Marie d'Armagnac, journaliste et auteur de Matteo Salvini, l'indiscipliné, revient pour Boulevard Voltaire sur les circonstances de la démission de Mario Draghi, Premier ministre italien. Elle évoque notamment le grand vainqueur de cette déroute du président du Conseil : le parti Fratelli d’Italia, de Giorgia Meloni

Marc Eynaud. Pourquoi Mario Draghi a-t-il été contraint à la démission ?

Marie d’Armagnac. Il avait présenté sa démission, la semaine dernière, au président de la République et elle avait été refusée par Sergio Mattarella car celui-ci voulait que le président du Conseil, Mario Draghi, aille expliquer devant le Parlement les raisons de cette démission. Le Mouvement 5 étoiles a lancé les hostilités en refusant de voter la confiance pour un texte qui est l’équivalent de la loi pouvoir d’achat.

M. E. Mario Draghi est un profil techno, europhile et atlantiste. Y a-t-il d’autres explications dans la chute de cet ancien fonctionnaire européen ?

M. d’A. Mario Draghi a redemandé la confiance au Sénat et a prononcé un discours extrêmement dur vis-à-vis des partis politiques qui le soutiennent : 5 étoiles, la Ligue et Forza Italia. Il a été bien plus dur vis-à-vis des partis de droite que du Mouvement 5 étoiles avec lequel il espérait pouvoir raccrocher les wagons. Ce discours a été mal accueilli car il réclamait en quelque sorte les pleins pouvoirs. Il leur a dit plusieurs fois « Êtes-vous prêts à me suivre sans discussion ? » Il leur a parlé un peu comme un maître d’école face à des élèves indisciplinés. Par ailleurs, les élections législatives devaient avoir lieu au printemps prochain et les partis se retrouvaient dans une période préélectorale. Le soutien inconditionnel à Mario Draghi qui avait eu lieu il y a 17 mois, excepté pour le parti Fratelli d’Italia, s'est effiloché au fil du temps.

M. E. La Ligue de Matteo Salvini avait soutenu Mario Draghi, contrairement au parti Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni. Les grands gagnants de la chute de ce gouvernement ne sont-ils pas les Fratelli d’Italia ?

M. d’A. L’histoire donne raison à Giorgia Meloni et elle est en pole position car, étant dans l’opposition, elle n’a pas l’usure du pouvoir pour elle, et elle est restée cohérente avec ses idées en refusant de participer à un gouvernement avec la gauche. Elle part bien pour les élections et a expliqué qu’elle était archi-prête pour le retour aux urnes. Après le discours de Mario Draghi, elle a dit qu’il exerçait le pouvoir d’une façon autocratique et qu'il réclamait les pleins pouvoirs. Cela lui a valu une riposte de Mario Draghi dans le courant de la journée. Hier était une journée folle ! Cela changeait tout le temps. On a vu les choses basculer en faveur de la chute du gouvernement quand la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi ont déposé un texte pour soutenir Draghi mais sans les 5 étoiles, avec un gouvernement renouvelé et notamment un ministre de l’Intérieur qui s’oppose à l’immigration massive et un autre ministre de la Santé. Ils ont posé leurs conditions. Or, c’est plutôt vers la gauche que Mario Draghi se tournait. Donc, forcément, ça ne pouvait pas marcher.

M. E. Matteo Salvini a fait alliance avec Mario Draghi puis s’est retiré. Ne va-t-il pas tout perdre, finalement ?

M. d’A. On va surtout lui reprocher d’avoir participé à un gouvernement avec le Parti démocrate, un parti de gauche. Au moment du gouvernement de Mario Draghi, on sortait de la crise du Covid et cela pouvait se justifier, notamment pour répartir les fonds de financement du plan de relance européen, très généreux avec l’Italie. Il voulait participer à la distribution de ce budget. Au bout de 18 mois, Salvini n’avait plus de raison de rester. Aujourd’hui, la Ligue de Matteo Salvini n’est plus le parti leader de l’opposition de droite, mais la coalition de droite (Fratelli d’Italia, la Ligue et Forza Italia) va se reconstituer pour se présenter unie aux élections. Mais je pense qu’il a perdu son leadership. Giorgia Meloni a actuellement le vent en poupe.

5933 vues

21 juillet 2022

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.

  Commenter via mon compte Facebook

  Commenter via mon compte Twitter