Renonçant à soutenir Jean-Luc Mélenchon, le Parti communiste français investit son candidat pour l’élection présidentielle de 2022 en la personne de Fabien Roussel. Est-ce la fin de « l’union de la gauche » ? Ce Parti communiste a-t-il encore une raison d’être dans le paysage politique français ?

Analyse de Me Régis de Castelnau au micro de Boulevard Voltaire

 

 

Si la gauche parvient à s’entendre pour les régionales, ce n’est pas le cas pour 2022. Le Parti communiste français investit Fabien Roussel comme candidat aux élections présidentielles et il ne soutiendra pas Jean-Luc Mélenchon. Que révèle de la gauche cette candidature ?

La gauche est un champ de ruines. Elle s’est coupée de son électorat traditionnel populaire. Avec le Parti communiste et le Parti socialiste, la gauche était là pour défendre les couches populaires, œuvrait au progrès social, mais elle a abandonné ce terrain depuis assez longtemps. La gauche, et en particulier le Parti socialiste, est le fourrier du néolibéralisme et, par conséquent, aujourd’hui, les couches populaires se sont détournées d’elle. Face aux échéances qui se profilent, les différentes composantes de la gauche essayent de trouver des solutions, elles pensent à l’avenir. Et Fabien Roussel sait très bien qu’il n’a aucune chance, c’est une candidature de reconstruction. Les derniers scores du Parti communiste ont été grotesques avec un candidat grotesque, Yann Brossat. Fabien Roussel a une volonté de revenir aux bases et de parler aux couches populaires. Les luttes d’ego entre Yannick Jadot, Christiane Taubira ou Jean-Luc Mélenchon n’ont pas grand intérêt. Ce qui serait intéressant, c’est que le Parti communiste cherche à s’émanciper d’une union de la gauche qui lui a coûté si cher.

Le Parti communiste français a-t-il encore une raison d’être en France, aujourd’hui ?

Il a été créé il y a 100 ans, il se disait, à partir de 1934-1935, comme le parti du peuple français dans son ensemble. Avec la disparition de l’URSS et l’échec du socialisme, c’était une survivance qui permettait d’assurer quelques postes grâce à des élus locaux. Aujourd’hui, ce n’est plus suffisant. Ils veulent peut-être en faire un parti fondé sur des bases populistes de gauche, comme ce que Jean-Luc Mélenchon avait en partie réalisé en 2017, avec un score plus qu’honorable de près de 20 %. Depuis, il a complètement abandonné sa ligne stratégique pour se tourner vers l’indigénisme, l’intersectionnalisme, l’antiracisme de pacotille, ce qui a libéré la voie pour le PCF.

Cet électorat populaire, n’est-il pas déjà parti vers le Rassemblement national ?

Les études d’opinion montrent qu’au premier tour, 50 % des ouvriers votent pour le Rassemblement national, ce que le Parti communisme n’a jamais réussi à faire. Le parti des couches populaires est bien le Rassemblement national. Mais ce n’est pas un parti qui a un tissu municipal très actif, comme le PCF autrefois. Seul le RN, selon ses électeurs, donne des garanties sur la question de l’identité nationale et de l’immigration, et le PCF ne va pas sur ce terrain. En 2017, Jean-Luc Mélenchon a rangé le drapeau rouge et utilisé le drapeau tricolore, il avait un discours républicain et il est allé vers les couches populaires. Cela avait marché. Depuis, c’est fini. L’étude récente de l’IFOP montre bien que son implantation dans les couches populaires est calamiteuse. Il est annoncé à 10 ou 11 %, mais sociologiquement, c’est un échec total. Le PCF a envie de venir sur ce terrain, mais ses ambitions sont restreintes.

13 avril 2021

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