Nous sommes à la toute fin du Ve siècle, il fait sombre et glacial en cette journée d’hiver et, pourtant, la joie règne dans les rues de la ville champenoise : d’immenses tentures de couleurs sont tendues sur les places, les églises sont drapées de larges courtines blanches et, peu à peu, la lueur de milliers de bougies se lève : Reims se pare pour une fête. De la cathédrale, une voie résonne bientôt : « Courbe la tête, ô Sicambre, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. » Sous les yeux d’une assemblée recueillie, le glorieux guerrier victorieux à Tolbiac descend dans la piscine baptismale et reçoit l’onction des mains de saint Rémi. Avec lui, trois mille guerriers de sa garde sont baptisés. C’est tout un peuple qui renaît à la vie et, avec eux, nous entamons notre Histoire, un 25 décembre de l’an 507 ou 508, selon les études actuelles, même si l’on a longtemps conservé l’année 496.

Avant le baptême de Clovis, la France n’existe pas. La Gaule est divisée en plusieurs territoires peu à peu abandonnés par les autorités romaines à des chefs barbares, principalement francs, burgondes et visigoths. Associées à Rome sous le statut de « fédérées », les tribus franques du nord engagent la conquête de la Gaule. Clovis est devenu roi des Francs saliens à la de son père Childéric en 481. Il n’a que vingt ans lorsqu’il double la surface du royaume de ses ancêtre en l’étendant vers la Loire. Il s’engage alors sur tous les fronts : à l’est contre les Alamans et les Thuringiens, au sud contre les Burgondes et les Visigoths. Il ne renonce à affronter aucun chef barbare.

Mais l’événement décisif est, bien sûr, la fameuse bataille de Tolbiac qui oppose, en 506, les troupes de Clovis aux Alamans : le combat est acharné, l’ennemi attaque de toutes parts. Dans les rangs francs court bientôt la terrible nouvelle : Sigebert, le parent de Clovis qu’il est venu soutenir dans cette lutte, fait marche arrière, pressé par les Alamans. Clovis se trouve seul sur le champ de bataille, face à un ennemi visiblement plus fort que lui. Dans quelques heures, c’en est fini de son armée. Qu’adviendra-t-il de son peuple ? Les Alamans sont impitoyables. Désemparé, le jeune chef appelle les dieux de ses ancêtres. Il invoque et supplie, mais rien n’y fait. C’est alors que les paroles de sa femme Clotilde lui reviennent à la mémoire et il se souvient du Dieu qu’elle a maintes fois évoqué avec lui. Soudain, la voix puissante du guerrier s’élève : « Ô Jésus-Christ, que Clotilde proclame fils de Dieu vivant, je sollicite dévotement la gloire de ton assistance. Si tu m’accordes la victoire sur ces ennemis, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom. J’ai, en effet, invoqué mes dieux mais, comme j’en ai fait l’expérience, ils se sont abstenus de m’aider. C’est toi que j’invoque maintenant, c’est en toi que je désire croire, pourvu que je sois arraché à mes adversaire. » Au même moment, une rumeur enfle parmi les hommes et parvient jusqu’à lui : une hache jetée à la volée vient de percuter le roi alaman qui est tombé à la renverse, ses troupes commencent à reculer.

Plus que la victoire, la conversion du chef des Francs et de ses soldats est décisive : après son baptême l’année suivante, il devient le premier roi chrétien. Les évêques et les catholiques de toutes les Gaules ont désormais trouvé leur chef et Clovis incarne l’autorité qui manquait à cet Occident émietté depuis la fin de l’Empire romain. Clovis s’empare du flambeau des empereur romains catholiques, rallie les populations gallo-romaines chrétiennes : la grande Histoire de France peut commencer.

Que ceux qui voudraient nier ou enterrer les racines chrétiennes de notre pays relisent donc la fabuleuse histoire du petit-fils de Mérovée ! Et puisque la Commission européenne ne nous interdit pas encore de fêter Noël, n’oublions pas le vainqueur de Tolbiac qui triompha dans l’adversité quand tout semblait perdu, fondant ainsi la France que nous connaissons aujourd’hui.

25 décembre 2021

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