Meurtre du père Olivier Maire en Vendée : un pays cul par-dessus tête

cathédrale Nantes incendie

Dès le lendemain du meurtre – odieux, diront les uns, incompréhensible pour les autres – du père Olivier Maire, ce 9 août 2021, les médias se sont faits de plus en plus discrets au fil des heures. Une information écrasée entre Covid antillais et polynésien, réchauffement planétaire (pourquoi coupe-t-on autant de forêts à travers le monde ?) et l’arrivée, à Paris, du/de Messi, l’homme aux pieds d’or et aux trente-cinq millions nets annuels que lui versera le PSG, club qatari grimé en tricolore… Une étoile en chute libre en comparaison de sa précédente rémunération de 70,8 millions au Barça. Rien d’immoral ni de disproportionné, dans tout cela. Une affaire de gros sous. Ni plus ni moins…

Quant à Emmanuel Abayisenga, sans-papiers et présumé incendiaire (pas du tout présumé, la matérialité des faits est établie, l’individu a été confondu), il était sous le coup de trois décisions de justice lui enjoignant de quitter le territoire (2016/2017/2019). Deux cassées par décisions d’un tribunal administratif.

Bref, Abayisenga avait incendié, le 18 juillet 2020, la cathédrale de Nantes. Péché véniel puisque, dans l’attente de son procès, il est élargi en juin dernier (fin de sa détention préventive) et, quoique placé sous contrôle judiciaire, accueilli par la communauté catholique des montfortains.

La Croix nous apprend qu’« Emmanuel vient d’une famille hutue, dont certains  membres ont pris part au génocide contre les Tutsis. De retour dans son village en 1996, le père d’Emmanuel est exécuté de manière sommaire. » De mauvais esprits pourraient penser que le comportement d’Emmanuel (désigner un meurtrier par son petit nom revêt un charme ineffable, Emmanuel s’est rendu coupable d’une grosse bêtise !) est sui generis et participe d’un esprit de famille… Certains membres de sa parentèle, et non des moindres (son père et son oncle), seront reconnus génocidaires patentés, l’un exécuté, l’autre condamné à perpétuité.

La bienveillante enquêtrice de La Croix ajoute : « Son parcours d'homme révèle une personne désemparée par la violence de la vie. Il avait 13 ans lors du génocide rwandais, 800.000 Tutsis ont été massacrés par leurs compatriotes hutus. » On se souviendra que, le 2 juin 1981, le frère de Jack Lang, ministre du premier gouvernement Mauroy, pour justifier un assassinat dans un bar (il était rentré chez lui pour s’équiper d’un couteau de cuisine), avait excipé du traumatisme de la guerre d’Algérie. À ce titre, ne sommes-nous pas tous, d’une façon ou d’une autre, de grands blessés de la vie ? Et pourtant, nous ne trucidons pas chaque jour nos voisins !

 

Jean-Michel Vernochet
Jean-Michel Vernochet
Écrivain - Ancien grand reporter au Figaro Magazine

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