Les Français sont de grands enfants, on vous l’a dit et répété. C’est pourquoi ils ont élu un enfant-président en 2017. Pas plus compliqué que ça. Pas étonnant, non plus, qu’on leur parle souvent comme à des enfants. Alors que, notons au passage, paradoxalement, on fait tout pour extirper au plus vite de l’enfance nos plus jeunes afin de les sensibiliser aux « problématiques » de la planète, de genres et de vivre ensemble.

Pour faire passer une réforme, aujourd’hui, il faut faire de la pé-da-go-gie, on connaît la rengaine. Apparemment, ça n’a pas bien fonctionné pour la réforme des retraites. Les diapos étaient floues, la démo du professeur approximative, on ne sait pas bien, mais la leçon n’est pas bien rentrée. Même les fayots qui squattent plus de la moitié des bans de l’Hémicycle se sont montrés moins enthousiastes à applaudir le maître lorsqu’il monta au tableau.

De grands enfants, donc, ces Français. Et rien de tel qu’une épidémie pour le leur rappeler. Et mettre fin à la récréation : colonne par deux, je ne veux voir qu’une tête, maintenant. Comme au temps béni où le maître portait une cravate, une blouse grise et tapait sur les doigts avec une règle en bois. Mais il y avait aussi des maîtresses très gentilles et très souriantes. Comme, aujourd’hui, Mme Buzyn, par exemple. Un ministre, autrefois, c’était quelqu’un qui souriait rarement, portait un costume sombre avec une rosette à la boutonnière et parlait comme un livre de choses qui forçaient d’instinct le respect.

Aujourd’hui, c’est plus du tout cela. Voyez Mme Buzyn, ministre émérite, candidate au bazar de l’hôtel de ville, lorsqu’elle nous explique qu’il ne faut plus serrer la main et se faire la bise. Rapport au coronavirus. Donc, on résume : le matin, après s’être coltiné une heure de métro ou de RER bondé, en arrivant au bureau, à la boutique (on ne dit pas à l’atelier, il n’y en a quasiment plus à Paris), bref, sur son lieu de travail, comme on dit maintenant, on évitera soigneusement de serrer la main de son collègue ou de lui faire la bise.

Mais, rassurons-nous, l’ex-ministre a déjà trouvé la solution : « À la fin de la semaine, les Parisiennes et les Parisiens [très important de dire les Parisiennes et les Parisiens, et dans cet ordre, s’il vous plaît] auront pris l’habitude de ne plus se serrer la main, de se taper le coude [ajoutant le geste à la parole] ou de se taper le pied [n’ajoutant pas le geste à la parole] et de se sourire, voilà… » Sur le ventre, on peut ? À voir. Sur les cuisses, oui. En revanche, ne nous dit pas s’il faudra bientôt se moucher du coude ou du pied. La politique ne se fait peut-être pas à la corbeille, comme disait de Gaulle, mais désormais, nos hommes-zé-femmes politiques nous expliquent comment jeter notre mouchoir en papier après usage. Mieux ? Pire ? On va dire différent.

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