Editoriaux - Politique - 16 janvier 2020

Marine Le Pen candidate en 2022 : trop tôt ?

a donc annoncé, ce jeudi 16 janvier, lors de ses vœux à la presse, qu’elle sera candidate à l’élection présidentielle de . C’est une surprise sans en être une. Tout semblait indiquer, depuis plusieurs mois, que la présidente du Rassemblement national repartirait à la conquête de l’Élysée. Mais la surprise vient de la précocité de cette annonce : plus de deux ans avant l’échéance ! Trop tôt ? À côté de la plaque, diront certains, alors que nous sommes en pleine campagne des municipales, campagne qui, du reste, semble plutôt atone pour l’instant.

Pas si sûr, à bien y réfléchir. En effet, après l’échec de 2017 dans les circonstances que l’on sait, vint un temps que l’on pourrait qualifier d’enfouissement. Marine Le Pen, dans la perspective du congrès de 2018, fit le tour des fédérations de son parti, compta et réconforta ses troupes.

En clair, après le gadin, elle remontait en selle, elle qui pratiqua l’équitation. Ceux qui, au passage, parièrent sur l’éclatement du mouvement, notamment avec le départ de Florian Philippot, en furent pour leurs frais.

Et puis, il y eut l’année 2018, le grand virage du quinquennat – car en politique, c’est comme à la guerre, il faut regarder l’état des forces adversaires : affaire Benalla et surtout crise des gilets jaunes. 2018 : la fin des illusions sur Macron, la Macronie, le macronisme, ni plus ni moins. L’année qui révéla que Marine Le Pen, si elle s’était plantée au débat d’entre-deux-tours, sur le fond, elle avait bien vu certaines choses, notamment sur le projet libéral-libertaire d’Emmanuel Macron et ses conséquences pour la société française. Bien évidemment, le procès – un peu facile – en incompétence sur le plan économique fut, est et sera sans doute encore intenté à la députée du Pas-de-Calais.

Bien évidemment, on rétorquera que cela doit bien faire quarante ans que la France est gouvernée par des hommes et des femmes particulièrement compétents en économie et que c’est, du reste, pour cela que le pays se porte si bien. Mais les temps de crise profonde que nous vivons n’appellent-ils pas, d’abord, des hommes et des femmes de décision ? Et de caractère ! C’est probablement là-dessus que Marine Le Pen peut et devrait capitaliser. Elle a connu l’échec. Un échec relatif, puisqu’elle fait partie du club très fermé de ceux qui ont accédé au second tour de l’élection reine : treize personnes, seulement, depuis 1965 ! Et l’échec, c’est ce qui forge, trempe le caractère. Une nécessité pour faire face à l’adversité, lorsqu’on est à la tête de l’État. À la tête de la France.

On a voulu nous convaincre, se convaincre, en 2017, que conquérir la France, c’était le coup d’un soir. « Ils » se sont même vantés d’avoir réalisé le casse du siècle. Résultat… Après bientôt trois ans de pouvoir macronien, la France est à fleur de peau. Le prochain chef de l’État aura l’immense tâche d’essayer de réconcilier les Français. Ce qui n’est pas gagné quand certains nous prédisent la guerre civile ! Non pas dans un consensus mou à la Chirac – on a vu le résultat…

Alors, Marine Le Pen dispose de moins de deux ans pour construire son image de femme d’État. Sur les questions internationales, elle fait plutôt un sans-faute, s’inscrivant généralement dans la tradition gaullienne, c’est-à-dire en considérant les seuls intérêts de la France. On l’a vu dernièrement sur la crise iranienne. Il lui faut, maintenant, s’extirper en quelque sorte de son habit de chef de parti si elle veut concrétiser l’ambition qu’elle a exprimée : « Mon projet est d’aller vers un projet d’unité nationale, autour d’un grand dessein français, d’un grand projet fédérateur qui puisse réunir les Français d’où qu’ils viennent, d’un projet de grande alternance pour remettre le pays sur pied. » Elle n’est donc peut-être pas à contretemps. Juste dans le temps. D’autant que, la nature ayant horreur du vide, ceux qui se revendiquent de l’héritage gaullien sont actuellement au mieux inaudibles, au pire cacophoniques.

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