Editoriaux - Histoire - International - Politique - Théâtre - 4 septembre 2017

Merkel et la Turquie : le théâtre d’ombres

En se prononçant pour l’arrêt des négociations d’entrée de la Turquie en Europe, la chancelière allemande vient-elle de frapper un grand coup, alors qu’elle s’apprête à briguer un quatrième mandat ? Surtout lorsqu’elle affirme : “Je ne vois pas l’adhésion arriver et je n’ai jamais cru que cela puisse survenir.”

C’est dans un contexte tout particulier qu’Angela Merkel semble désormais camper sur cette ligne de rupture, soit celui du débat l’ayant opposée, ce dimanche, à son challenger social-démocrate Martin Schulz. En effet, ce dernier, à la peine dans les sondages, entendait faire la différence en prévenant, il y a quelques jours : “Si je deviens chancelier d’Allemagne, si le peuple de ce pays me confie ce mandat, alors je proposerai au Conseil européen que nous mettions fin au discussions d’adhésion avec la Turquie.”

Alors, grand coup, sûrement pas, mais manœuvre tactique, assurément, coupant ainsi l’herbe sous le pied de son contradicteur et permettant de mieux faire oublier l’accueil inconsidéré de près d’un million d’immigrés clandestins aux yeux d’une opinion publique de plus en plus troublée. Là, elle joue sur du velours, cette mesure ayant été prise en concertation avec Martin Schulz.

En effet, car les dossiers turcs et migratoires sont intimement liés. C’est moyennant des chèques de plusieurs milliards d’euros qu’Ankara consent – pour l’instant ? – à endiguer la déferlante qui menace, repoussant ainsi la possible entrée de la Turquie en Europe à l’arrière-plan du calendrier politique. L’actuel statu quo convient parfaitement à Recep Erdoğan, qui peut ainsi tirer profit des avantages liés à son partenariat avec l’Europe sans avoir à en subir les conséquences les plus fâcheuses : perte de souveraineté et obligation d’adopter les normes sociétales dictées par la Commission européenne, mariage homosexuel, loi du genre et autres tyrannies de minorités plus ou moins représentatives.

Un statu quo qui ne dérange d’ailleurs pas fondamentalement Berlin, la Turquie étant pour elle et de longue date un important débouché commercial pour le Made in Germany. Mieux : ces centaines de milliers de nouveaux arrivants font également les affaires de notre puissant voisin, s’agissant d’une main-d’œuvre qualifiée et à bon marché, promise à combler une démographie plus que chancelante…

Au-delà des rodomontades électorales de circonstance, il ne s’agit finalement que d’un théâtre d’ombres. La preuve en est qu’Ankara n’a même pas pris la peine de commenter la sortie d’Angela Merkel. Quant aux douze journalistes allemands – dont quatre binationaux turcs – actuellement incarcérés dans les prisons de Recep Erdoğan, nul doute que tout cela se réglera, en douceur et en coulisses, après les élections du 24 septembre prochain.

Théâtre d’ombres, donc ? Jeu de dupes, aussi : c’est au début des années soixante que l’on fit miroiter à la Turquie une possible entrée en Europe. Les Turcs y ont cru, tandis que les Européens faisaient comme si, repoussant régulièrement la conclusion de l’affaire aux calendes grecques, si l’on peut dire en la circonstance. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’Europe est un club chrétien qui n’ose pas dire son nom, que l’Europe est oublieuse de son histoire, que les Européens ne savent plus qui ils sont, au contraire des Turcs sachant fort bien d’où ils viennent et là où ils entendent aller.

Il ne serait pas incongru d’en prendre de la graine.

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