Nathalie Baye entre dans la nuit américaine 

Adieu, donc, à Nathalie Baye, qui faisait, sans même que l'on s'en fût aperçu, partie de notre paysage cinématographique, avec son sourire tendre et ironique...
French actress Nathalie Baye waves on May 19, 2016 during a photocall for the film "It's Only The End Of The World (Juste La Fin Du Monde)" at the 69th Cannes Film Festival in Cannes, southern France. (Photo by ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)
French actress Nathalie Baye waves on May 19, 2016 during a photocall for the film "It's Only The End Of The World (Juste La Fin Du Monde)" at the 69th Cannes Film Festival in Cannes, southern France. (Photo by ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Elle ressemblait à une maman des années 90, en infiniment plus joli. On lui donnait cinquante ans pour toujours. Nathalie Baye vient de mourir, emportée par la maladie à corps de Lewy, une sale maladie neurodégénérative, après une carrière brillante au cours de laquelle elle surfa avec maestria sur les aléas de la célébrité, jamais piégée par la vulgarité des paillettes, jamais en flagrant délit d'indignation obligatoire.

Née en 1948 dans une famille de peintres, danseuse classique, lectrice d’Hélène Morand (la veuve de Paul) qui était devenue aveugle, elle est révélée par François Truffaut dans La Nuit américaine, avec un petit rôle de scripte dans lequel, déjà, elle crève l'écran. Premier César en 81, pour un film de Godard. Femme fatale pour Marco Ferreri dans La Dernière Femme, épouse abandonnée par un mari sous emprise pour Pierre Granier-Defferre dans Une étrange affaire (qui lui vaudra un deuxième César), femme passionnée, soumise à un Delon à contre-emploi pour Bertrand Blier dans Notre histoire, Elle tourna avec les plus grands. On n'oubliera pas ses deux autres César, dans un rôle de prostituée amoureuse (La Balance, où elle partage l'affiche avec Philippe Léotard, avec qui elle vécut dix ans à la ville) et sous les traits d'une commandant de police, ancienne alcoolique à la vie brisée (Le Petit Lieutenant, où elle donne la réplique à Roschdy Zem).

Pouvait-elle tout jouer ? Peut-être. Comme une Brigitte Fossey, par exemple, qui passa des Valseuses à La Boum avec la même grâce, Nathalie Baye pouvait être vénéneuse sans y toucher, maternelle sans niaiserie, se rendre effacée ou devenir odieusement égocentrique (comme dans Absolument fabuleux, avec Josiane Balasko). C'était une très grande actrice. Il faudrait, pour bien faire, dire un mot de sa brève relation avec Johnny Hallyday : le Tout-Paris des arts se moqua d'elle, persuadé que Johnny était un âne. Le Tout-Paris avait tort, bien sûr. Ils eurent ensemble Laura Smet, que sa mère, bien éloignée du monde de la nuit qui consumait le chanteur, élèvera dans la Creuse puis sur l'île de Ré.

Nathalie Baye ne fit pas que des chefs-d'œuvre. Il y eut quelques nanards, dans sa filmographie. Comment pourrions-nous l'en blâmer ? On était tout de même content de la voir sur le grand écran. On était, également, content de la voir rester fidèle en amitié quand, par exemple, elle apporta son soutien à Gérard Depardieu quand il fut dans l’œil du cyclone. Elle savait, pour avoir souvent tourné avec lui (Le Retour de Martin Guerre ou La Dernière Femme, entre autres), qui était l'acteur au-delà des caricatures haineuses.

Nathalie Baye est désormais en paix, loin des mesquineries de la grande famille du cinéma, loin des heurs et malheurs de la vie conjugale. Elle a peut-être retrouvé Johnny, comme dans une soirée des Carpentier qui n'en finirait jamais. Ce faisant, elle éclipse la mort de Nadia Farès, un peu comme (toutes proportions gardées) la mort de Johnny éclipsa celle de Jean d'Ormesson. C'est ainsi, il n'y a pas de bande passante pour tous les deuils.

On peut réécouter, pour se souvenir d'elle, la belle introduction d’On a tous quelque chose de Tennessee, où elle lit les dernières lignes de La Chatte sur un toit brûlant, dudit Tennessee Williams. Adieu, donc, à Nathalie Baye, qui faisait, sans même que l'on s'en fût aperçu, partie de notre paysage cinématographique, avec son sourire tendre et ironique, sa beauté sans artifice ni spectacle, remarquable et pourtant familière.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

18 commentaires

  1. Merci Monsieur Florac pour ce joli portrait. Oui, pas ‘ »d’indignation obligatoire » chez Nathalie Baye, jusqu’à son soutien à Depardieu.
    Une pensée pour sa fille dont la vie va être bien vide sans une Nathalie Baye comme maman.
    J’aimais beaucoup sa personnalité vraie et discrète, et je n’ai pas été déçue par l’interprétation ses rôles.
    Par sa simplicité, elle est de ces femmes, comme Sophie Marceau, qui nous feraient regretter de ne pas être de leurs amies.

