Cette seconde quinzaine de mars est une période importante pour les professeurs car c’est celle des demandes de mutations internes aux académies : ce que l’on appelle la phase « intra », dans le jargon de l’ nationale, après la phase « inter » qui a permis préalablement de changer d’académie ou d’en demander une pour les nouveaux recrutés. Et l’on sait à quel point une mutation est lourde de conséquences pour la vie professionnelle et personnelle d’un agent. D’ailleurs, ceux qui ont obtenu une mutation à l’« inter » doivent ensuite faire une nouvelle demande de mutation « intra » pour obtenir un poste précis dans leur nouvelle académie. Lourdeur aberrante qui fait que si vous voulez, par exemple, muter de Pau à Tarbes, deux villes proches mais qui ne sont pas dans la même académie, il vous faudra d’abord faire une mutation dans l’académie de , mais sans garantie d’obtenir le poste que vous convoitez à Tarbes et sans possibilité de conserver votre poste à Pau si vous n’obtenez pas ce poste précis ! Ce que les professeurs appellent une mutation à l’aveugle. C’est comme si vous vouliez vous marier avec Bénédicte mais qu’on vous dise : d’abord, tu te maries (à l’aveugle !) et puis ensuite, tu verras, ce sera peut-être Hélène, Gertrude, Rose, Najat, Amélie ou… Bénédicte !

Mais cette année, « l’aveugle » s’est considérablement étendu ! En effet, une nouveauté vient de dérouter les enseignants de l’académie de Bordeaux qui souhaitaient obtenir un autre poste, à l’« intra », donc. Sur le portail informatique qui les gère – I-Prof -, le calendrier des procédures de mutation indiquait bien, comme chaque année, que la liste des postes vacants, par établissement et par discipline, serait publiée le lundi 12 mars et que les professeurs pourraient saisir leurs vœux dès le lendemain, en connaissance de cause.

Un lien hypertexte indiquait donc : “Consultez la liste des postes vacants.” Jusqu’à lundi. Mais, mardi matin, les professeurs qui s’apprêtaient à cliquer pour découvrir avec impatience si le poste de leurs rêves, dans le centre de Bordeaux, la médocaine ou sur la côte basque, était disponible en sont tombés à la renverse : le lien, non seulement n’était pas devenu actif, comme prévu, mais il avait été remplacé par cette petite phrase, en rouge :

La liste des postes vacants n’est pas disponible mais tout poste étant susceptible d’être vacant, tout poste peut être demandé.

Cette nouveauté constitue un recul dans la transparence de l’information que l’administration doit aux professeurs. Sans parler de la façon cavalière de les en informer, sans concertation aucune, au dernier moment, le jour même de l’ouverture de la campagne de mutation.

Le rectorat se justifie en arguant que le comité technique paritaire chargé d’élaborer cette liste de postes libérés (par les départs à la , les mutations inter) se tiendra après les dix jours d’ouverture du serveur dédié aux mutations (SIAM) ! Bug ? Retards administratifs ? Ou erreur… volontaire ?

Ce qui est sûr, c’est que les professeurs sont lésés, méprisés et mis devant le fait accompli. Et que ce tour de passe-passe administratif est un moyen, pour l’administration, d’organiser ce mouvement de mutation, avec les répartitions et les suppressions de postes, dans une opacité encore plus grande.

Les syndicats auraient, là, une bonne raison de demander des explications au rectorat et au ministre. M. Blanquer ouvre beaucoup de dossiers, mais on aimerait aussi qu’il assure un fonctionnement normal, transparent et franc de la gestion des ressources humaines dans le ministère qui lui est confié. Et, en tout cas, au moins au niveau de celle de ses prédécesseurs. Ce qui n’est quand même pas beaucoup demander. Surtout à l’élève le plus brillant de la classe de M. .

14 mars 2018

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