[Migrations] Pour le patron de Frontex, murs et frontières ne servent à rien

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« Soyons clairs : rien ne peut empêcher des gens de traverser une frontière, ni mur, ni clôture, ni mer, ni rivière. » Cette déclaration ne provient pas d’une ONG pro-migrante, mais du patron de Frontex lui-même, Hans Leijtens. Le contexte en éclaire l’énormité : son interview est parue dans le média allemand Welt am Sonntag. Alors qu’en Allemagne les électeurs sont sensibles aux propositions anti-immigration de l’AfD, alors que même à gauche l’iconoclaste BSW se lance sur ce thème, il s’agit de leur faire passer un message simple: rien ne sert de voter pour les « extrêmes », les migrations sont une fatalité.

Néerlandais, Hans Leijtens a été commandant de la Police militaire royale, directeur général de l'administration fiscale, gouverneur de la Résidence. On l’a nommé à la tête de Frontex il y a un an pour remplacer le Français Fabrice Leggeri, poussé à la démission parce qu’ayant une conception trop musclée de sa mission. On a manifestement trouvé le remplaçant idéal. Immigrationniste dans l’âme, il achèvera de faire de Frontex une agence humanitaire spécialisée dans le repêchage de migrants.

Utilité d'une sentinelle

Dans sa lapalissade (sans jeu de mot), selon quoi aucun obstacle construit ou naturel n’arrête personne, Hans Leijtens feint d’ignorer que d’une part l’obstacle limite, ralentit, et que d’autre part il gagne en efficacité s’il y a un homme armé dessus ou derrière. Peut-être que ça ne suffira pas: « Si le Seigneur ne protège pas la cité, elle veille en vain, la sentinelle », dit le psaume 126. Cela ne signifie pas qu’il ne faut ni murailles, ni gardes.

Un exemple ? Bill Clinton fit construire en 1996 « une barrière infranchissable de 14 kilomètres », qui divisa presque par cinq les interpellations à la frontière… (Le Monde). Quand Trump a lancé le projet d’un long mur entre les Etats-Unis et le Mexique, les Démocrates et les bonnes consciences ont joué les effarouchés ; mais il y avait tellement besoin d’un mur que Joe Biden en a repris la construction il y a quelques mois - dans un silence gêné.

Le mur, le pape et le migrant

Les peuples ne demandent pas des murs par plaisir. Le début de la grande fortification de l’Europe, au Moyen-Âge, répond à une insécurité : on construit des mottes castrales pour faire face aux raids sarrasins et vikings. De nos jours cette demande de protection est jugée comme un repli sur soi, une frilosité, une peur de l’autre. L’Européen doit se convaincre que l’envahissement est désirable.

C’est tout juste si les murs, dans la théologie du pape François, obsédé par la question, ne sont pas un obstacle à la grâce. Lui, est plus pont : « Le défi de la réalité requiert la capacité de dialoguer, de construire des ponts au lieu de murs » (2015) (et déjà en 2014, et encore en 2016, 2021…). Dans les faits, le Vatican ressemble plus au château Saint-Ange, fortifié, qu’au pont du même nom. Il est l’Etat le mieux gardé au monde (200 gendarmes et 135 gardes suisses pour un territoire de 44 hectares) ; sa politique migratoire est des plus strictes (avec une immigration de travail qui n’aboutit jamais à aucune naturalisation). Les murs, c'est péché, mais le Souverain Pontife s'y sent à l'abri.

Eloge de la frontière… russo-finlandaise

Pour Hans Leijtens, « des expressions comme "stopper des gens" et "fermer les frontières" ne sont pas un discours tenable ». Que propose-t-il ? Là, il est assez à droite : des procédures d'asile directement aux frontières extérieures européennes, des expulsions rapides des demandeurs d'asile déboutés et des accords avec des pays, par exemple en Afrique. Mais tout cela n’a de sens qu’avec des frontières faisant leur office.

D’ailleurs, quand il s’agit de protéger la frontière de la Finlande avec la Russie, Frontex envoie gardes-frontières et véhicules, à la grande joie de Hans Leijtens: « La sécurité des frontières extérieures de la Finlande est une question de préoccupation collective européenne. » Le patron de Frontex sait et croit que les frontières ont une utilité et une efficacité, dès lors qu’on le décide. Ça ne rend que plus détestable sa déclaration adressée aux électeurs allemands.

Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

38 commentaires

  1. Allez donc faire un tour en Australie, vous allez vite comprendre ce qu’est une frontière. Débarquez de l’avion aux EU sans esta et racontez moi.

  2. On finit tous pas mourir un jour ou l’autre. Inutile de dépenser un centime de plus dans la santé, il faut agrandir les cimetières, c’est LA seule solution, n’en déplaise à l’extrême droite.

  3. Quelle hypocrisie ! Pendant ce temps, toutes nos places de villages, nos rues piétonnières, nos écoles sont hérissées de blocs de ciment pour éviter aux camions fous, pilotés par qui on se le demande, de venir tuer le brave peuple se trouvant là !

  4. Par ailleurs, j’attire l’attention de ce « monsieur » sur le fait que passer en Corée du Nord se révèle sacrément difficile comme du reste en sortir. Et puis, sans doute n’a-t-il pas connu le mur de Berlin ni le rideau de fer ! Moi oui, lors de mon service militaire, en mission à Berlin ou deux fois sur la frontière Tchécoslovaque. Je peux garantir que ceux qui étaient du mauvais côté ne circulaient pas au travers de ces frontières aisément ! Il ferait bien de ne pas passer pour un imbécile en blablatant sans aucun argument solide. Encore un inutile au joli salaire sans doute sur nos impôts !

  5. La grand muraille de Chine avait déjà le même objectif. Je crois savoir qu’en Hollande, le immigrés ne sont plus trop les bienvenus alors un Hollandais qui prétend le contraire lorsqu’il en a la responsabilité… Quant au Pape François, mieux vaut ne pas en parler, on pourrait devenir un opposant à l’église catholique laquelle n’a plus rien à voir avec la Foi ni avec la chrétienté. Encore un fossoyeur de notre modèle social !

  6. En l’état actuel des choses, rien n’arrêtera l’immigration sauvage et massive. Aucune loi ne pourra traiter le problème dont la solution réside dans les pays d’origine dirigés par des présidents dont la plupart sont des dictateurs ou des généraux cupides. Seule la mise sous tutelle de ces pays pourrait apporter un embryon de solution. Chose impossible due à la cupidité des pays dits démocratiques qui bénéficient de leur misère sociale. Autre solution, la limitation drastique des naissances. Et là, c’est un combat perdu pour raisons religieuses. Le monde pourrira par l’abondance chez les uns et la misère crasse chez les autres. La répartition de la misère et l’abandon de toute aide sociale resterait la solution finale ? A voir !

  7. Ce qui manque, c’est la volonté politique sincère ! En Hongrie, et dans d’autres pays de l’Est de l’Europe, ça marche ! Et dans le monde, il ne manque pas de pays qui sont des gardiens efficaces de leurs frontières !

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