Emmanuel qui ouvre un compte TikTok, qui accorde une interview de deux heures à Brut, qui lance un défi aux célèbres youtubeurs (six millions d’abonnés). Jean Castex – dont on croirait, à son allure, qu’il sort tout droit d’une émission de l’ORTF– face à Samuel Étienne sur Twitch, Gabriel Attal qui reçoit le 22 février dernier cinq influenceurs richissimes pour parler de la précarité économique, psychologique et pédagogique des étudiants : la Macronie, sans grande finesse, investit massivement le public « jeune ».

Tout d’abord, il est vrai que le jeunisme est une maladie de notre époque, qui n’assume plus ni la sagesse ni les rides héritées du passage du temps, mais où le culte de l’image vire à l’obsession. Et l’hypocrite attention portée à notre semi-enfermée depuis un an a tout du passage obligé, de la case à cocher. « Si la jeunesse bénéficie d’un traitement particulier, c’est parce qu’elle morfle grave dans cette  », s’exclame le député LREM Gilles Le Gendre, 62 ans.

Mais, surtout, les échéances électorales se rapprochent, et souvenons-nous qu’en 2017, 30 % des moins de 35 ans se sont abstenus au premier tour, et qu’au second tour, 44 % des 18-24 ans et 38 % des 25-34 ans ont voté… pour .

Vu le bilan catastrophique du quinquennat d’Emmanuel Macron, il y a urgence à jouer de l’entourloupe. Autant de raisons à ce focus mis sur notre jeunesse ces dernières semaines.

Notre jeunesse, paraît-il, ne s’informe plus auprès des traditionnels mais des réseaux sociaux et plates-formes d’influenceurs. À titre d’exemple, l’interview d’Emmanuel Macron sur Brut a été vue par 50 % des 15-34 ans en France, « grâce au déploiement d’un dispositif multiplateforme avec un Facebook live retransmis sur YouTube, Twitter et Twitch, et des stories sur Instagram et TikTok », rapporte Le Point. En langage clair, le renvoi de l’interview d’une plate-forme à l’autre fait que, pour les abonnées à ces réseaux sociaux, il fallait ce soir-là être totalement déconnecté pour échapper à la parole macronienne. À cela s’ajoutent les 6,6 millions de vues sur les chaînes d’info classiques.

Le 19 février dernier, Emmanuel Macron lançait un défi aux youtubeurs Mcfly et Carlito : faire une vidéo expliquant aux l’importance des gestes barrières et « récolter » dix millions de vues « pour nous aider à battre le virus ». Les deux compères, bien que se disant lucides sur la grossière arrière-pensée électoraliste d’Emmanuel Macron, acceptent de rentrer dans le jeu, parce que « c’est un sujet hyper important, c’est pour la bonne cause. On veut aider la santé publique à travers les gestes barrières. » La néo-morale covidienne a force de loi et remplace aisément le libre-arbitre. En contrepartie, ils pourront aller à l’Élysée filmer le Président et le soumettre à un concours d’anecdotes.

On passera sur le degré zéro de la pensée politique inversement proportionnelle à l’habileté en affaires des deux vidéastes, on passera aussi sur les coups de canif supplémentaires à « la stature présidentielle » pourtant si souvent revendiquée.

Mais on s’arrêtera sur le scandale absolu de ces tentatives répétées de manipulation de la jeunesse. Tout d’abord, cela fonctionne-t-il ?

Une internaute se déclare « vexée de voir à quel point ils pensent avoir nos voix en utilisant des influenceurs […] on vous voit venir à des kilomètres […] ça peut marcher sur les ados mais pas sur les jeunes en âge de voter ».

Car il s’agit bien ici d’opportunisme, d’instrumentalisation, de mépris et d’arrogance de la population française en général et de notre jeunesse en particulier.

Et comme le dit Mathieu Slama, dans Le Figaro, « l’enjeu fondamental […] est la dépolitisation, par le gouvernement, d’absolument tous les sujets politiques, y compris les plus importants, et le recours à la propagande et à l’infantilisation au détriment du débat démocratique ».

16 mars 2021

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