Origine de la Sécurité sociale : Léaument ment !

Le député LFI prétend que la Sécurité sociale est une invention de la gauche. Raté, l’histoire raconte autre chose.
Capture d'écran securite-sociale.fr
Capture d'écran securite-sociale.fr

L’affirmation selon laquelle la gauche aurait inventé la Sécurité sociale relève davantage du slogan et du mensonge partisan que de la vérité historique. Sur X, Antoine Léaument a pourtant repris cette thèse, affirmant haut et fort que la gauche serait bien à l’origine de cette organisation, afin d’en recueillir les lauriers tout en dénigrant la droite. Or, les faits historiques montrent, une fois encore, que M. Léaument aime tordre la vérité pour mieux se parer des réussites que son camp politique n’a pas créées seul. En effet, la protection sociale en France ne surgit pas en 1945 comme un miracle descendu du ciel et né de la seule volonté d’un camp politique. Elle résulte d’une lente construction commencée sous l’Ancien Régime.

Solidaire même au Moyen Âge

Bien avant la République, la France du Moyen Âge connaissait déjà des formes organisées de protection sociale. En effet, les congrégations religieuses, les corporations de métiers et les sociétés d’entraide assuraient une assistance concrète à leurs membres. En cas de maladie, d’accident, d’incapacité de travail ou de décès, ces communautés apportaient des aides, prenaient en charge les funérailles, soutenaient les veuves et les orphelins, et garantissaient parfois un revenu temporaire. Il s’agissait d’une solidarité locale, enracinée dans les paroisses, les métiers et la charité chrétienne.

Cependant, la Révolution française, qu’aime tant M. Léaument, brisa ce système. En effet, par la loi Le Chapelier de 1791 furent interdites les corporations, les guildes, les coalitions ouvrières et les associations professionnelles. En supprimant ces anciens corps constitués, le pouvoir révolutionnaire détruisit aussi les secours qu’ils assuraient.

Colbert et la première assurance sociale française

Un autre jalon décisif apparaît au XVIIe siècle. En 1673, sous le règne de Louis XIV, l’édit de Nancy promulgué par Colbert, principal ministre du royaume, permet la création de la Caisse des invalides de la marine royale. Ce dispositif, considéré comme une première forme d’assurance sociale, repose sur deux principes. D’une part, des cotisations obligatoires prélevées sur la solde des marins et officiers, soit près de 2,5 % de leur salaire. D’autre part, une solidarité destinée à financer des hôpitaux pour les blessés et à venir en aide aux veuves et aux orphelins. Nous sommes alors près de deux siècles avant les premières grandes lois sociales, et presque trois siècles avant la Sécurité sociale.

Colbert complète ensuite cette ordonnance par la création, en 1675, d’un « Mois des familles », permettant de réserver une part de la solde aux proches des marins. En 1681, une ordonnance impose aux armateurs de prendre en charge pendant quatre mois les marins blessés à leur service. En 1689, une compensation équivalente à une demi-solde est également instituée pour les marins infirmes. Ces mesures forment déjà sous le règne des rois de France un ensemble cohérent de protections sociales.

L'influence chrétienne au XIXe siècle

Au XIXe siècle, les mécanismes de protection sociale renaissent et s’élargissent. Une loi de 1852 encadre et favorise les sociétés de secours mutuels sous le Second Empire, permettant le développement d’organisations reposant sur la cotisation volontaire et l’assistance entre adhérents. Cette dynamique s’inscrit également dans un climat intellectuel où le catholicisme social exerce une influence croissante. Frédéric Ozanam, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, Albert de Mun, René de La Tour du Pin et de nombreux cercles ouvriers chrétiens défendent la dignité du travailleur, le juste salaire, la solidarité entre classes sociales et le rôle protecteur des corps intermédiaires. En 1891, l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII marque également un tournant majeur par la condamnation de la misère ouvrière, la critique de l’abandon social provoqué par l’industrialisation et l’affirmation de la nécessité de protéger les travailleurs au nom de la dignité humaine et du bien commun.

En parallèle, la IIIe République adopte plusieurs grandes lois sociales. En 1898, la loi sur les accidents du travail consacre la responsabilité automatique de l’employeur. En 1910, les retraites ouvrières et paysannes sont instituées. Enfin, les assurances sociales de 1928 et 1930 couvrent la maladie, l’invalidité et la vieillesse pour une grande partie des salariés.

