L’ connaît-elle une République des juges ? Oui, à en croire les révélations des échanges WhatsApp entre magistrats italiens au sujet de la politique antimigratoire de lorsqu’il était ministre de l’Intérieur.

Le verdict est tombé malgré eux : poursuivi pour avoir refusé l’accostage de bateaux de migrants l’année dernière, Matteo Salvini échappe, une fois de plus, aux poursuites par un vote de la commission parlementaire et en ressort politiquement renforcé.

Explications de Marie d’Armagnac au micro de Boulevard Voltaire.

 

Scandale en Italie après la divulgation d’échanges entre magistrats sur Salvini. Pourquoi Salvini aurait-il été attaqué illégalement par des juges ?

Il faut remonter à l’année dernière. Une enquête a été menée sur un ancien membre éminent du conseil supérieur de la magistrature. Cette enquête est menée par le parquet d’Ombrie. Luca Palamara, ce magistrat a été mis sur écoute pour soupçons de corruption. Au fil de ces échanges, une conversation sur WhatsApp est apparue entre plusieurs magistrats. Cette discussion disait : « Salvini est une merde, il a raison dans son action de gouvernement, mais il faut à tout prix l’attaquer ». La semaine dernière le quotidien La Verità a ressorti les extraits de ces échanges. Ces derniers montrent la collusion entre les magistrats et les hommes politiques. Les journaux de gauche comme La Répubblica ou L’Espresso donnent des extraits de ces conversations entre juges. Un véritable réseau existe entre les juges et les hommes politiques, notamment avec Nicola Zingaretti, président du Parti démocrate et principal opposant à Salvini.
Salvini et la Ligue répétaient depuis des mois que la magistrature l’avait dans le collimateur d’une façon absolument pas impartiale. On l’accusait d’ailleurs de complotisme.
Ceci intervient dans le contexte d’une poursuite dont aurait dû faire l’objet Salvini en tant que ministre de l’Intérieur. En vertu de la loi et en vertu de ses pouvoirs de ministre de l’Intérieur de lutter contre l’immigration clandestine, Salvini avait refusé l’entrée du bateau espagnol Open Arms qui avait débarqué des migrants en juillet dernier dans le corps italien. Ce bras de fer avait duré plusieurs jours. Il faut rappeler que le port de La Valette à Malte et le port espagnol avaient refusé d’accueillir ce bateau.

Ce n’est pas la première fois que l’on entend ce genre d’accusation. En France, on parle de la république des juges. En Italie, c’est un peu le même combat…

Oui absolument. Il faut remonter aux années de l’opération Mains propres. Une très grande partie de la classe politique italienne avait été balayée par les enquêtes des juges anti-mafia et anti- corruption. On avait vu la collusion de ces partis politiques avec la mafia. Les conséquences politiques avaient été l’émergence de partis comme la Ligue du Nord et l’émergence de phénomènes politiques comme Berlusconi. Ce coup de balai était bien venu.
La conséquence de cette pratique est la judiciarisation de la vie politique. C’est la même chose qu’en France. On l’a d’ailleurs vu avec l’affaire Fillon notamment, au moment des élections présidentielles.
C’est la 3e fois qu’on essaie de poursuivre Salvini en tant que ministre de l’Intérieur pour séquestration de personnes et abus de pouvoir, dans des cas similaires où il a empêché des bateaux de migrants clandestins d’accoster en Italie en vertu de la loi.
La 1ère fois, la possibilité de le poursuivre avait été écartée par un vote au parlement avec le concours des voix des 5 étoiles, avec qui il gouvernait à l’époque.
La 2e fois, le tribunal de Catane avait eu gain de cause et avait poursuivi Salvini sur un cas similaire.
Et cette fois-ci, on devait décider ce matin en commission parlementaire d’une éventuelle poursuite de Salvini en qualité de ministre de l’Intérieur. Le coup de théâtre a été que les membres de cette commission ont voté en majorité contre cette poursuite judiciaire. En revanche, le parti Italia Viva de Matteo Renzi s’est abstenu et un membre et un ex-membre du mouvement 5 étoiles ont voté contre cette poursuite. C’est un peu de la politique politicienne, mais cela peut quand même nous dire quelque chose sur l’évolution à venir de la vie politique italienne.

Cette révélation renforce-t-elle politiquement Mattéo Salvini ou au contraire, cela le met-il dans une position de faiblesse ?

Cela ne le met pas dans une position de faiblesse. Je viens d’écouter sa réaction après le vote de cette commission parlementaire et il est très content. Il affirme que la commission lui a donné raison dans la mesure où tout le gouvernement savait. Il ne faisait qu’appliquer une loi votée, organisée et voulue par le gouvernement dont faisait partie Giuseppe Conte en tant que président du conseil. Cette décision parlementaire est une sorte de coup de pied à Giuseppe Conte. Cela laisse imaginer que la rentrée politique en septembre sera plus ouverte et plus mouvementée que ces derniers mois…

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