Quand un gouvernement est dépassé par les événements, demeure toujours l’issue de secours de la fameuse « union nationale ». Celui d’ ne paraît pas échapper à la règle. Ainsi, note Claude Nicolet, secrétaire national du Mouvement des citoyens fondé par Jean-Pierre Chevènement, à l’occasion d’une tribune publiée dans Marianne, ce 25 avril dernier : « Dans un entretien accordé au Financial Times, Emmanuel Macron est allé jusqu’à dire que nous vivons un “moment de vérité” et que le temps était venu de “penser l’impensable”. Soit le moment d’une véritable “union sacrée” et d’un gouvernement de “salut public”. »

L’hypothèse vient d’être testée, ce lundi 27 avril, à l’occasion d’un sondage IFOP pour La Lettre de L’Expansion. Résultat ? Sept Français sur dix seraient favorables à un tel bouleversement des traditionnel équilibres politiques ; ce qui est à la fois peu et beaucoup. Pour aller dans les détails – là où le diable se niche –, les électeurs de LREM seraient bons derniers (62 %), assez loin derrière ceux de LR (84 %), du PS (76 %), du RN (75 %) et de LFI (62 %).

Voilà qui est à la fois paradoxal et pas tout à fait étonnant. En effet, ces élus du « nouveau monde », chauds comme la braise pour en remontrer à l’« ancien monde », ne paraissent pas tout à fait prêts à avaler leur chapeau devant la marche de ce monde qu’ils n’imaginaient pas si tragique. Pour résumer, on apprend tout à Sciences Po et dans les écoles de commerce, hormis l’essentiel.

On ajoutera qu’il y eut, en France, deux « Unions sacrées ». La première, durant la Grande Guerre et ces tranchées qui virent l’alliance de ceux qui croyaient en Dieu et ceux qui n’y croyaient pas. On pourra gloser sur la fièvre nationaliste ayant contaminé tout l’échiquier politique, regretter que les propositions de paix du pape Benoît XV visant à stopper ce carnage intereuropéen dès 1915 n’aient pas été suivies d’effet ; il n’empêche qu’il y avait péril en notre Vieux Continent et qu’une telle union nationale, même si légitimement discutable, pouvait avoir raison d’être.

Idem pour le second conflit mondial et le Comité national de la Résistance, conseil « qui allait des communistes jusqu’à la droite catholique et conservatrice », tel qu’opportunément rappelé par le même Claude Nicolet. Là encore, nécessité pouvait éventuellement faire force de loi, quels que soient les responsabilités des uns et des autres ou leur rôle plus ou moins tardif dans la Résistance. Mais aujourd’hui, alors que la pandémie qui nous menace cause tout de même un peu moins de morts que ces deux carnages ? Toujours la même histoire de celle qui repasse les plats : la première fois, une tragédie ; la seconde, une comédie.

Le 26 avril dernier, interrogé par La Provence, l’historien et universitaire Jean Garrigues met le doigt là où ça fait mal, à propos de cet Emmanuel Macron dont il fut l’un des premiers à rallier la candidature, en 2017 : « Pour des partis populistes comme le RN ou LFI, l’union nationale serait contre-nature, car ce serait intégrer à ce bloc du pouvoir qui est leur bête noire. » D’où cette conclusion des plus logiques : « Reste aussi à savoir si une union est envisageable à l’exclusion du RN ? En prenant ce risque de victimiser Marine Le Pen. C’est un dilemme. » On ne le lui fait pas dire.

L’opération est d’autant plus délicate que, du côté du Rassemblement national, Jordan Bardella, son vice-président, prévient : « Les appels du pied à l’union nationale du gouvernement cherchent à dissimuler leur gestion accablante de la crise. […] Il faut faire l’unité nationale avec ceux qui travaillent face au virus, les soignants, les caissières, les routiers. »

Il est vrai que l’annonce gouvernementale a tout d’une redite, sachant que cette même union nationale a déjà été conclue en 2017, entre ceux de droite comme de gauche, qui voulaient défendre le « Système », leur « Système ». D’ici à ce qu’une autre union nationale se fasse sans eux et… contre eux ?

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