Après Kirk Douglas, parti à 103 ans en février dernier, nous a quittés, ce dimanche 26 juillet. Elle avait 104 ans.

Olivia de Havilland, c’était évidemment Autant en emporte le vent, le film de Victor Fleming par dix fois oscarisé en 1939, dont une statuette du meilleur second rôle féminin décernée à Hattie McDaniel, actrice noire. Une grande première à rappeler aux activistes tant énervés qu’écervelés de Black Lives Matter qui entendent, aujourd’hui, interdire ce film.

Olivia de Havilland, c’était aussi une femme forte, sachant, autre grande première, qu’elle osa briser la loi de studios tout-puissants qui, dans les années 40, transformaient leurs acteurs et actrices en employés à vie. Au terme d’un de ces procès qu’Hollywood affectionne, elle obtint satisfaction. Ce qui fera jurisprudence : depuis la « De Havilland law », ses confrères et consœurs ont désormais le droit de refuser un film ou pas. Dans un semblable registre, elle fut la première femme à présider le Festival de Cannes, en 1965 : « Le rôle le plus lourd de ma carrière », assurait-elle alors.

Olivia de Havilland ne fut pourtant pas la première star américaine à affronter le très « patriarcal » système de l’industrie cinématographique. Avant elle, il y eut Mary Pickford (1892-1979), la « petite fiancée de l’Amérique » aux 236 films qui, dès 1919 et avec le réalisateur D. W. Griffith et les acteurs Charlie Chaplin et Douglas Fairbanks, fonde United Artists, studio portant assez bien son nom, puisque censé redonner le pouvoir à ces mêmes artistes. Comme quoi il y avait déjà des femmes de pouvoir dans le septième art, énième grande première à rappeler à d’autres activistes, féministes celles-là, mais toutes aussi écervelées qu’énervées.

Olivia de Havilland, c’était encore une grande histoire d’amour avec la France, pays dans lequel elle posa ses valises dans les années 50, à Paris, cette Ville lumière où la sienne s’est éteinte. Il est ainsi dit que l’un de ses lointains ancêtres, un certain Haville, normand et proche compagnon de Guillaume le Conquérant, aurait précisément participé à celle de l’Angleterre ; mettre une pâtée à l’Anglais est une occupation hautement conseillée, dira-t-on. C’est, d’ailleurs, en sa patrie d’adoption qu’elle épousa son second et dernier mari, en 1955 et en Sologne, Pierre Galante, simple journaliste de Paris Match.

C’est Jean Prouvost, patron de cet hebdomadaire connu pour le poids des ses mots et le choc de ses photos, par ailleurs maire d’Yvoy-le-Marron (720 habitants), qui célébra l’union tout en prononçant ces mots résumant à peu près tout de l’itinéraire de la célèbre mariée : « Le 2 avril est la date du mariage de Marie-Louise et de Napoléon et celle de la naissance de Bartholdi, sculpteur de la statue de la Liberté qui s’élève à l’entrée du port de New York. Notre petite histoire locale gardera désormais, à cette date, le souvenir de deux jeunes gens qui, partis l’un des bords ensoleillés de la Côte d’Azur, l’autre des rives de la brumeuse Angleterre, en passant par Tokyo, Hollywood et New York, ont choisi ce village de France pour y unir leurs destinées. » Le maire de Champignac, indéboulonnable édile des aventures de Spirou et Fantasio, n’aurait pas mieux dit.

Olivia de Havilland, c’était, pour aller plus loin, cet invraisemblable couple formé avec sa sœur Joan Fontaine, elle aussi princesse de pellicule et de grand écran. De deux ans son aînée et partie en 2013, à l’âge canonique de 96 printemps, elle n’hésita pas à balancer un jour ces mots dignes d’entrer au Panthéon des vacheries de filles : « Je me suis mariée avant Olivia, j’ai emporté l’Oscar avant elle et, si je meurs la première, elle sera sans doute furieuse que je l’aie battue. » Atmosphère, aurait pu ajouter notre si tricolore Arletty.

Toujours à propos de la France, on notera qu’Olivia de Havilland fut longtemps doublée par la doyenne du cinéma mondial, Renée Simonot (109 ans), par ailleurs mère de notre Catherine Deneuve nationale.

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