Economie - Editoriaux - 16 janvier 2020

Livret A : la spoliation des épargnants continue

Le calcul du taux du livret A vient de changer. Désormais, on l’établit en additionnant le taux Eonia (indicateur utilisé par les banques pour fixer certains taux d’intérêt de prêts et placements) à la moyenne de l’inflation (hors tabac) sur les six derniers mois, avant de diviser le tout par 2. Le taux du livret A ne saurait être inférieur à 0,5 %. À noter que le gouvernement conserve le droit de modifier unilatéralement le taux du livret A, à la baisse comme à la hausse, s’il l’estime utile pour l’économie.

Le taux Eonia est la moyenne des taux des prêts interbancaires. Il est actuellement négatif à -0,455 %. Il sert de référence à de nombreux contrat, et notamment pour les prêts à la consommation et immobiliers délivrés aux particuliers. Un scandale de manipulation du cours d’un indice lié à Eonia, l’Euribor a été découvert il y a 2 ans ; cette malversation qui a enrichi quelques spéculateurs et plusieurs établissements bancaires a été possible car les statistiques manquent et que les banquiers doivent procéder à des estimations.

Conséquence de ce scandale, l’Eonia sera bientôt remplacé par l’ESTER, taux officiel calculé sur les mêmes bases que l’Eonia par la Banque centrale européenne et non plus par les banquiers, ce qui laisse présager l’intégrité des résultats. Le livret A dépendra de l’ESTER quand ce dernier sera créé.

L’inflation vient d’exploser en décembre. Alors que le glissement sur un an était de 0,8 % en octobre 2019, de 1 % en novembre 2019, elle a atteint 1,4 % en décembre 2019 (INSEE). La moyenne des six derniers mois est de 1,05 %, Nous devrions donc avoir un taux du livret A d’un peu plus de 0,25 % [(1,05 %–0,455 %)/2]. Grâce à la clause de sauvegarde, il sera néanmoins de 0,5 %, ce qui induira un décrochage de près de 1 % par rapport à l’inflation récente.

Nous avons connu des époques où le livret A était, par principe, supérieur à l’inflation, mais ce temps-là est bien terminé.
Le livret d’épargne populaire (LEP), lui, est réservé aux contribuables les plus modestes (environ 40 % de la population). Un célibataire doit en effet gagner moins de 1.400 € nets par mois pour y accéder alors que chaque conjoint d’un couple avec deux enfants doit gagner moins de 1.900 € nets par mois pour pouvoir ouvrir un LEP. Le plafond du LEP est modeste (7.700 euros) et le taux servi en février 2020 n’est que de 1 %. Au micro d’Europe 1, ce 16 janvier, Bruno Le Maire, comme tous les ministres confrontés à la baisse du taux du livret A, a vanté le LEP et promeut son développement. En effet, beaucoup de personnes ne font pas appel à ce placement alors qu’elles y ont droit. Existe également le livret jeune au plafond faible de 1.600 € pour ceux qui ont entre 12 et 25 ans, dont le taux est fixé librement par les banques, mais ne saurait être inférieur à 0,75 % actuellement.

Les 295 milliards d’euros placés sur le livret A financent d’abord le logement social ; les HLM ont recours à ce pactole en empruntant, grâce à lui, moins cher qu’auprès des banques. Une partie de ces 295 milliards est également utilisée pour financer les PME, les collectivités locales et, accessoirement, la dette de l’État. De ce fait, le taux du livret A doit nécessairement rapporter moins que l’inflation, puisqu’un grand nombre d’organismes semi-officiels empruntent à bon compte grâce à ce différentiel, qui pourtant spolie les Français.

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