Décidément, le pass sanitaire a du mal à passer, à l’Assemblée. D’où cette pièce de boulevard, avec le MoDem en guise d’amant délaissé, sortant un jour en caleçon à fleurs de son placard pour mieux y retourner le lendemain.

Résumons. Le lundi 11 mai, l’article 1er de cette loi, relatif au pass en question, est rejeté au Parlement par 108 voix contre 106 ; la faute du même MoDem, le turbulent allié de la majorité présidentielle. « Voilà ce qui arrive quand on traite par le mépris la représentation nationale », constate Philippe Gosselin, député de la Manche. De son côté, Stéphane Peu, son collègue communiste de Seine-Saint-Denis, se félicite : « Les alertes ont été nombreuses sur le risque qu’il y a à s’installer, comme si de rien n’était, dans ce qui relève d’un régime d’exception. »

Mais quelques heures plus tard, le mardi, changement de cap et le texte est finalement adopté (205 voix contre 85) dans un désordre qu’il n’est pas saugrenu de qualifier d’indescriptible. Ce qui a changé, dans l’intervalle ? Ce fameux article 1er, tout d’abord jugé trop flou et qui, désormais, le serait moins. En quoi ? La sortie de « l’état d’urgence sanitaire », prévue pour le 31 octobre, serait finalement prévue pour la fin septembre. Il est vrai que ça change tout.

Emmanuelle Ménard, députée non inscrite, nous en dit un peu plus : « J’ai souhaité voter “non” deux fois* ! La première, c’est parce que cet article 1er était vraiment trop flou et que personne n’y comprenait rien. La seconde ? Parce que pendant que moi et les autres députés, quels que soient leurs bords, posions des questions à Olivier Véran, il conservait les yeux rivés sur son téléphone, ne se donnant même pas la peine de nous répondre. Qu’il me méprise, je peux encore comprendre, même si c’est grossier. Mais un ami du MoDem m’a en quelque sorte rassurée : “Il est comme ça avec tout , même avec nous, qui sommes pourtant censés faire partie de la majorité présidentielles. À ses yeux, lui qui se croit supérieurement intelligent, nous ne sommes jamais rien que des ploucs.” Eh bien, les ploucs l’ont un peu remis à sa place ! »

Au-delà de cet amateurisme manifeste, l’épisode est des plus significatifs, tandis qu’un fait demeure : y a-t-il encore un capitaine à la barre du radeau élyséen ? Car ce n’est pas pour dire, mais si « celles et ceux » qui font mine de nous gouverner mettaient tout en œuvre pour amener à la fonction suprême, ils ne s’y prendraient pas autrement. Car là, à force de ne pas mettre une seule balle dans le panier, c’est un sans-faute.

Il y a déjà eu le psychodrame en chambre de la région PACA, avec un faisant un jour alliance avec la liste LREM et l’autre pas. Puis, le grotesque parachutage d’Éric Dupond-Moretti et de Gérald Darmanin dans les Hauts-de-, partis en guerre contre le , en attendant de rallier , républicain qui, lui aussi, ne semble plus très bien savoir où il habite ? Avant le premier tour ? Entre les deux ? Tout cela ne paraît pas exactement frappé du sceau du sérieux.

Pour tout arranger, cet autre pas de deux, avec l’affiche de candidate voilée macroniste, Sara Zemmahi, à l’occasion des élections départementales de Montpellier. Devant le tohu-bohu médiatique, Stanislas Guerini, le patron de LREM, désavoue l’initiative même si, sur l’affiche incriminée, ne figure pas le logo du parti. Et, en même temps, Marlène Schiappa paraît un peu gênée aux entournures de son tailleur, entre et . D’où l’option du je-m’en-foutisme, peut-être…

Car pour marcher, elle marche, La République en marche. Même si c’est manifestement dans le mur.

 

*Si le vote d’Emmanuelle Ménard a été comptabilisé chez les abstentionnistes, la députée de l’Hérault précise qu’elle avait laissé une procuration pour voter « contre ».

12 mai 2021

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