  2. Une très grande actrice a tiré sa révérence…. Aussi belle que talentueuse. L’élégance et le charme discret de Nathalie Baye ont honoré le cinéma français. Qu’elle repose en paix.

  3. Vous au moins, vous dites de quelle maladie elle est morte. La maladie à corps de Lewy appelée la démence à corps de Lewy, maladie qu’a mon mari depuis plus de six ans. C’et peut-être une sale maladie, mais les malades ne sont pas à sortir de notre monde. Mon mari est gêné par sa maladie, et ses symptômes, mais c’est toujours mon mari et il conserve sa personnalité. Il est simplement plus fragile.
    C’est une maladie courante, et je voudrais dire que de la réduire à « maladie neurodégénérative assimilée Alzheimer, c’est une paresse méprisante (et une source d’économies pour la SS, puisque les médicaments efficaces ne sont pas remboursés) Regardons la vie en face ; je ne sais rien de la vie récente de Nathalie Baye, que j’aime beaucoup, puisqu’elle est tue. J’espère qu’elle a été soignée et aimée.

  4. Très bel hommage à Nathalie Baye, délicieuse actrice talentueuse, très inspirée et d’une grande discrétion en privé et choses médiatiques.
    R.I.P à son âme et sincères condoléances à sa famille.

  5. Une personnalité du monde artistique s’en va , comme vous le notez beaucoup de ces grands du cinéma et des arts en général brillaient par leur talent dans leur activité , or désormais les « jeunes pousses » du monde artistique se positionne d’abord politiquement , pour le dire autrement surtout dans la sphère gauchiste, en soutenant des causes pour lesquelles ils n’ont aucune proximité immédiate , voire des propos ineptes sur tel ou tel évènement, avec la complaisance des médias publics et réseaux scabreux. Cela nous rend nostalgiques des grands noms qui disparaissent et laissent un vide dans ce qui faisait la gloire de la France.

  6. Bel hommage….
    « Elle savait, pour avoir souvent tourné avec lui (Le Retour de Martin Guerre ou La Dernière Femme, entre autres), qui était l’acteur au-delà des caricatures haineuses. »
    Elle montra à sa manière ce qu’était un esprit, une âme ouvertes…
    « Le Retour de Martin Guerre » ! Quelle interprétation extraordinaire fut la sienne, des images inoubliables. Des films qu’on ne revoit jamais à la TV, hélas.

  7. Bravo monsieur Florac, encore un bel article. Nathalie Baye était une artiste d’un grand talent, d’une très grande discrétion, ce qui est rare. 4 fois reconnue par ses pairs (4 César) bien qu’elle n’aie jamais utilisé sa célébrité pour nous dire pour qui il faut voter, ce qui est encore plus rare. Cerise sur le gâteau s’il en fallait une, capable de fidélité en amitié, au point de défendre un Gérard Depardieu victime de dénonciations télévisées totalement bidouillée, sans peur de se faire rejeter par ceux « du Camp du bien ». C’est ça la « classe ». Et beaucoup de pseudo artistes feraient bien d’en prendre de la graine…

  8. Le temps passe et nous perdons un a un nos grands artistes qui on fait perdurer notre culture à la quelle nous sommes tant attaché et que la gauche détruit en s’accaparent un a un des artistes qui pour vivre sont obligé d’y faire allégeance pour avoir des contrats.

  9. MADAME NATHALIE BAYE fait « partie » de la FRANCE car elle n’a jamais voulue imposer une pseudo « vie de nantie » à qui que ce soit …
    Je ne me rappelle pas l’avoir entendue se plaindre de la « VIE » ou l’avoir entendue « donner des conseils » ! …
    Elle a fait un métier de rêve … dont elle était consciente … et a su « RESTER à sa place » sans venir culpabiliser le peuple sur tel ou tel sujet sociétal ! …
    Que votre disparition soit la moins pénible pour vos proches car vous allez leurs « manquer » ! …
    PAIX A VOTRE ÂME …

  10. Je suis atterré je la croyais invincible , Nathalie Baye était une femme que l’on ne peut pas oublier , elle avait de la classe , elle était jolie , je suis triste ce matin . Condoléances à tous ses proches

  11. Bizarre cette sensation à l’annonce de cette disparition..Nathalie Baye paraissait immortelle , intemporelle plutôt, on avait grandit avec Nathalie Baye et jamais on avait pensé qu’elle puisse être mortelle , il n’y a pas beaucoup de dames artistes françaises du cinéma, qui puissent briguer ce statut ..je n’arrive pas à trouver son alter ego . Vraiment une impression bizarre . Bon voyage Madame Baye , on espère que vous retrouverez dans un autre monde tous eux que vous aimiez , nous par contre sommes , si ce n’est désemparés , du moins très attristés

  12. J’ai beaucoup aimé cette actrice dont mon souvenir de premier film est « j’ai épousé une ombre », et puis tant d’autres…. ! RIP Madame et merci !

Commentaires fermés.

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