« Moi, les femmes, je les déteste. » Osez imaginer, ne fût-ce une infime seconde, l’hystérie collective qu’engendrerait la publication d’un ouvrage dont le titre suinterait ouvertement autant de mysogynie. Imaginez les marches spontanées, les minutes de silence, les slogans et les dépoitraillages, les trémolos, les calicots aux revendications fières, parfois vulvaires, le retour des heures les plus sombres du patriarcat, l’incitation au féminicide.

Hélas, au grand dam de nos féministes apôtres de la victimisation calculée, la réalité est tout autre ; le titre également, Moi les hommes, je les déteste, et honni ce que tout mâle en pense.

« Dans ce court essai », explique Pauline Harmange, son auteur, bisexuelle mariée à un homme, « j’ai voulu comprendre la misandrie et lui redonner le droit d’exister en dehors de l’humour, pour l’ancrer dans nos réalités. Les féministes doivent constamment se dédouaner de vraiment détester les hommes au prétexte que cela nuirait à notre cause, que les hommes doivent être nos alliés et que, pour cela, il ne faut pas les exclure. Je pense pour ma part que la misandrie est non seulement parfaitement justifiée, mais aussi nécessaire. » Et de poursuivre, « en réduisant radicalement notre apport journalier en hommes et en masculinité toxique, on redécouvre que les liens féminins sont un véritable trésor ». Nul doute, on envie l’heureux élu qui partage le lit conjugal de Pauline.

La réaction de Ralph Zurmély, chargé de mission au ministère délégué à l’Égalité femmes-hommes, ne se fit pas attendre, dénonçant « une ode à la misandrie » et rappelant que la provocation à la haine à raison du sexe est un délit pénal. L’effet escompté fut l’inverse, la petite maison d’édition, également éditrice d’ouvrages tels que Au-delà de la pénétration, croule sous les demandes pour ce « livre au potentiel universel ». Huit maisons en ont déjà sollicité l’édition et, cerise sur le gâteau, les collaborateurs d’Élisabeth Moreno relativisent la réaction de Zurmély, arguant « une initiative personnelle, totalement indépendante du ministère ». Égalité femmes-hommes, comme disait l’autre, mais à trigonométrie variable.

Moi, les hommes, je les déteste, ou la dédiabolisation de l’ensauvagement à l’encontre du mâle blanc par un féminisme de plus en plus radicalisé, fait écho à un autre ouvrage datant de 1967, le SCUM Manifesto (Society for Cutting Up Men – Association pour l’éradication du sexe masculin ; scum également dans le sens d’ordure, de salaud). Son auteur, Valérie Solanas, qu’on pourrait qualifier de féministe déséquilibrée radicalisée, fut diagnostiquée, en son temps, de schizophrénie paranoïde et accusée de tentative de meurtre à l’encontre de l’artiste Andy Warhol.

La misandrie affichée ou subliminale distillée à travers la propagande médiatique et publicitaire serait-elle en train de devenir l’embryon d’une nouvelle vague féministe ? Comme le décrit si bien Éric Zemmour lors de son discours à la Convention de la droite, la « guerre d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel n’est pas un mouvement de libération des femmes, pour l’égalité entre homme et femmes, non pas même un abaissement de tous les mâles au nom d’une revanche universelle contre le patriarcat. Le seul ennemi à abattre c’est l’homme blanc hétérosexuel catholique[…] le seul qu’on balance comme un porc. »

Et l’auteur du Troisième Sexe de conclure : « L’homme blanc hétérosexuel catholique n’est pas attaqué parce qu’il est trop fort, mais parce qu’il est trop faible, non parce qu’il est assez tolérant, mais parce qu’il l’est trop. » Est-il misogyne d’affirmer de telles vérités ?

14 septembre 2020

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