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Les conflits d’intérêts sont, en fait, assez simples à gérer. Une fois identifiés, il suffit de s’abstenir de toute prise de décision après avoir averti en toute transparence de l’existence de ce conflit. Certes, des personnes se révèlent parfois incapables de se comporter correctement, par exemple l’emblématique dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne.

Un conflit de loyauté, c’est plus compliqué. À qui faut-il être loyal ?

Le chef direct ? C’était la défense des accusés du procès de Nuremberg : ils n’ont fait que loyalement obéir aux ordres venus de leurs supérieurs hiérarchiques directs. La barbarie nazie a été commise par des fonctionnaires médiocres.

Aux institutions ? Ne pas mordre la main qui vous nourrit, qui vous protège, c’est bien. Mais si ces institutions sont dévoyées, perverties, qu’elles abusent du pouvoir qu’elles détiennent ? La question devient alors : jusqu’où être loyal ?

Le télécran de la dystopie 1984 de George Orwell préfigure l’asservissement numérique auquel nous soumettent la NSA, les et bien d’autres sans doute. Il espionne le citoyen d’Océania et diffuse la destinée à le rendre plus soumis à Big Brother. Les traces numériques de ce que nous faisons, des informations auxquelles nous sommes exposés sont, bien sûr, analysables par des tiers ou des algorithmes dont les intentions ne sont pas altruistes : nous contrôler ou tirer profit de nous. Les outils d’un monde totalitaire sont déjà développés, déployés, testés.

En révélant au grand jour que cette dystopie était devenue réalité grâce aux soins diligents de la NSA, a indubitablement trahi son employeur. A-t-il trahi ou servi sa nation ou, plus largement, l’humanité entière en révélant l’hubris des agences gouvernementales américaines, de ce deep state arrogant si prompt à s’affranchir des règles de droit ?

Bien sûr, le séisme déclenché par ces révélations a blessé la bête qui n’en est que plus dangereuse, plus imprévisible. Elle poursuit son chantage au terrorisme, ailleurs comme ici. John O. Brennan, patron de la CIA, et son prédécesseur, James Woolsey, n’ont pas craint d’imputer la responsabilité des attentats du Bataclan aux fuites, disant qu’Edward Snowden avait « du sang sur les mains »[1].

La lecture de son autobiographie Mémoires vives tend à démontrer que son ultime loyauté, c’est à sa conscience qu’Edward Snowden l’a donnée. Comme tous ceux qui en ont une et se paient le luxe de l’écouter quand elle tintinnabule aux oreilles. Ce n’est guère différent des premiers chrétiens qui restaient soumis à l’autorité de l’empereur, mais refusaient de sacrifier à la chimère de sa prétendue divinité. Et en mouraient. Il est des trahisons plus éthiques que d’autres, et les fins de Machiavel qui justifieraient des moyens servent également le parti des lanceurs d’alerte et celui des barbouzes de nos vies privées. Bref, ce livre est un itinéraire de réflexion. Il questionne les limites de notre loyauté et nous éclaire sur nos vulnérabilités induites par l’avènement de l’ère numérique.

 

 

[1]https://newrepublic.com/article/123888/john-brennan-and-james-woolsey-think-edward-snowden-should-be-blamed-for-the--attacks

19 juin 2021

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