Non, le street pooling n’est pas qu’une « incivilité », c’est un intolérable scandale !

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Les mots sont comme les vieux vêtements. On se les figure finis, morts, définitivement désuets. Et soudain, tel le phénix, voilà qu’ils renaissent et qu’on les retrouve, sémillants, à tous les coins de phrase. Ainsi en est-il d'"incivilité", que le Larousse dit pourtant "littéraire", qualité qui aurait dû le vouer à rester dans les abysses du dictionnaire jusqu’au Jugement dernier.

Pour évoquer le phénomène en pleine expansion du "street pooling" - le terme chic pour ouverture sauvage de bouche à incendie -, le site de BFM TV titre joliment : "Explosion des incivilités anti-canicule." On imagine que lorsque les mêmes feront brûler des voitures, BFM TV parlera d’incivilités anti-vague de froid. Quand on est débrouillard, on se bricole l’été une piscine, et l’hiver un radiateur. Reste, évidemment, à trouver une activité récréative pour le printemps et l’automne.

"Forcer une bouche incendie pour s’amuser ou se rafraîchir nuit à la sécurité de tous. Non aux incivilités #street pooling", tweetait, le 29 mai, la police nationale, montrant une arrivée d’eau de pompier assortie de cette légende : "Ceci n’est pas une douche..." Sans doute nourrissait-elle l’espoir candide que les adeptes de ce sport nautique urbain, consultant leur compte Twitter, se taperaient le front - sapristi, ce n’était donc pas une douche ? - et, confus, prieraient ces messieurs les agents de bien vouloir les excuser de s’être un chouia "amusés" et un tantinet "rafraîchis".

"Collectivités locales et forces de l’ordre sont dépassées", précise dans son article BFM TV. Avec une répression de telle intensité, on n’a nulle peine à le croire. Encore un tweet aussi scrogneugneu que celui-là et la France sera traînée devant la Cour européenne des droits de l’homme pour violence policière aggravée.

Selon Le Figaro, les maires d’Aubervilliers, Stains, Saint-Denis, l'Île-Saint-Denis, La Courneuve et Pantin ont demandé un rendez-vous avec le préfet de police, dans l’objectif de "sensibiliser les forces de la police nationale à la nécessité d’intervention conjointe et rapide pour fermer les bornes ouvertes".

Une première étape vers la « sensibilisation » pourrait être d’appeler les choses par leur nom ?

Une incivilité, toujours d’après le Larousse, désigne "une attitude, un propos, qui manque de courtoisie, de politesse". Ouvrir une bouche à incendie au risque de voir le geyser blesser grièvement un enfant, faire de la route une patinoire mortelle pour les voitures, provoquer des électrocutions, inonder parkings et caves, priver d’eau les pompiers, mobiliser inutilement les secours et ruiner les communes donc, par là même, les administrés (coût, cette année, évalué à 2,4 millions d’euros par Contribuables associés), est-il seulement "discourtois" ? Frapper par derrière un homme qui veut s’interposer avec une clé à molette, le rouer de coups encore et encore, avant de lui voler son portable, n’est-il qu'« impoli » ? N-a-t-on pas dépassé le stade du "dis bonjour à la dame" et "sors les doigts de ton nez" ?

Ou alors appelons le terroriste "gougnafier", le serial killer "goujat", et convenons de dire que les voleurs à main armée manquent un peu d’urbanité.

Le street pooling n’est pas une incivilité mais du vandalisme, de la gabegie, un scandale et un vaste sujet d’écœurement pour les Français, surtout ceux, comme les paysans, dont on exige - menace de sécheresse oblige et quoi qu’il en coûte à leur activité - qu’ils contingentent leur consommation d’eau.

Gabrielle Cluzel
Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

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