Dimanche 31 janvier matin, le collectif féministe a organisé une manifestation au Trocadéro à l’occasion du « No Hijab Day », journée sans voile créée par une féministe anglaise en février 2020 pour prendre le contre-pied du « Hijab Day », journée faisant la promotion du voile islamique. Ces militantes étaient revêtues symboliquement du niqab. Boulevard Voltaire a interviewé la responsable de ce collectif.

 

Vous êtes la responsable du collectif Némésis, collectif féministe. Vous étiez une vingtaine de militantes à manifester place du Trocadéro arborant une burqa. Pourquoi avoir organisé ce happening ?

 

Dans les faits, nous étions à peu près 35 personnes. Nous avons organisé ce happening à l’occasion du hijab day. Cet évènement est international et a été relayé par Sciences Po en France. Il incite les femmes qui le souhaitent à se voiler. On ne sait pas très bien si c’est un geste de soutien ou un hommage. En tout cas, ce geste sous-entend que les femmes musulmanes en France et en Europe seraient mal traitées. Nous considérons qu’il était plus judicieux de rendre hommage aux femmes du Moyen-Orient, du Maghreb et d’Afrique Subsaharienne qui elles, essaient d’enlever ce voile. Pour cette raison, elles se font martyriser, défigurer ou encore incarcérer pendant des années pour avoir milité contre ce voile. On se retrouvait davantage dans ce combat-là. Ce geste était avant tout une action d’hommage à ces femmes-là pour lesquelles aucun évènement officiel et international n’est organisé.

En France, on voit de plus en plus de voiles intégraux et aucune verbalisation n’est effectuée, alors que c’est illégal. De plus, cet acte atteint la femme dans son droit à l’égalité.

 

 

On serait tenté de vous répondre que si les femmes veulent se voiler, elles ont le droit de respecter les principes de leur religion.

 

Effectivement, elles ont le droit, mais le voile intégral est interdit en France et notamment pour des raisons de sécurité. On a pu voir des femmes voilées cacher des bombes sous leur burqa. Effectivement, cela reste anecdotique, mais il faut tout de même le prendre en compte.

La France est une nation. Il ne faut pas oublier que nous sommes une communauté et que chaque acte personnel a une répercussion globale.

 

 

Votre collectif se revendique féministe. Toutefois, vous n’êtes pas dans le courant majoritaire « inclusif » et « intersectionnel » qui est très proche de toutes les revendications communautaires et racialistes. Pourquoi ce choix idéologique de vous séparer de cette mouvance-là ?

 

Nous considérons tout simplement que cacher les femmes derrière un voile parce que leurs cheveux seraient un attribut sexuel n’a pas sa place en France. C’est contre l’égalité des hommes et des femmes et contre la représentation de la femme que l’on a en France et plus largement en Europe.

On est bloqué entre un féministe radical qui considère que tous les hommes sont des potentiels violeurs et un féminisme intersectionnel qui fait cause commune. Parfois, cette convergence des luttes est impossible parce que, soit c’est le féminisme qui va en prendre un coup, soit c’est l’islam.

On ne peut pas les mettre tous les deux sur le même plan et faire combat commun tout simplement parce que l’ n’a pas du tout la même vision de la femme que nous. Elles sont totalement opposées. À partir de là, on ne peut pas faire combat commun.

Par conséquent, nous avons décidé de créer un collectif totalement indépendant de toute idéologie. Ce collectif parle d’abord de notre expérience. Nous considérons que cacher les femmes sous prétexte qu’elles seraient des attributs sexuels qui justifierait les pulsions de certains hommes n’est pas quelque chose d’audible en France.

 

 

 

D’après nos collègues de Valeurs Actuelles et de l’Étudiant Libre, vous auriez été interpellée suite à cette manifestation et emmenée par les forces de l’ordre. Concrètement, que vous a-t-on reproché ?

 

Dès que j’ai vu les policiers arriver, je suis allée leur dire que j’étais l’organisatrice pour couvrir les autres participantes de cette manifestation. Au début, ils voulaient juste faire un contrôle d’identité et éventuellement nous mettre une amende. Ensuite, ils ont reçu des ordres, je ne sais pas de qui, mais ces ordres demandaient que nous soyons interpellées et mises en garde à vue par l’OPJ. J’ai attendu jusqu’à 16h05 pour me dire que j’étais libérée avec un rappel à l’ordre pour manifestation non déclarée. Énormément de policiers sont venus me voir dans la cellule pour me dire qu’ils me soutenaient et qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on m’avait arrêtée. Ils n’avaient évidemment pas le choix, car ils faisaient leur travail. Certains nous ont même confié qu’ils nous soutenaient sur les réseaux avant même cette action-là. Je pense que le gros problème qui a fait que j’ai attendu 8 heures avant d’être libérée ce sont les magistrats.

 

31 janvier 2021

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