C’est toujours un crève-cœur de voir une belle idée prônée par des andouilles, telle l’écologie par ces Verts qui, c’est le moins qu’on puisse prétendre, ne font pas toujours l’unanimité. Pour sa défense, Amine Smihi, adjoint chargé de la Sécurité à la mairie de Bordeaux, se dresse donc contre « la caricature des en beatniks ».

Pourtant, nul besoin d’avoir fait les grandes écoles pour savoir que les « beatniks » étaient des énergumènes plutôt sympathiques, à rebours de nos actuels écologistes, Khmers verts faisant preuve d’une fantaisie toute prussienne et d’un sens du dialogue de type nord-coréen. La preuve par Manon Aubry, naguère tête de liste mélenchoniste aux dernières élections européennes, mais qui se veut plus verte que les Verts : « Défendre une limitation des libertés au nom du changement climatique n’est pas liberticide. »

Nous y sommes, passant là du domaine du politique à celui du religieux. Inutile d’analyser l’ampleur et les causes de ce phénomène : il suffit d’y croire. Et ceux qui n’y croient pas sont des hérétiques ou des mécréants, tels les sans-Dieu qui rasaient jadis les murs, du temps où nous étions régis par le trône et l’autel. On a vu progressisme plus convaincant. D’ailleurs, ce n’est pas la peine de discuter : les écologistes sont pour la nature ; donc, être contre les écologistes équivaut à être contre la nature. CQFD. On notera que la même martingale fonctionnait déjà au siècle dernier, à l’époque de SOS Racisme, quand se montrer sceptique vis-à-vis d’Harlem Désir valait suspicion de racisme.

Nombre d’édiles sont aujourd’hui suspectés d’immobilisme : voilà au moins un reproche qu’on ne pourra pas faire aux nouveaux maires verts. En attendant de changer la réalité, ce sont les mots qu’ils transforment nuit et jour. À Bordeaux, à Poitiers comme à Besançon, l’heure est aux « assises du pouvoir partagé », à « l’interpellation citoyenne », à la « codécision » et au « droit de pétition ». On imagine que le champ de ces dernières est soigneusement clôturé et que des sujets tel que la sécurité ou l’immigration ne font pas partie du périmètre citoyen.

Cité par Le Figaro Magazine de ce week-end, on apprend encore que Michèle Rubirola, maire de Marseille, a modifié l’intitulé de son premier adjoint, désormais « en charge de l’action municipale pour une ville plus juste, plus verte et plus démocratique », tandis que celui de son homologue à la culture est devenu celui d’une « culture pour tous et toutes ». À Bordeaux, Pierre Hurnic annonce que sa première adjointe sera « en charge des finances, du défi climatique et de l’égalité entre les hommes et les femmes ». Curieusement, l’édile ne fait pas mention de ceux qui ne se sentent ni femme ni homme ou refusent d’être assignés à tel ou tel genre. Un oubli, sans doute.

Si les écologistes sont connus pour leurs éternelles dissensions internes, ils savent néanmoins faire front commun contre l’ennemi commun : les automobiles. Là, plus question de « codécision » : Emmanuel Denis, maire de Tours, les a unilatéralement interdites sur le pont Wilson, principal accès du centre-ville. Devant les protestations de l’opposition, cette seule sentence, évidemment sans appel : « C’est le vieux monde qui résiste ! »

Comme toujours, cette mesure à vocation expérimentale et temporaire a surtout celle de devenir permanente, tel la limitation à 80 km/h sur les routes nationales. Logique, il ne faudrait tout de même pas que les pauvres n’ayant pas ou plus les moyens d’habiter dans les grandes villes viennent déranger les belles personnes qui y habitent avec la fumée de leur diesel et de leurs clopes. Pour les gueux, les centres commerciaux de la périphérie sont bien suffisants. Quant aux commerçants menacés de mettre la clef sous la porte pour cause de chute du nombre de leurs clients, on imagine qu’ils n’ont qu’à se recycler dans le spectacle vivant.

4 septembre 2020

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