On connaît tous le théorème : jamais, depuis quarante ans, les sondages n’ont réussi à prédire, deux ans ou 18 mois avant le scrutin, le vainqueur de la présidentielle ni, parfois même, le duel final. C’est pourquoi beaucoup doutaient de la réélection annoncée d’un Emmanuel Macron pourtant englué dans des crises à répétition et dont l’image s’est régulièrement dégradée au fil du quinquennat. Le annonçant qu’il s’effondrait et que atteignait 48 % au second tour est venu valider, une fois de plus, le théorème.

Le problème, c’est que le doute se retourne désormais contre elle : quand vous devenez favori, incontournable, vous vous exposez à un risque de marginalisation due à l’usure et à l’assurance que peut vous donner une telle situation, même dans l’opposition. Autrement dit, les 48 % de janvier 2021 ne sont peut-être pas un très bon cadeau pour l’intéressée. Que se passera-t-il si, dans les mois qui viennent, ce 48 % s’avérait un nouveau « plafond de verre » (purement virtuel et sondagier, par ailleurs) ? Et puis, notre théorème nous a aussi appris que certains vainqueurs ou challengers du second tour dans les sondages précoces n’y parvenaient même pas dans la réalité.

Mais il y a un autre doute qui point. Avant la présidentielle de , il y a les régionales, en juin prochain. Certes, tout cela n’intéresse guère, polarisés que nous sommes sur le Covid-19. Mais un premier sondage, réalisé par OpinionWay, vient d’être publié par Les Échos et Radio Classique. Il indique une très grande stabilité des intentions de vote et n’enregistre aucune percée du RN, malgré le mécontentement ambiant. Pire, pour Marine Le Pen : LR réalise 22 % (autant que le RN) et LREM pointe à 18 %, PS et étant donnés chacun à 12 %. Là encore, il convient de relativiser : 20 % des sondés n’expriment aucune intention. Mais il semblerait que ce désintérêt entraîne de fait une grande stabilité des exécutifs régionaux, toujours d’après cette enquête : PS et LR conserveraient leurs fiefs. Seuls changements possibles : EELV gagnerait les Pays de la Loire et le RN pourrait s’imposer en PACA en cas de triangulaire. Mais on sait ce qu’il advint en 2015 : l’échec au de l’époque à remporter une seule région fut par beaucoup considéré comme une alerte pour la présidentielle. En 2021, la conquête de PACA par le RN sera un minimum pour convaincre l’opinion, au-delà de son électorat traditionnel, de sa capacité à l’emporter et à devenir un parti de gouvernement. Et c’est là que ce sondage des régionales devrait tempérer l’enthousiasme de ceux qui voient déjà le RN au pouvoir car, si Marine Le Pen parvenait à battre un Emmanuel Macron affaibli (mais s’il était si affaibli, parviendrait-il au second tour ?), elle aurait beaucoup de mal à s’assurer une majorité aux législatives, comme l’a bien vu Guillaume Bernard.

Ce que la potentielle victoire de Marine Le Pen dans ce « sondage des 48 % » révèle, une fois de plus, c’est l’extrême affaiblissement d’Emmanuel Macron et l’absence de figures pour représenter la d’un côté et LR de l’autre. Or, le sondage des régionales, comme les dernières municipales d’ailleurs, confirme que ces deux électorats existent bel et bien. La situation française repose toujours, comme en 2017, sur un quadripartisme. Toute la question est de savoir si l’affaiblissement d’Emmanuel Macron redonnera de l’espace à la gauche et à LR qu’il avait en partie siphonnés, et si ces deux pôles trouveront un candidat.

En fait, Marine Le Pen ne monte que parce qu’elle est là, installée, et que la scène est vide, ou en train de se vider, dans le cas d’Emmanuel Macron. Peut-on imaginer que les Français, tout comme le personnel politique ou la société civile, laissent cette scène en l’état et fassent l’impasse sur l’élection présidentielle de 2022 ?

31 janvier 2021

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