L’ultime et vibrant plaidoyer de l’évêque de Saint-Denis contre l’euthanasie

Pour Mgr Guillet, « les pauvres seront les premiers à demander l'euthanasie ».
ZeusUpsistos, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
ZeusUpsistos, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Dans son livre Le Parti de Dieu. Lettre aux évêques (Fayard), le grand journaliste et écrivain André Frossard tonnait : « Vous parlez de moins en moins comme saint Paul et de plus en plus comme un sénateur centriste. » Face à l’euthanasie, de nombreux évêques et prêtres parlent comme saint Paul. Ainsi de l’évêque de Saint-Denis, Monseigneur Étienne Guillet. Mi-juillet, le pasteur a adressé aux députés de son département, la Seine-Saint-Denis, et à ses prêtres une exhortation nette et profonde. « L’impact sera malheureusement limité, je le crains, devant une telle détermination », confie Monseigneur Guillet à BV qui ajoute, entre tristesse et inquiétude : « Je pleure d’imaginer l’éventuel départ des Petites Sœurs des pauvres de Saint-Denis. » Il faudrait un miracle...

Au terme d’un long parcours parlementaire, la loi sur la fin de vie revient à l’Assemblée nationale, ce mercredi 15 juillet, pour une issue parlementaire fatidique. Dans sa lettre, Monseigneur Guillé s’appuie sur sa tâche de pasteur. Il a parcouru son diocèse en tous sens depuis 18 mois que durent les débats, à l'écoute des habitants, « catholiques ou non », précise-t-il. Ces habitants de Seine-Saint-Denis lui ont dit leur admiration pour les soignants des services psychiatriques, au chevet de « ceux qui peinent à garder goût à la vie ». L’évêque de Saint-Denis dit aussi sa reconnaissance envers « les enseignants engagés dans la prévention du suicide auprès de nos jeunes ». Il a encore un mot pour « l'administration pénitentiaire mobilisée auprès des détenus tentés de mettre fin à leurs jours ». Il pense « aux équipes de soins palliatifs de nos hôpitaux publics ». Monseigneur Guillé évoque « la délicatesse » de ces équipes, « leur douceur, leur regard d'espérance », confiant encore son « émerveillement pour ceux qui travaillent auprès des personnes âgées, notamment les Petites Sœurs des pauvres de Saint-Denis ». Que deviendront-elles, si la loi est votée ?

Macron joue avec le pape le jeu habituel des politiques français athées

Car, dit-il, « ouvrir la possibilité de donner la mort par le suicide assisté est, comme beaucoup l'ont dit, une rupture anthropologique sombre et vertigineuse pour toute notre société », estime l’évêque, à la veille du scrutin.

À qui s'adressera-t-elle en priorité ?, interroge à son tour monseigneur Guillet. « Les pauvres seront les premiers à demander l'euthanasie car ils ne voudront pas être à la charge de leurs enfants et petits-enfants eux-mêmes en précarité », écrit-il. Il rappelle que les orthodoxes, les musulmans et les juifs ont émis de fortes réserves. Monseigneur Guillet n'a pas de doute : le pape Léon XIV, qui doit se rendre à Saint-Denis lors de son voyage fin septembre, « rappellera sûrement l'importance du respect de la vie ».

Mais voilà, Macron joue avec le pape le jeu habituel des politiques français athées, toujours prompts à rechercher le soutien papal lorsqu’il sert leurs ambitions et à l’écarter d’un revers de main lorsqu’il gène le calendrier laïciste. Sans vergogne, Macron a entrepris de gagner la confiance du pape Léon XIV, multipliant les signes d’affection tandis qu’il attisait dans le même temps le calendrier des lois favorables à l’euthanasie, mobilisant ses affidés, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet en tête. Alors que Léon XIV prépare une visite en France du 25 au 28 septembre, la première depuis le voyage officiel en France de Benoît XVI en 2008, le site Advaticanum, généralement bien renseigné, affirme que Léon XIV a plusieurs fois appelé Emmanuel Macron « dans le but de ralentir le projet de loi sur l’euthanasie en France avant sa prochaine visite dans le pays ».

