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Coronavirus - Editoriaux - Réflexions - 29 mars 2020

Lutte contre le coronavirus : entre darwinisme éhonté et darwinisme larvé

Dès le 30 décembre 2019, une chauve-souris de la ville de Wuhan, en Chine, s’est répandue sur l’ensemble du globe terrestre. Un bilan humain très lourd : la barre des 30.000 morts a été franchie. Or, selon certaines sources scientifiques, la pandémie mondiale actuelle serait plutôt due à un pangolin contaminé par le chiroptère dans ce chef-lieu de la province du Hubei.

En France, les effets sont déjà terribles : après avoir fermé, coup sur coup, entre le 12 et le 14 mars, les écoles et la plupart des commerces – sauf les établissements vendant le strict nécessaire –, le Président Macron s’est résolu à plonger la France dans le confinement général (jusqu’au 15 avril, pour l’instant), ce qui est une première dans son histoire. Une panique qui a gagné nos élites technocratiques à cause du haut niveau de contagiosité de ce virus, dans la mesure où nos hôpitaux publics manquent cruellement de personnels et de matériels adéquats (masques, solutions hydroalcooliques et appareils de réanimation).

Du reste, notre gouvernement avait-il initialement songé à réaliser le protocole médical des Anglo-Saxons se résumant à un darwinisme in fine éhonté contre le risque pandémique ? Certains ont pu le croire en écoutant les propos accablants de l’ancien ministre de la Santé Agnès Buzyn, publiés dans Le Monde, le 18 mars. Mais celle-ci ne révélait pas une stratégie d’immunité de groupe (ou « grégaire ») dûment pensée mais plutôt une absence de stratégie et une passivité ahurissantes. Les cafouillages avant les mesures de distanciation et de confinement ont aussi pu le laisser croire. Toujours est-il que le conseiller scientifique Patrick Vallance avait expliqué à Boris Johnson qu’« il n’est pas possible d’éviter que tout le monde attrape le virus. Et ce n’est pas non plus souhaitable, car il faut que la population acquière une certaine immunité », Vallance tablant sur 60 à 80 % de citoyens pouvant se prémunir naturellement contre la maladie. Ou le marché contre la santé ! Mais il s’agit toutefois d’une stratégie qui a du sens puisque celle-ci est d’usage face à la grippe saisonnière, même si le Premier ministre britannique ne l’a finalement pas appliquée contre le coronavirus chinois. Dans tous les cas, ce sont les médecins « sans frontières » qui ont idéologiquement gagné sur toute la ligne, l’écueil étant pourtant l’entre-deux, si ce n’est le « en même temps ». Or, d’après l’Organisation mondiale de la santé elle-même, soit on ferme immédiatement les frontières, soit on laisse le virus se disséminer. Dans le même temps, l’Allemagne, la Russie, la Corée du Sud et le Japon, entre autres, n’ont pas eu à choisir entre l’économie et la vie.

Conséquence : l’Europe est à présent l’épicentre de cette pandémie, le Covid-19 ayant généré près de 2.300 morts dans l’Hexagone, 6.000 morts en , mais surtout 10.000 morts en Italie ! Par ailleurs, en voulant éviter la méfiance entre États, on a gagné l’hostilité entre individus : voilà le retour à l’état de nature, ce milieu supposément originel dans lequel « l’homme est un loup pour l’homme » (Thomas Hobbes). Parce qu’à vrai dire, la « distanciation sociale » n’empêche pas la sélection naturelle. Et la fracture sociale est d’autant plus vive quand elle est doublée d’une fracture médicale : mis à part les Hollandais et les Suédois, la plupart des nations ont dû opter pour ce darwinisme qui ne porte pas son nom.

En définitive, entre macrocosme et microcosme, on ne voit plus que pays riches contre pays pauvres, bourgeois contre travailleurs, nomades des grandes villes contre sédentaires des provinces, dépistés contre non-dépistés, bien portants contre « seniors », obèses, diabétiques… Tragédie humaine oblige, c’est d’abord « la guerre de chacun contre chacun » qui a été tacitement déclarée.

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