Editoriaux - Histoire - 4 novembre 2018

Maurice Genevoix au Panthéon

C’est honorer un immense écrivain et raviver un amour de la France si chèrement payé.

L’idée de faire entrer au Panthéon Maurice Genevoix s’imposerait en cette année du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. Qui mériterait, autant que lui, les mots inscrits au fronton du Panthéon : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » ? On ne le connaît pas ? Raison de plus pour lui donner la place qu’il mérite. Le Président Macron, lui, le connaît et le lit.

Le Président prendra donc seul le « chemin des Soldats » sur la crête des Éparges, ce village de la Meuse où eut lieu, en 1914, une des luttes les plus meurtrières de la guerre préfigurant l’horreur de la Somme et de Verdun. Ceux qui ont combattu là, cinq mois durant, entre septembre 1914 et avril 1915, reçurent un diplôme de reconnaissance du général Herr.

Parmi eux, un Nivernais avait quitté son village le 2 août 1914. Il était affecté au 1O6e régiment d’infanterie. Il avait 23 ans, il était normalien. Sur le front, premier contact avec le sang et la boue. Il participe à la bataille de la Marne et a marché sur Verdun. Le 25 avril 1915, il est mutilé : il a 25 ans. Son ami, un saint-cyrien, le lieutenant Robert Porchon, son frère d’armes, a été tué quelques semaines plus tôt. C’est dans la nécropole où repose Porchon qu’Emmanuel Macron ira se recueillir.

Dans les tranchées, le lieutenant Genevoix a commencé à écrire, d’une écriture sans rature, quoi qu’il arrive autour de lui, sur un petit cahier noir, ce qu’il voit, entend, pour témoigner et donner vie aux morts. Nous sommes habitués à une littérature du front. Avec Ceux de 14, au titre sobre, il s’agit d’une fresque de 600 pages, à l’écriture foisonnante. Le secrétaire de Normale qui reçoit ces cahiers, à Paris, sait qu’il a affaire à un immense écrivain. La première édition connaît une censure dont Genevoix a peine à se remettre. L’édition définitive, retravaillée par l’auteur, date de 1949.

Genevoix, on le connaît peu ou mal. « Écrivain du terroir », pour certains, auteur de cinquante livres, il reçoit, en 1925, le prix Goncourt pour Raboliot. Mais des écrivains du terroir, il y en a beaucoup. Écrivain de guerre ? Il y en a tant. Gide dénie leur puissance artistique aux « romans de guerre ». Certains lui ont préféré Dorgelès ou Barbusse. Les intellectuels, Ernst Jünger. Sait-on, d’autre part, que Genevoix fut académicien, le défenseur de notre langue, et soutint la cause des femmes africaines ?

C’est Norton Cru qui vit en Genevoix l’écrivain majeur de la Grande Guerre. En cette année du centenaire de la paix, n’oublions pas le prix qui fut payé. Le lieutenant Genevoix aura vu deux Allemands soigner des Français. Lui connaîtra la blessure inguérissable d’avoir tiré sur deux Allemands.

La belle préface de l’édition Flammarion (2013) est écrite par Michel Bernard. Elle est dédiée à la mémoire de Sylvie Genevoix, la fille de l’écrivain qui fut l’épouse de Bernard Maris. Ouvrir les portes de bronze du Panthéon à Maurice Genevoix, c’est honorer un immense écrivain et raviver un amour de la France si chèrement payé.

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