1945, un aboutissement national

En 1945, les ordonnances des 4 et 19 octobre créent l’organisation moderne de la Sécurité sociale. Elles unifient des régimes dispersés et posent un cadre national durable. Ce moment historique est porté par le gouvernement provisoire du général de Gaulle, par Pierre Laroque, par des ministres issus de sensibilités diverses, par des gaullistes, des communistes, des socialistes, des syndicalistes et des démocrates-chrétiens. C’est une œuvre de reconstruction nationale, non la victoire exclusive de la gauche, car l’histoire est plus complexe que ne le prétendent certains comme Antoine Léaument. Attribuer à la seule gauche l’invention de la Sécurité sociale revient donc, par une contre-vérité, à effacer un Moyen Âge solidaire, les actions de Colbert, les lois sociales de la IIIe République et l’influence déterminante du christianisme social.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

50 commentaires

  1. Ce n’ est ni De Gaule ni Laroque qui ont créé la Sécu. C’est un ministre du travail communiste qui a profité d’une fenêtre pour imposer la sécu alors que De Gaule n’y était pas favorable.
    Par ailleurs la sécu n’était pas dénué d’un intérêt pour les finances publiques bien mal en point déjà, à l’époque.

  2. Dans quelques années un successeur de Mr Mascureau nous expliquera que la protection sociale avance par la droite. Avec comme preuve, le remboursement des protections périodiques sous le gouvernement de droite de Lecornu et Darmanin…

  3. On pourrait aussi parler des congés payés. À ma connaissance, le premier chef d’entreprise a avoir accordé des congés payés à ses employés est Monsieur Marcel Dassault. C’était en 1935, un an avant la loi votée par le Front Populaire. Les employés de Dassault ont longtemps gardé cet avantage d’une semaine par rapport à ce qu’imposait la loi.

  4. La gauche a toujours menti . Quand on ment pour défendre une cause c’est que cette cause n’est pas défendable .

  5. Les éléfistes racontent n’importe quoi, c’est à cela qu’on les reconnaît aurait pu dire Audiard

  6. La sécurité sociale n’est pas issue de la gauche car elle promulguée sous l’autorité du général de Gaulle ? ( un terrible national socialiste, décidément)
    Ou la gauche est elle née en 1945 pour s’accaparer une invention de la droite comme le suggère la lecture de Mr Mascureau ?

    L’assemblée nationale de 1898 était elle une assemblée de gauche ?
    Celle de 1910, année où  » les retraites paysannes et ouvrières ont été instituées », n’était certainement pas de droite, les élections de cette année avant réélu une assemblée de gauche voire d’extrême gauche ( gouvernement Clémenceau, loi de 1905 sur la séparation de l’église des affaires de l’état…). N’y avait il pas des forces de gauche déjà sous l’ancien régime qui auraient instiguer des « mesures sociales » au chef de l’État héréditaire de l’époque ?
    Mr Leaument ne mentirait il pas davantage s’il disait que le socialisme a été inventé par la droite ?

  7. On ne porte pas un projet de réforme aussi important en quelque mois! C’est le résultat d’un long processus initié sous le gouvernement de Vichy qui comprenait des socialistes. C’est sans doute la raison pour laquelle mr Leaument se l’approprie !

  8. Qu’ils mentent ou soient totalement incultes n’est pas important : ils s’adressent à des incultes qui de toute façon sont prêts à avaler n’importe quoi pourvu que ce soit dans la haine et le mépris de notre histoire et de notre culture.

    • C’est tellement vrai : des incultes prêts à croire n’importe quoi venant de n’importe qui dans la mesure où cela vient de la gauche, j’ajouterais bien. Ces incultes oublient ou ignorent la belle, super belle chanson de Guy Béart « La vérité » (« le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté »).

  9. Effectivement, Pierre Laroque, haut fonctionnaire juif réfugié à Londres, après avoir été un temps sous la protection de Belin, est le véritable père de la sécu.
    Les ordonnances d’octobre 1945 ont créé la Sécu et la Caisse d’allocation familiale, le ministre du travail du gouvernement provisoire était alors Alexandre Parodi.
    Le ministre du travail suivant, Ambroise Croizat était communiste. Il a été chargé de la mise en place de la secu, le PCF l’a présenté comme le père de la sécu.
    Dans les années 30, la CGTU communiste s’était opposé à la loi sur les Assurances sociales, prétendant que les cotisations était de l’argent pour les marchands de canons.

  10. Non monsieur Leaument ne ment pas. Il est simplement inculte. Même le Code Noir si décrié stipule sans ambiguïté que les esclaves malades ou trop âgés pour travailler doivent être maintenus, logés, nourris et soignés sur la plantation ou hébergés à l’hospice de la commune moyennant une contribution quotidienne de deux sols par le propriétaire.

  11. La réécriture de l’histoire est la spécialité de ces extrêmes gauchistes..mais en plus l’inculture dans est leur nature…

  12. toujours les mêmes prétentions, mais comme la plupart des médias sont représentés par des ignorants, ou, pire, des inféodés, ça passe ! et en Alsace, ça date du socialisme (national)??? – remboursement supérieur car antériorité –

  13. Effectivement la Gauche n’aime visiblement pas l’histoire de la France surtout quand ce n’est pas elle qui en est a l’origine.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Les meurtriers de Quentin Deranque sont désignés comme des camarades
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois