Narbonne : la colère d’une mère

"Je me battrai, a dit la mère de Louis, pour qu’ils prennent tous trente ans de peine ferme, incompressible, définitive".
© Gabriel Bendayan
© Gabriel Bendayan

Ce dimanche 5 juillet 2026, BV assistait à la marche pour Louis, à Narbonne. Voici, in extenso, le discours de sa mère. Celui d'une mère en colère qui a perdu son unique fils et déclare avec force : « Mais aujourd’hui la justice des hommes, telle qu’elle est écrite, ne me convient pas. »

Boubou. Je n’ai pas envie de te dire au revoir et j’en suis incapable.

Je vais parler de toi, de nos premières nuits qu’on a passées ensemble depuis le jour de ta naissance. De ces huit mois d’allaitement, tes yeux dans les miens. Quel beau bébé tu étais.

Je n’étais pas préparée à l’enfant atypique que tu as été. Même si notre parcours a été difficile et compliqué, notre lien, toi et moi, est indéfectible et notre amour en est de même. Et ça, personne ne pourra y changer quoi que ce soit.

Combien de fois tu as pu me faire rire avec tes histoires à dormir debout – l’oiseau qui rentrait dans ta chambre pour vider ton armoire, tes fameux plans d’évasion, tes questions intelligemment farfelues au moment du coucher, le soir venu –, tes câlins interminables et ce besoin viscéral d’être toujours l’un contre l’autre… Ton intelligence hors normes qui t’a permis d’apprendre tout seul le vélo, la guitare, la natation. Ce côté autodidacte qui nous a laissés sans voix. D’ailleurs ta guitare est toujours à la maison. Elle ne jouera plus. Elle restera silencieuse comme toi, maintenant. Mais elle restera à sa place. Et moi, je resterai à ma place, mon fils. Celle de ta mère.

Je suis au clair avec notre histoire. Chaque décision concernant ton parcours, ton avenir, nous en avons toujours discuté à cœur ouvert et sans mensonge, même si en grandissant tu devenais de plus en plus secret pour me protéger ou pour ne pas me décevoir. Moi, naïve, j’ai respecté ton espace. Tu devenais un jeune homme. J’étais là, derrière chacun de tes pas. Et grâce à la parole de tes amis aujourd’hui, j’ai la certitude que tu le savais. Je vais continuer, mon fils. Je ne marcherai plus derrière tes pas, mais chaque pas que je ferai, je le ferai pour toi.

« Pour que justice te soit rendue »

Je vais continuer, mon fils. Je vais continuer à me battre comme je l’ai fait depuis le jour de ta naissance, avant que tu ne partes. Je t’ai promis que ton prénom traverserait la France entière, que ton histoire fera naître le changement que nous te devons.

Je vais me battre, jusqu’à mes dernières forces s’il le faut, pour que justice te soit rendue. Mais aujourd’hui, la justice des hommes, telle qu’elle est écrite, ne me convient pas. Quand je t’ai dit que j’allais me battre pour que justice te soit rendue, je vais me battre pour que leurs peines soient à la hauteur de ce qu’ils t’ont fait.

Je ne veux plus entendre parler d’excuse de minorité. Est-ce qu’on a invoqué l’excuse de minorité pour t’excuser ? Mais personne n’a invoqué ta minorité pour te condamner, toi qui avais le même âge que tes agresseurs. On t’a arraché à la vie. Parce que toi aussi mon fils, tu avais une vie à construire, un avenir à créer.

Ce n’est pas entendable que tes assassins ne passent que huit, dix ans de prison ou vingt pour les plus âgés, sans parler de remise de liberté pour bonne conduite ou toute autre remise de peine.

Je me battrai, mon fils. Je me battrai pour qu’ils prennent tous trente ans de peine ferme, incompressible, définitive. [Applaudissements nourris. « Justice pour Louis », scande la foule, NDLR.] Nous allons redonner tout le sens au mot « perpétuité ». Je le ferai pour toi, mon fils, mais aussi pour ne plus jamais ressentir cette colère, cette douleur, en voyant ces mêmes images dans les médias. Pour que plus aucun père, aucune mère, frère, sœur, tante, oncle, grands-parents, ami, n’ait le cœur brisé comme nous l’avons aujourd’hui, à vie.

Merci d’être venus aussi nombreux pour honorer la mémoire de mon fils. Par votre présence, vous nous prouvez que nous sommes tous parents et enfants de France. Je vous invite, pour terminer ensemble cette dernière marche, à rester maintenant dans le recueillement, la bienveillance et le silence, pour que nos mots aient l’impact qu’ils doivent avoir.

Quant à toi, Boubou, comme je te l’ai dit, ce n’est pas un au revoir. Tu es avec moi. Dans mon cœur, dans mes pensées. Au plus profond de mon âme et de mes entrailles. A toujours et à jamais. Je t’aime.

Vos commentaires

14 commentaires

  1. Dans cette terrible histoire, ce qui m’interpelle, c’est que des parents aimants aient confié leur enfant à l’Aide Sociale à l’Enfance… Ce point n’a pas été expliqué… J’abonde évidemment dans le discours de cette maman tout en craignant qu’elle ne puisse, en dépit de sa volonté, imposer ses vues à cette « Justice »… Comment être plus fort que des avocats, des juges idéologues, des JAP, qui s’appuient sur des lois ? Il faut changer la loi relative aux mineurs, sinon rien ne sera possible…

  2. Saluons là mais le sujet est beaucoup plus vase que de sanctionner a perpétuité des assassins barbares. C’est en profondeur qu’il faut revoir ces sujets.

  3. Elle a raison, même si se battre contre ces juges idéologues s’annonce compliqué. Curieusement, on n’entend pas les pères sur ce créneau : les femmes seraient t’elles plus courageuses ? La réponse est dans la question

  4. Elle a raison de se battre puisque nos têtes au gouvernement n’entendent pas, ne voient rien et que la justice est en dessous de tout. Soutien. Une pensée sincère pour Louis, ce jeune qui avait la Vie devant lui.

  5. Mère courage … qui ne faiblit pas, dénonce les meurtres commis par les assassins et demande des peines exemplaires, je suis de tout coeur avec elle … il va falloir changer nos comportements vis à vis de ces assassins et les retirer du circuit de façon définitive …l’homme est un animal à qui on a donné une conscience, quand il n’y a plus de conscience, il redevient un animal qui dangereux et irrécupérable mérite la peine capitale. Ni compassion, ni pitié pour cette ignoble racaille.

    • Je ressens de plein fouet le désespoir de cette Mère, cette énième Mère qui a décidé de se rebeller contre « le système », ce système profondément injuste mené par cette Justice incapable de rendre une justice équitable et surtout en proie au gauchisme à la Badinter, menée par des juges décérébrés, en cela bien aidée par ce machin nommé Conseil Constitutionnel qui fait fi de la volonté du Peuple souverain.
      Cette Constitution est à revoir, à passer au peigne fin, elle nous emmène aux abîmes.
      Je ne supporte plus tous ces carnages.

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