Cette semaine, le G20, puis le G7, ont adopté un « moratoire de la dette africaine », étape précédant son annulation encore non délibérée mais déjà promise, imposée moralement, par le Président Macron en quête de soutiens électoraux africains.

Cette décision, lourde de conséquences, s’apparente à une partie de « bonneteau » international, cet ancien jeu d’argent de dupes pratiqué à la sauvette sur les trottoirs des capitales européennes. Elle dévoile un jeu opaque du club très fermé de l’entre-soi technocratique mondial, dont les populations africaines ne bénéficieront pas plus qu’elles n’ont profité de la croissance.

On pourrait croire que le terme « moratoire » rime avec « morale obligatoire ». En réalité, il s’agit plutôt de « morale aléatoire » dans le monde merveilleux des organisations internationales, bailleurs de fonds et agences d’administration du développement devenue développement de l’administration. Il y est malvenu de suggérer que l’usage réel des aides pourrait ne pas correspondre à celui escompté, insulte au principe de respect de la souveraineté dans le monde feutré de l’understatement, dont la règle d’or est la sous-estimation, l’euphémisme ; en clair, la méthode Coué. Plutôt que d’exercer un levier disciplinaire salutaire par une ferme conditionnalité puis un réel contrôle, on préfère proclamer des « miracles économiques autoréalisateurs ».

Simple suspension ou annulation pure et simple, la dette africaine est une drogue institutionnelle trop puissante pour être abandonnée. Selon ce schéma de fraude « par cavalerie » qui fait actuellement florès en , une dette en comble une précédente et en appelle aussitôt une suivante, cycle vicieux sans fin ni vertu.

On a fait croire aux Français que la dette publique diminuait depuis quelques années, alors qu’elle n’était qu’artificiellement abaissée par des taux d’intérêt négatifs, permettant de nouveaux emprunts présentés comme « vertueux » car générateurs d’activité, mais qui n’ont fait qu’alimenter la nouvelle bulle géante financière à venir. Il en est de même en Afrique – en pire.

Comme au jeu du bonneteau, les protagonistes sont réunis : un manipulateur (Macron dans le rôle de Robin des bois, les organes de gouvernance mondiale pris au piège de la générosité forcée), des larrons complices (un tiers-mondiste de médias dominants, deux tiers-mondains d’organisations internationales), des badauds naïfs (les citoyens-contribuables à qui on ne demande pas leur avis et tous les idiots utiles consentants). Enfin, le matériel de ce jeu à somme négative est constitué par les mécanismes de gestion de dettes incompréhensibles pour les non-initiés à la langue technocratique ésotérique. Mais c’est sans compter sur la Chine, premier créditeur de l’Afrique qui a déjà pris possession, par le biais de la dette souveraine, de pans entiers des économies africaines dès lors que les États se sont mis en défaut de paiement ; ce qui arrivera aussi dans une Europe exsangue.

Dans ce contexte, et alors que les caisses publiques sont vides, on peut douter de la viabilité du processus de négociation de « l’allègement de la dette africaine », mené par quatre émissaires représentant l’Union africaine. En effet, ils ne trouvent rien d’autre à dire pour nous « rassurer » que, premièrement, les dirigeants africains se sont engagés à mettre les sommes libérées par le moratoire au profit des populations (alors qu’ils font le contraire en permanence), et que, deuxièmement, des solutions techniques de traçabilité des transferts seront utilisées pour en assurer l’intégrité (alors que les fraudes technologiques les plus sophistiquées se répandent en Afrique, comme le rapporte RFI).

La confiance n’exclut pas le contrôle, alors que le fossé entre les « élites » et les populations continue de se creuser. On connaissait la tiers-mondisation des économies et des esprits, et la mondialisation effrénée. Nous sommes maintenant confrontés à un processus de « tiers-mondialisation » qui combine les deux, à l’échelle de la planète.

Enfin, des questions déterminantes restent en suspens sur les modalités envisagées, à commencer par celle-ci : jusqu’à quel point la Chine, maîtresse du jeu financier, se laissera forcer la main par le lilliputien économique français, lui-même surendetté, pour accorder aux Africains des délais de paiement, voire une annulation même partielle de la dette, et quelles seront les réelles compensations imposées aux Africains. À suivre…

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