Malgré les promesses, les commerçants ruinés par les Jeux olympiques ne seront pas indemnisés

Sur la quarantaine de dossiers étudiés, tous ont été rejetés et ne feront l'objet d'aucun remboursement, selon l'UMIH.
Capture écran CNews
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Alors qu’on fête l’anniversaire des Jeux olympiques 2024, les commerçants parisiens comptent les faillites qu'ils ont engendrées.

Premier ministre pour quelques semaines encore, malgré la dissolution qui aurait dû le voir prendre la tangente, Gabriel Attal annonçait, le 24 juin 2024, « la création d’une commission d’indemnisation pour les acteurs économiques impactés par les Jeux olympiques de Paris ». Il fallait faire taire la bronca devant les mesures, chaque jour plus restrictives, destinées à garantir la sécurité de l’événement.

Barrières partout, zones interdites à la circulation, autorisation de la préfecture et QR code pour aller boire un café en terrasse… le tout mâtiné des injonctions du Village Bons réflexes, revisitées pour l’occasion. On rappellera notamment les fameuses grilles bouclant le périmètre de sécurité de protection antiterroriste (SILT) dès le 1er juillet, soit huit jours avant la cérémonie d’ouverture.

Bref, un casse-tête pour l’ensemble des commerçants parisiens et la mort annoncée pour une partie d’entre eux.

Le coût de la communication anxiogène ou celui de l’insécurité ?

Dès le 2 août, en plein milieu des épreuves sportives, Pascal Mousset, le président du Groupement des hôtelleries et restaurations Paris-Île-de-France, tirait la sonnette d’alarme. Invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, sur BFM, il revenait sur « toute une communication anxiogène autour des JO » durant l’hiver et le printemps précédents, incitant voire contraignant les entreprises au télétravail. « Sur le mois d’août, les entreprises ont pris cette directive très au sérieux et rendu obligatoire le télétravail, ce qui a rendu dans certains quartiers de Paris nos établissements complètement vides », disait-il, ajoutant : « Dans certains quartiers, on a eu des baisses de 70 à 80 %. » Aujourd’hui, soulignait-il, « les seuls établissements dans Paris qui sont satisfaits de l’activité sont ceux qui sont près des sites de compétition. Dès qu’on s’en éloigne, on est très très en dessous des chiffres habituels, je pense 30 à 40 % de moins. »

Résultat des courses, au vrai sens du terme : à la date du 20 août, la Commission d’indemnisation avait déjà reçu 120 dossiers de réclamation en provenance d’Île-de-France. Sur la défensive, le gouvernement annonçait alors que « les seuls préjudices économiques indemnisables seront ceux "directement liés aux décisions restrictives prises par l’État" ». À bon entendeur, salut ! Bien entendu, les dossiers ne pouvaient être réellement déposés et pris en compte qu’une fois l’exercice 2024 terminé, les résultats devant « être suffisamment importants en termes de baisse de chiffre d’affaires notamment, selon les règles dégagées par la jurisprudence administrative », précisait le gouvernement.

Dominique Laurent, conseillère d’État honoraire et présidente de la Commission en question, s’engageait à étudier elle-même les dossiers, après consultation des ministères de l’Intérieur et des Transports. En cas de désaccord, « la juridiction administrative pourra être saisie ». Ce serait autant de temps de gagné, dirent les mauvaises langues.

Une commission créée… puis oubliée

Et du temps, il en faut. En mars 2025, la Commission, qui devait être opérationnelle en tout début d’année, était encore sur les fonts baptismaux. Le Parisien rencontrait un commerçant de la rue Saint-Dominique dont l’activité avait été entravée par l’installation des lieux de compétition sur le Champ-de-Mars, de mars à octobre 2024. Fermeture, vacances prolongées, chômage partiel de sa vendeuse… la perte est estimée alors à 54.000 euros. « Depuis plusieurs mois, je ne peux plus payer le loyer de mon magasin », dit le gérant. Dans la rue voisine, c’est le restaurant Le Divellec (1 étoile au Michelin) qui dit avoir enregistré une perte de « 70 % du chiffre d’affaires, soit 1,5 million d’euros ». « Beaucoup d’entreprises sont dans une situation exsangue », confirmait Pascal Mousset, le président du GHR pour l’Île-de-France.

La Commission, elle, était aux abonnés absents, ne s’étant réunie qu’une seule fois… pour sa constitution ! (Et peut-être pour fixer les émoluments ou les défraiements de sa présidente ?)