Divine surprise ? Lecornu en appelle au Conseil constitutionnel

Macron sera resté inflexible, à la différence de son Premier ministre. À la surprise générale, Sébastien Lecornu annonce, ce 14 juillet, son intention d’en appeler au Conseil constitutionnel après le vote. « Le débat au Sénat n'a pas permis un examen aussi approfondi pour permettre d'aboutir à un texte de loi répondant autant aux aspirations de ses défenseurs qu'aux préoccupations de ceux qui s'inquiètent de sa mise en œuvre », explique l'entourage de Sébastien Lecornu, cité par France Info. Le miracle attendu par les opposants à l'euthanasie ?

Le parcours de cette loi civilisationnelle n'est pas terminé.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 16/07/2026 à 9:09.

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

57 commentaires

  1. « Le premier qui a comparé la femme à une rose était un poète, le second un imbécile » (Gérard De Nerval) ainsi en est-il de l’initiative de M, Larcher de mettre le Conseil Constitutionnel en face des ses reponsabilités, quant au premier ministre, il ne tient qu’à lui de retirer ce projet de loi.

  2. Macron restera pour l’Histoire le président de la mort : mort ante génitalem par la constitutionnalisation de l’avortement, lise à mort prématurée légalisée, encouragée, par le la loi sur l’euthanasie et mort de la France à petit feu par ses revers constants en politique internationale et par l’immigration massive et le laxisme judiciaire assassin en politique intérieure. Nous pensions avoir touché le fond avec Hollande, les Français ont élu deux fois un président qui a creusé plus profond encore.

  3. En exemple de l’horreur de cette loi, le « délai de rétractation » : comme si l’on achetait un contrat d’assurance, un matelas ou un aspirateur ! Ce ne devrait même pas être évoqué : jusqu’au dernier instant tout être devrait pouvoir dire  » Je ne veux plus mourir », mais que propose-t-on ? Un scène du genre « Ah non regardez vous avez signé, allez Pépé tendez le bras, on va poser la perfusion ; il faut se dépêcher, on n’a pas que ça à faire ! » Ignoble, répugnant, inhumain et criminel, sont des mots faibles pour décrire cette loi.

    • Vous n’avez pas compris ! le délai de rétractation n’est pas fait pour le demandeur (qui peut se
      rétracter à tout moment, même à la dernière minute), mais un délai donné à l’exécutant qui
      pourrait hésiter et regretter son geste ! Et c’est au détriment du candidat au suicide assisté !

  4. Je vous comprends.
    Il y a 23 ans j’ai accompagné tous les jours, durant 15 longs mois, mon partenaire parti lentement.
    … assisté un à un à l’arrêt de différentes machines, jusqu’à l’arrêt de la « vie:.
    Il n’aurait jamais voulu du suicide assisté, moi non plus.
    Il est parti pour l’au-delà, alors que sans machine, son corps n’était plus capable de fonctionner du tout.
    15 longs mois, mais je n’aurais pu faire autrement, mon partenaire non plus, il y avait comme un pact entre nous deux…

  5. Macron n’en a rien à faire de la « Vie »…
    Des autres !
    La preuve, Macron est un belliciste, ça ne le gênerait nullement d’envoyer au front des jeunes gens comme chair à canon, tant que ça sert sa réputation internationale, la preuve, Macron est très proche de Zelensky, dont la réputation n’est plus à faire dans le domaine…
    « La Vie » n’est, et de loin, pas une priorité pour Macron !
    Maintenant, la relation de Macron avec Sa Sainteté Leo XIV, je crains que Macron soit très très loin de la « Pensée Pontificate ». En effet, ce serait faire injure à Leo XIV que de le mettre au même niveau intellectuel que Macron, il y a un gouffre abyssale entre les deux.
    Cependant, Macron se moque complètement de l’avis de qui que ce soit, il « veut » sa loi sur un génocide organisé, car il ne s’agit de rien d’autre.
    En résumé, la pensée de Macron sur « la vie » consiste à faire de la place pour les plus forts au détriment des plus faibles.
    Lecornu a beau jeux de se défausser sur le Conseil constitutionnel, ce dernier, Fabius en tête, est aux ordres de Macron.

