Newcleo, la PME franco-italienne qui mise sur l’avenir du « mini-nucléaire »

Déjà utilisées dans les sous-marins, ces technologies montrent le riche éventail de l’énergie nucléaire, trop souvent ignoré.
Le site Newcleo Brasimone. ©Newcleo
Le site Newcleo Brasimone. ©Newcleo

Le nucléaire français a été sérieusement mis en danger par les attaques dont il a fait l’objet en France comme à Bruxelles, à la fois pour des raisons idéologiques (l’écologie politique), concurrentielles (avec les énergies intermittentes [EnR], le solaire et l’éolien) et de modèle économique (programme public autour d’EDF).

Face aux mirages éolien et solaire, réinventer le nucléaire ?

Toujours menacé, aujourd’hui, par la montée en puissance des EnR dans le dernier plan de Programmation pluriannuelle de l'énergie (décret PPE3 signé par Matignon en février dernier, alors même que les Allemands font machine arrière en coupant les subventions au renouvelable), ainsi que par les incessantes offensives de Bruxelles contre le soutien de l’État français à EDF, notre nucléaire tient malgré tout et explore des pistes d’avenir.

Parmi celles-ci, il y a le développement de divers types de mini-réacteurs nucléaires modulaires (SMR, de l’anglais Small Modular Reactor). Ce marché n’est pas vraiment nouveau, des SMR équipant par exemple, déjà, certains sous-marins ainsi que le porte-avions Charles-de-Gaulle. Mais il offre des possibilités multiples qui suscitent l’intérêt.

Faute de pouvoir, pour l’instant du moins, relancer un ambitieux programme de développement d’une filière publique du nucléaire, un nouveau modèle économique s’est imposé, passant par la coopération entre le secteur public et de petits acteurs privés tentant de développer des solutions innovantes.

Newcleo explore le mini-nucléaire

Le marché des SMR n’est certes pas un long fleuve tranquille. La société Naarea, qui bénéficiait pourtant du soutien de l’État, n’a pas survécu, victime de difficultés techniques et de financement. Le Franco-Italien Newcleo semble cependant mieux tirer son épingle du jeu. Après avoir annoncé la construction d’un SMR près de Chinon (Indre-et-Loire), cette société a confirmé, fin juillet, avoir reçu un avis favorable de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) pour la construction d’une usine de MOX à Pont-sur-Seine (Aube), qui alimentera le réacteur en construction à l’horizon 2030.

SMR, MOX, mais de quoi parlons-nous, au juste ? Sans entrer dans le menu détail d’un univers technologique peu accessible au néophyte, donnons quelques éclairages. Le MOX (pour Mixed Oxide, ou mélange d’oxydes) est un carburant nucléaire fabriqué à partir de matières recyclées après leur utilisation dans des centrales nucléaires. Le MOX est composé de plus ou moins 90 % d’uranium appauvri (recyclé) et d'environ 10 % d’oxyde de plutonium. Il alimente de grosses centrales nucléaires, comme Superphénix, mais aussi certains SMR, comme le futur LFR-AS-30 de Newcleo.

Un SMR se caractérise avant tout par sa taille et sa puissance. Comme le confirme à BV le spécialiste de l’énergie Fabien Bouglé, « la puissance d’un SMR va, pour les microréacteurs, de 1 à 20 MWe (mégawatt électrique) et, pour les SMR classiques, de 30 à 400 MWe, sachant qu'un réacteur nucléaire classique, de type EPR, en développe environ 1.600 ».

SMR, une gamme large et des usages divers

L’éventail technologique des SMR est assez large. On y trouve notamment des réacteurs à eau légère, à eau lourde, à haute température refroidis au gaz (généralement de l’hélium), à neutrons rapides refroidis par métal liquide (sodium, plomb, plomb-bismuth) ou à sels fondus.

