Que se passe-t-il en territoire israélo-palestinien ? Comment un conflit à l’origine juridique concernant des propriétés a-t-il pu dégénérer en pluie de roquettes tirées sur Israël ? Le pays est-il sur le point de basculer dans la guerre civile ?

Analyse de Maya Khadra pour mieux comprendre la situation.

 

Depuis plusieurs jours, on note une escalade de tensions entre Israël et les territoires palestiniens, principalement la bande de Gaza

 

Le conflit a commencé à Jérusalem-Est, il a généré des confrontations entre les policiers israéliens et des Palestiniens. L’origine de ce conflit est d’ordre juridique car les Israéliens revendiquent leurs maisons à Jérusalem-Est. Ils en ont les titres de propriété, tout comme des Palestiniens qui ont toujours vécu à Jérusalem-Ouest possèdent des titres de propriété à Jérusalem-Ouest. Or, la loi a favorisé les juifs à rentrer dans leurs maisons à Jérusalem–Est alors que les Arabes palestiniens n’ont pas le droit d’accéder à leurs maisons à Jérusalem-Ouest. C’est donc un problème juridique et c’est ainsi que cela a explosé, sur fond de frustration des Palestiniens qui se sont mobilisés et ont revendiqué leurs droits. La situation a dégénéré et des tensions ont explosé sur l’esplanade des Mosquées. C’est le début du problème, il faut bien comprendre la diachronie de ce qui se passe actuellement.

 

Comment la situation a-t-elle pu dégénérer au point qu’il y ait des tirs de roquettes sur Israël ?

 

Il y a plusieurs raisons qui ont motivé ces représailles violentes contre Tel Aviv de la part du . Premièrement, il y a un enjeu géopolitique. L’Iran cherche à déstabiliser beaucoup de pays : au , au avec le Hezbollah, en Syrie avec les Gardiens de la révolution islamique. Donc, Israël est enserré comme dans un étau. Le danger vient du nord avec le Liban, de la frontière syriennen mais aussi de la bande de Gaza, avec le Hamas présidé par Ismaël Haniyeh qui, dans une de ses dernières vidéos, s’est félicité d’appartenir à l’axe de la résistance initiée par l’Iran dans cette région. Il est à la tête d’une organisation classée terroriste et il est armé directement par l’Iran. Ces missiles tirés depuis la bande de Gaza sont fabriqués en Iran, financés par l’Iran et ils touchent à leur date de péremption. Donc, le Hamas a saisi l’occasion de ces incidents sur la place des Mosquées pour se refaire une forme de popularité auprès des Palestiniens de Gaza et pour gagner la sympathie de ceux qui sont en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Hamas s’impose à nouveau sur la scène militaire car, sur la scène , il est à la peine. C’est pour cette raison qu’il a lancé des roquettes, y compris sur des quartiers où vivent 40 % d’Arabes à Tel Aviv.

 

Peut-on appeler ce conflit une guerre civile ?

 

En effet, le territoire israélo-palestinien est devenu indivisible. Les démographies sont très mélangées et ça pourrait dégénérer à n’importe quel moment. Aujourd’hui, on a des échos parlant d’une troisième intifada. Les premières intifadas ont duré des mois puis se sont calmées car les Palestiniens se sont résignés, ne voulant pas être les otages du Hamas, cette milice terroriste.

La situation actuelle pourrait dégénérer, d’autant plus que le Hamas est déterminé et aguerri. Après des années de paix en trompe-l’œil, ils essayent d’avoir la main mise sur les Arabes palestiniens qui vivent en Israël. La question de la cohésion citoyenne dans le territoire israélien se pose. Le modèle proposé aux Arabes par le gouvernement de Netanyahou est-il inclusif ou bien les Arabes sont-ils dans un état de frustration qui génère ces soulèvements ? Le pays est gouverné par Netanyahou, qui est une figure qui ne fait pas l’unanimité auprès des Arabes qui vivent en Israël. Il y a un autre facteur géopolitique majeur lié à Gaza : après l’explosion qui a touché la centrale nucléaire de Natanz, en Iran, et les pourparlers de Vienne, l’Iran essaie de transmettre un message aux Israéliens. Le Hamas est un levier militaire pour l’Iran, un canal qui leur permet de communiquer leurs messages directement aux Israéliens car leur aviation n’est pas assez puissante pour répondre aux Israéliens. Leur capacité militaire est inférieure à celle des Israéliens. Ils utilisent donc leur bras armé dans la région pour faire pression sur Israël. C’est également l’occasion de transmettre un message aux Européens qui discutent à Vienne de l’accord sur le nucléaire. Le message est clair : si vous n’arrivez pas à convaincre les Américains de lever les sanctions, on peut embraser le Moyen-Orient.

12 mai 2021

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