  6. Le Pr Jean-Louis Touraine parle ouvertement d’un « pied dans la porte » qu’il faudra rapidement pousser pour en élargir le champ d’application et en augmenter le nombre de « clients éligibles ».
    Une façon efficace de résorber le trou de de la CPAM et de résoudre le problème du financement des retraites.

  7. En saisissant le Conseil constitutionnel, le Premier ministre entend faire valider la loi conformément aux ordres du Lider maximo (dont c’est le grand œuvre de son 2nd quinquennat). En effet, Richard Ferrand, ne pouvant rien refuser à celui à qui il doit tout, ne modifiera pas une virgule au texte de loi et cette saisine du Conseil constitutionnel coupe l’herbe sous le pied à tout autre recours.
    Je suis sûr que la loi sera promulguée avant la fin de cette semaine.

  8. Le droit de mourir ou le droit de tuer légalement c’est exactement la question. Ainsi avec un tel texte le manque de lits des hôpitaux serait compensé. C’est une honte absolue et vu l’ambiance qui règne à l’assemblée nationale rien d’étonnant de voter à la va vite une loi mortifere. Faites vos jeux rien ne va plus.

    • Parler de « droit de tuer » est aussi une infamie qui caractérise celui qui l’emploit …
      Et rappelez-vous : ma vie m’appartient et elle appartient à moi seul ! Et on sait très bien
      d’où vient la propagande « anti » euthanasie. A chacn ses coyances et ses idées !

  9. Les milliards d’euros « offert » à l’Ukraine, pays connu pour sa corruption, auraient bien servi pour développer les soins palliatifs !

  10. St Denis, ils ont voté pour un migrant musulman qu’ils ont élu comme maire … qu’est ce que l’évêque peut attendre de ces gens là, ça me paraît plutôt contradictoire …

  11. Pas d’accord pour dire que M. Lecornu fait du cinéma pour « retarder » l’échéance de la promulgation de la loi. Il est opposé à ce projet « d’aide à mourir ». Beaucoup de LREM sont du même avis que lui. En revanche, comme vous le savez 19 députés du RN sur 99 (je dis le chiffre de mémoire pour le nombre de députés de ce parti) ont approuvé ce projet ou se sont abstenus, ce qui est peu glorieux (euphémisme).
    Dommage que cet évêque, avec les 129 autres, au vu et au su du texte (publié en juin 2025, tout de même) ne se soient pas engagés personnellement contre ce projet, et par tous moyens et ont préféré se reporter à un communiqué assez terne de la Conférence des évêques de France.
    Son « dernier appel » ressemble à un remords, il me semble.

    • Pourquoi ne s’intéresser qu’aux chiffres du RN (17/102) ? Si les 17 RN votaient tous contre cette loi chérie de la gauche et des macronistes, elle passerait quand même.
      Pourquoi ne pas s’intéresser à ceux qui votent pratiquement en totalité pour l’euthanasie (LFI, Socialistes, Écologistes, EPR, GDR) ? Parce que ce sont des gentils de gauche et pas des méchants d’extrême droite ?

    • Vous parlez du « RN » … ET les autres partis ? ! … Ils en sont où par rapport à cette LOI EUTHANASIE ? ! …
      Il faut commencer à « construire le barrage répoublicain » en vue des présidentielles de mai 2027 … alors vous amenez votre porcelaine au « projet » ? ! …

    • Pinpin ! S’il était vraiment opposé fallait ´l’annoncer fort, haut et clair et démissionner si pas entendu. Bien dans la ligne de ce Front Républicain de la honte. Et je parle de ce que j’ai connu et vécu. Et je confirme, les nazis ont été les précurseurs. On en prend le chemin…

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