Il a donc fallu attendre le 14 avril pour que la préfecture de police et le préfet d’Île-de-France annoncent, dans un communiqué commun, que la Commission allait enfin être « mise en place ». La raison de ces dix mois d’attente ? Les changements de gouvernement, paraît-il. « Enfin nous sommes écoutés », se réjouissaient les professionnels. Écoutés, peut-être, mais pas entendus…

Aujourd’hui, en effet, ils sont nombreux à dénoncer une véritable « mascarade ». « Sur la quarantaine de dossiers étudiés lors des trois commissions, tous ont été rejetés et n’auront aucun remboursement », dit Frank Delvau, président de l’Union des métiers de l’industrie hôtelière (UMIH). L’État est exsangue, le budget impossible à boucler avec 40 milliards d’économies à trouver, alors le sort des commerçants d’Île-de-France… Et puis, on a eu la fête, et pour cela, on a dépensé sans compter.

Comme le rappelait ici Gabrielle Cluzel, la Cour des comptes a chiffré la plaisanterie : 6 milliards d’euros, soit trois fois plus que le devis annoncé. Et encore n’a-t-on pas compté le fameux « plan baignade » pour assainir la Seine. Alors, le sort des commerçants… (bis repetita).

La sécurité, à elle seule, aurait coûté 1,4 milliard d’euros. Il faudrait ajouter à ce chiffre le déficit des commerçants à qui l’on avait promis que les Jeux olympiques seraient pour eux le jackpot ! Il est à craindre, hélas, que l’État impécunieux ne les abandonne à leur triste sort.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Les J.O. en France quelle rentabilité ? Laissons nos athletes gagner leurs médailles à des J.O. étrangers ,ce sera plus rentable .

  2. Coucou ! Mais pour qui donc a voté l’île de France et les secteurs avoisinant le site des J.O ? N’ont-ils pas abondamment voté Hollande,et Macron à deux reprises ? Donc que ces commerçants qui ont sûrement fait autant ne s’en prennent qu’à eux-mêmes pour avoir cédé aux sirènes de la séduction mensongère portée par les médias de propagande vantant les mérites et les bienfaits de cette événement ainsi que les personnalités élues pour faire « barrage », il faut passer à la caisse maintenant,ah, désolé,c’est déjà fait, j’oubliais.

    • C’était à prévoir . Mais bon, un nouveau comité a été constitué avec une présidente et ….et certainement un beau budget , alors tout va bien . Quand je pense qu’on a osé faire un «  anniversaire des J O «  !!!!!! Quelle imbécilité !! Quelle niaiserie !! Alors l’an prochain on va avoir droit à «  l’anniversaire de l’anniversaire des J O »? Histoire d’en remettre une couche ?

  3. L’essentiel, c’est que les marchands à la sauvette et les joueurs de bonneteau soient revenus au pied de la Tour Eiffel. Il faut préserver nos vieilles coutumes et continuer à arnaquer les touristes. Ça, c’est Paris !

  4. Les promesses des politiques ne sont plus que de l’escroquerie d’Etat pour les Français sauf s’il s’agit de distribuer des chèques au monde Musulman et a ceux venus d’ailleurs que le gouvernement va chercher par centaines tous frais payés avec gîte, couvert et argent de poche pour mieux détruire le pays déjà le plus endetté au monde par habitants et le plus taxé !

  5. Autrement dit, ils se font rouler dans la farine ! Ils ont oublié que nous sommes gouvernés par des bonimenteurs , les parisiens ont voulu leur « hildago », leur « macron » , ils n’ont plus qu’à pleurer maintenant , triste pour eux et leurs salariés qui en subissent les conséquences

  6. les promesses n’engagent que ceux qui les font. Nous connaissons tous les promesses d’avant élection et ce qu’il en reste après. Promesses non tenues, mensonges, duperies, mépris, la macronie dans toute sa splendeur

    • Tout à fait, même un certain Hollande était étonné qu’un certain président américain Trump a été élu et tienne ses promesses, donc si je comprends bien, en France, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent (Pasqua) …..

  7. Avec le pognon dingue qu’on a englouti pour que Hidalgo se trempe 3 minutes le derrière dans la Seine, y a plus une tune. Désolé …

  8. On sait ce que valent les promesses de l’État français. Pas de nouveaux impôts, promis, juré ! La TVA sur l’électricité passe de 5% à 20%. Les promesses n’engagent que ceux qui les …..

  9. Qu’ils exigent une enquête sur la « gestion » d’Estangué, là il y a peut-être du fric à récupérer

    • Ce qui m’étonne, c’est que les promesses non tenues de la macronie puissent encore étonner

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