L’affaire des journaux autorisés, labellisés par le comité de vigilance gouvernemental pour leur efficacité dans la lutte contre les « fake news », a déjà fait couler beaucoup d’encre. Rapide rappel des faits : le 30 avril, Madame la porte-parole annonce la création, sur le site du gouvernement, d’un « espace dédié » à la lutte contre les « fake news » concernant le Covid-19, en proposant des articles de « journalistes spécialisés qui démêlent le vrai du faux ». Suivent des dizaines d’articles issus essentiellement de cinq organes de presse.

Les journalistes se sont gendarmés, ont écrit, protesté, même Le Monde, même Laurent Joffrin dont le journal figurait pourtant au tableau d’honneur. C’est normal, il a très bien compris qu’avec la popularité du chef de l’État et du gouvernement en général, avec les éclats de rire que déchaîne Mme Ndiaye (depuis longtemps, mais l’aveu qu’elle ne saurait mettre un masque n’a rien arrangé), recevoir pareil honneur était catastrophique. Les élus – AFP, Europe 1, Le Monde, Libération, 20 Minutes – dotés d’un service de vérification qui bloque les fausse nouvelles (prière de ne pas rire), ainsi érigés en parangons d’honnêteté, ont compris qu’ils risquaient d’y laisser des plumes dans l’ambiance actuelle et qu’il est des faveurs qu’il vaut mieux éviter. La profession se partageait entre ceux qui s’indignaient de ne pas faire partie des élus et ceux qui se frottaient les mains en espérant en profiter : si Mme Ndiaye ne nous choisit pas, c’est sûrement que nous sommes bons.

Beaucoup de bruit pour rien : moins d’une semaine après, le ministre de la Culture Franck Riester annonce que la page Désinfox sur le site Internet du gouvernement a été supprimée. Bon, dit-il en substance, nous n’avions que de bonnes intentions, nous ne faisions pas la pub des journaux en question, simplement félicités pour leur efficacité au service de la vérité, mais on comprend que vous soyez inquiets, donc il ne s’est rien passé. Et Mme Ndiaye renchérit. Passez muscade…

Nous sommes vraiment dans un drôle de monde : la même porte-parole du gouvernement affirme, la main sur le cœur, que personne n’a jamais menti ni caché quoi que ce soit. La transparence totale, vous dis-je. D’ailleurs, les Français sont disciplinés dans le confinement parce qu’ils ont confiance. Euh… les sondages ne disent pas exactement la confiance, mais peu importe. Ce n’est pas le gouvernement qui se contredit – nous savons tous ce qu’il en est – mais la vérité qui change, « une vérité scientifique en perpétuelle évolution ». Merci, Edgar Faure : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent » de la vérité en marche. Ou, mieux : « Souvent vérité varie, bien fol est qui s’y fie. »

Dans ce confinement policier, qui prend fin lundi 11 mai, avec ces drones, ces hélicoptères qui traquent le promeneur solitaire, avec ce qui nous menace de contrôle et de surveillance dans la durée, heureusement nous sont données des occasions de rire. Même au sommet de l’État : le 6 mai, en visioconférence avec le monde de la culture, le Président – tenue et poses décontractées – recommande de ne pas partir sur l’île déserte sans biscuit, plus exactement « fromage et jambon », comme Robinson Crusoé, parce qu’il est un « idéaliste pragmatique ». Et une fois repu, bien installé sur l’île déserte, il est temps de changer de registre et de décréter « un été apprenant et culturel », par exemple en inventant des spectacles avec peu de public ou même pas de public du tout.

Ne manquez pas de voir la vidéo. On aimerait croire à de l’autodérision ou à la caricature d’un humoriste. Hélas, non !

9 mai 2020

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