appartement. Ce petit port de pêcheurs qu'ils ont connu il y a quarante ans. Ah, certes, ça s'était construit, ça avait bien changé, et puis l'été, à Salou, la ville voisine, il y avait pas mal de racailles venues de France ou de villes d'Espagne... Mais bon, Cambrils semblait préservé, la plage était belle... Trois générations s'y étaient succédé et s'y retrouvaient ou s'y croisaient tous les étés. Un bonheur familial.

Ouf, là aussi, ma voisine retraitée a été rassurée... Mais quand le maire de Cambrils, à l'image de nos autorités coupables, a eu, au petit matin, cette phrase historique malheureuse ("La situation est complètement sous contrôle"), non, là, elle n'y a pas cru. Elle sait que ça va revenir. Et elle ne sera plus Charlie. C'est fini.

Elle est bien obligée de constater que non, la situation est totalement hors de contrôle, en Catalogne, comme dans toute l'Europe, que nos métropoles comme sa petite ville ne sont plus sous contrôle.

Bien obligée de reconnaître que oui, l'immigration musulmane est un problème, nous pose un gros problème. Que toutes les arguties en faveur des migrants ne tiennent plus.

Comment pouvons-nous prétendre intégrer des centaines de milliers d'immigrés musulmans supplémentaires quand les auteurs des attentats de Paris, Bruxelles, Nice, Manchester, Berlin et maintenant Barcelone, par leurs parcours, nous montrent dans le sang notre échec et nos lâchetés dans ce domaine ?

« Non, cela ne peut plus continuer », dit-elle.

Alors, sa "conversion" au réel et au courage n'est pas facile car elle abjure des décennies d'idéologie dont elle reconnaît qu'elles sont à l'origine de cette situation. Elle n'en est que plus remarquable.

Et, depuis ce 18 août 2017, je ne la traite plus d'autruche.

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