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Coronavirus - Editoriaux - Société - 29 mars 2020

Interdiction de cracher sur la voie publique

Dans la précipitation, certaines décisions, prises à la suite du décret de confinement, ne sont pas sans nous offrir quelques petites perles administratives, comme cet arrêté, signé le 25 mars dernier, par le maire d’une ville du sud de la France. « Il est interdit de cracher, d’abandonner des papiers, des mouchoirs et des masques de protection usagés et de se tenir à moins d’un mètre de distance des autres personnes de la voie publique, dans les espaces et jardins publics, de la publication du présent arrêté jusqu’au 31 mars 2020. » Où est la perle, me direz-vous ? « Jusqu’au 31 mars 2020. » Après le 31 mars 2020, sauf, évidemment, à ce que l’arrêté soit prorogé, la projection de mucosités buccales pourra donc reprendre à volonté. Selon le vieux principe que ce qui n’est pas interdit est autorisé.

L’on pourrait s’étonner qu’en 2020, l’on soit encore obligé de réglementer sur ce type de comportement qualifié, selon la formule-valise consacrée, d’« incivilité ». Il y a longtemps que l’on ne jette plus son pot de chambre par la fenêtre, d’abord parce l’ustensile en émail se fait de plus en plus rare sous les tables de nuit, et parce que les commodités sont montées à tous les étages, comme le gaz, depuis au moins un demi-siècle. Mais il est à parier qu’en cas de panne desdites commodités, la coutume pourrait être ravivée. « Mouche ton nez, dis bonjour à la dame », disait-on jadis. On voit bien qu’il faut donc tout reprendre à la base et – soyons honnêtes – Macron et même Hollande n’y sont pour rien, puisqu’un édile est obligé de réglementer dans sa ville sur l’obligation de garder pour soi ses crachats.

Les plus anciens se souviennent peut-être de ces panneaux posés dans les autobus : « Défense de fumer et cracher, parler au conducteur, descendre en marche. » Ils ont disparu parce que, semble-t-il, la « coutume » est tombée en désuétude dans les transports en commun. C’est déjà ça. Pourtant, en 2006, dans une commune de l’agglomération lyonnaise, un jeune de seize ans s’était vu dresser un procès-verbal de 135 euros (amende de 4e classe) pour avoir craché dans la rue à proximité d’un arrêt de bus. L’Humanité, toujours prête à soutenir les grandes causes, s’en était offusquée. Je cite : « Qu’on ne se méprenne pas. Il n’est pas question, ici, d’encourager le rituel peu ragoûtant… On se scandalisera par contre de voir rajouté à la longue liste des humiliations que la police nationale fait subir à nos jeunes ce PV trop exorbitant pour être honnête, avec, comme circonstance aggravante, le fait que soit invoqué, par ces fonctionnaires zélés, un Pétain qui s’y entendait en maintien de l’ordre et en propreté. » Quelle est cette invocation à Pétain ? Un décret du 22 mars 1942. La mère, pour défendre son cracheur de fils, avait expliqué que le pauvre garçon ne connaissait pas cette loi. On ne peut pas tout savoir, surtout à seize ans. On imagine qu’il ne devait pas connaître Pétain non plus. Une question nous brûle les lèvres : faut-il une loi pour obliger les gens à moucher leur nez, dire bonjour à la dame et ne pas cracher dans la rue ?

Mais qu’on se rassure, le décret scélérat, qui concernait en fait les transports collectifs, fut abrogé et remplacé par un autre décret, sous François Hollande. Plus exactement, en mai 2016. Le modifier tout simplement eût sans doute été une façon de rendre un hommage appuyé au régime de Vichy. Néanmoins, précise Maire info, un quotidien à l’usage des élus locaux, « les règles les plus désuètes qui subsistaient, telles que l’interdiction “de cracher ailleurs que dans les crachoirs disposés à cet effet”, ont été supprimées. » Désuètes ?

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