C’est la nouvelle de ce week-end de Pentecôte : va être nommé premier président de la Cour de comptes. Autant dire qu’il n’y a rien à dire. Une sorte de non-événement, comme on a les non-anniversaires dans le monde merveilleux d’Alice. Un secret de polichinelle puisque, dès l’été 2019, son nom circulait. Capital titrait, en août 2019 : « Pierre Moscovici serait-il un président crédible à la  ? » Apparemment oui puisque, mercredi, devrait le nommer en Conseil des ministres.

Cette nouvelle qui, au fond, n’en est pas une est aussi une façon de nous rassurer : ça y est, nous sommes bien sortis du confinement. La preuve ? Tout revient à la normale, tout comme avant. Depuis qu’il avait quitté, en novembre dernier, ses fonctions de commissaire européen aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici était, en quelque sorte, en orbite, dans l’attente d’un poste à la hauteur de son cursus et de ses compétences. On imagine combien ces six mois ont dû être longs et difficiles pour lui. Tous les matins à attendre le coup de téléphone magique.

Ancien jeune loup du Parti socialiste, l’homme arrive presque à faire oublier qu’il a plus de 62 ans, l’âge auquel, pour beaucoup de simples mortels, sonne bien souvent l’heure de la retraite. Cela dit, nul ne semble plus qualifié que lui pour occuper ce poste. D’abord, parce que la Cour des comptes est son corps d’origine, qu’il choisit à la sortie de l’ENA en 1984, sous le règne de François Mitterrand. Ensuite parce que, ministre de l’Économie et des Finances sous Hollande, de 2012 à 2014, le déficit public passa, sous son ministère, de 4,8 % à 4 % du PIB. Un triomphe ! Mais à quel prix… pour les Français : les prélèvements obligatoires progressèrent, en deux ans, de 43,9 % à 44,8 % du PIB. Un triomphe, aussi. Enfin, si Moscovici s’impose à l’évidence comme the right man in the right place, c’est par sa capacité à donner des leçons de rigueur budgétaires. Sitôt désigné commissaire européen, il s’était empressé de déclarer que les réformes conduites en France étaient « insuffisantes ». Ce qui avait fait vivement réagir à l’époque. Réactions que l’on pourrait résumer par ce tweet d’un inconnu en 2015 : « On attend maintenant l’avis de DSK sur le concept de chasteté avant le mariage. »

Quelques anecdotes en vrac sur le personnage. Commissaire européen, il adressa une lettre officielle en anglais à Michel Sapin, alors ministre des Finances et des Comptes publics, accessoirement petit camarade de Parti socialiste, lettre qui commençait par un « Dear Minister, cher Michel » et se terminait par un « Yours Sincerely, Amitiés ». Ce qui lui avait valu d’être distingué par l’Académie de la Carpette anglaise, présidée par feu Hervé Bourges.

Plus sérieusement, et pour rester au rayon carpette, on évoquera cette rencontre en mai 2006, racontée par Le Monde, avec la représentante permanente des États-Unis d’Amérique auprès de l’OTAN. Après le refus de Chirac de s’embarquer dans l’aventure irakienne, il s’agissait de rassurer les Américains, à un an de l’élection présidentielle. L’ambassade des États-Unis à Paris avait « cherché à sonder les socialistes sur leurs intentions en cas de victoire à l’élection présidentielle », révélait, en 2010, le journal vespéral. Un télégramme avait rendu compte de cet entretien dans lequel on relevait « en style indirect » les propos rassurants de Mosco, alors en charge des relations internationales, rue de Solférino : « La direction du PS était favorablement disposée à l’égard des États-Unis » et que sa formation « était, au bout du compte, moins antiaméricaine que Chirac ». En somme, un homme rassurant.

Cela dit, l’homme semble charmant et s’il n’est que chevalier de la Légion d’honneur, il collectionne tout un tas d’ordres étrangers, notamment la grand-croix de l’ordre du Phénix de Grèce. À défaut d’être celui de France. Tout cela sera parfaitement décoratif sur sa robe noire chargée d’hermine. Pour quelqu’un qui flirta, dans sa jeunesse, avec la Ligue communiste révolutionnaire d’Alain Krivine…

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