Ils sont configurés pour des utilisations soit terrestres (fixes, transportables ou semi-mobiles), soit maritimes embarquées (bateaux de surface ou sous-marins). Et leur usage est très variable : ils peuvent en effet servir à la propulsion d’un navire, à la production d’électricité (réseaux de petite taille ou alimentation de zones isolées comme des îles), à alimenter une usine de dessalement d’eau de mer, à produire de l’hydrogène bas carbone, à fournir une énergie flexible ou encore à stabiliser la production électrique des énergies renouvelables. Réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb, le nouveau SMR de Newcleo sera une installation fixe de production électrique qui offrira une puissance de 30 MWe.

Loin d’être une panacée, le principe des SMR a cependant un mérite : montrer la grande souplesse du nucléaire, capable de répondre à de nombreuses attentes, d’être (si besoin) embarqué et d’être installé dans des lieux isolés, sans eau à proximité et sans accès à un réseau d’acheminement de l’électricité. En somme, une vitrine qui justifie que les pouvoirs publics se réintéressent au nucléaire et à ses avantages, face aux inutiles et coûteuses EnR.

Vos commentaires

35 commentaires

  1. Cet article est du même acabit que celui publié en avril dernier.
    Vous nous présentiez les ressources en hydrogène découverte en Moselle comme une manne qui allait nous sauver alors que aucune technologie exploitable à grande échelle n’existe de plus vous nous présentiez cet hydrogène comme renouvelable sans nous explique8r en quoi consiste ce renouvellement

  2. Vous envisagez sérieusement de diffuser des réacteurs nucléaires partout et avec un contrôle minimum? Un réacteur nucléaire ce n’est pas un groupe électrogène, une fuite de matière radioactive et l’environnement devient inhabitable pour des décennies. il ne faut pas l’oublier. Quand tu as envisagé la diffusion de la technologie avec du sodium fondu qui est explosif en présence d’eau cela mérite réflexion

  3. « les pouvoirs publics se réintéressent au nucléaire et à ses avantages, face aux inutiles et coûteuses EnR. » Mais l’obstacle le plus important se nomme EDF, qui tient à son monopole et fera tout pour le conserver, parole de CGT.

  4. Le projet NewCleo est une vaste fumisterie contribuant à la ruine de la France laquelle lui a donné des milliards d’euros de la poche des contribuables.
    Faussement présentée comme une coentreprise franco-italienne, elle est en réalité sous contrôle d’investisseurs privés italiens qui profitent grassement de la mâne française. Quelques partenaires français y jouent les utilités mais ne dirigent rien, tous les postes stratégiques de direction étant occupés par des Italiens. J’y reviendrai.

  5. Très intéressant bien sûr ! Bien que pas du tout opposé au « Nucléaire » , quand je vois qu’ Énedis a ordonnancé des travaux de débroussaillages sous ses lignes de transport électrique en fin Juillet , après 3 canicules successives et 2 mois de sècheresses , faisant suite à 6 mois de pluies abondantes ayant boosté la végétation , je me dis que le débroussaillage en question a l’origine d’un Incendie d’une taille inédite depuis 75 ans au moins , me fait angoisser à l’idée que la multiplication de petites Centrales Nucléaires (SMR) , certes techniquement et financièrement avantageuses , pourrait également multiplier en les disséminant les risques liés au Nucléaire . Ce n’est pas une objection , simplement une réflexion .

  6. Oui , bien certainement mais programme qui se heurte à la volonté de l’Etat français au travers de son programme PPE3 signé , rappelons le par décret plutôt que reposant sur une loi. Quel courage Messieurs du Gouvernement , quel appétit Monsieur Lecornu pour manger pareil chapeau quel lâcheté Monsieur Fontana pour avoir acquiescé à ce programme par soumission. En clair , nous sommes capables de produire l’énergie la plus décarbonée qui soit pour le prix le plus bas du marché mais nous sommes contraints de subir les volontés politiques d’une bande de minables.

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