Culture - Discours - Editoriaux - Politique - 2 décembre 2017

Macron face à la défiance africaine

Fort des recommandations du Conseil présidentiel pour l’Afrique, le chef de l’État français, dans son discours de Ouagadougou adressé à l’Afrique, s’est efforcé de décliner une nouvelle stratégie, même si, par démagogie, il s’est défendu de porter une politique africaine de la France, préférant les termes de “proposition” et de “partenariat”.

Je faisais partie de ceux qui pensaient que le Président Macron allait exprimer une volonté de rupture, malgré le caractère indéboulonnable et conservateur de la relation France-Afrique.

Le positionnement imaginé par l’Élysée semble avoir mis en avant une posture d’humilité doublée d’une “diplomatie de l’émotion générationnelle” ; le Président rappelant à chaque instant son appartenance à une génération qui est née après la décolonisation en utilisant un langage direct, parfois peu diplomatique. Cette nouvelle option semble trancher avec celle du ni-ni de François Hollande que nous avions en son temps qualifiée de “diplomatie de la loterie”. En effet, monsieur Hollande misait toujours en même temps sur les deux facettes du problème à résoudre, espérant en recueillir les dividendes quelle que soit l’issue.

Cette nouvelle posture du Président français risque, hélas, de rencontrer deux types de résistances provenant, d’une part, de rapports étatiques franco-africains difficiles à réformer et, d’autre part, d’une jeunesse africaine qui veut absolument tourner la page de la France.

Sur la francophonie, par exemple, une proposition d’intégration dans le système éducatif français d’une langue africaine aurait été une option saluée par les Africains.

Sur le plan économique, je me demande comment une France en crise du point de vue de son déficit budgétaire et de la croissance pourrait tenir l’annonce consistant à consacrer 0,55 % du PIB à l’aide publique au développement ; par ailleurs, le fait de ne pas avoir dit un mot sur une problématique aussi importante que le franc CFA a été, de mon point de vue, une erreur.

Sur le plan culturel, l’annonce consistant à organiser les conditions de la restitution des œuvres d’art africaines dans cinq ans est à saluer, mais le calendrier de mise en œuvre d’une telle mesure semble inadéquat et incertain.

Une vraie rupture aurait été, pour le Président français, de proposer des avancées sur le franc CFA, d’annoncer la révision du dispositif législatif français interdisant à l’Hexagone de restituer les biens mal acquis saisis en France sur des dirigeants africains, de dire comment il compte organiser l’érection de partenariats économiques gagnant-gagnant sur fonds de transfert de technologie.

Nous nous attendions aussi à des déclarations rassurantes sur l’impunité dont bénéficient quelques citoyens français ayant commis des délits ou crimes en Afrique. Très souvent, l’Hexagone demande leur jugement en France mais, en fin de compte, ils sont tous libérés. C’est le cas des responsables de L’Arche de Zoé et des jeunes soldats français interpellés lors du saccage de l’agence de la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) à Bouaké en Côte d’Ivoire. Des propositions de solution étaient aussi attendues sur les flux financiers illégaux provenant d’Afrique qui vont irriguer les paradis fiscaux occidentaux.

Enfin, j’attendais le Président Macron sur une question économique de fond, à savoir comment démocratiser les dispositifs de financement français consacrés à l’Afrique en leur permettant de soutenir non plus les entreprises françaises en priorité mais aussi les PME locales.

La France doit se rendre compte qu’elle a, en face d’elle, un nouveau type d’interlocuteurs africains plus critiques, mieux formés et plus avertis.

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