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Sous la direction du journaliste Pierre Saint-Servant, ce ne sont pas moins de vingt et un contributeurs, universitaires, journalistes, écrivains eux-mêmes, qui ont dressé les portraits hauts en couleur et tout en contraste des « maudits », soit « ces écrivains épurés à la Libération », selon la définition apportée par Alain de Benoist, préfacier de ce bel ouvrage de plus 400 pages. Sans prétendre à l’exhaustivité, le livre dresse un tour d’horizon de ces gens de lettres que la doxa officielle s’acharnait à voir ensevelis sous un tombereau d’opprobres et d’infamie : Brasillach, Béraud, Bonnard, Brigneau, Céline, Drieu la Rochelle, Giono, Maurras, Montherlant, Rebatet, etc.

À une époque où rouges et bruns se concurrençaient – après s’être amourachés le temps d’un traité de non-agression mutuelle –, les premiers trompèrent si bien leur monde qu’ils obtinrent la victoire sur les seconds en se drapant des oripeaux vertueux de la démocratie, de la liberté et des droits de l’homme. C’est ainsi qu’émergea en France, à l’automne 1944, l’autoproclamé Comité national des écrivains (CNE) – issu lui-même du Front national des écrivains, mouvement communiste de résistance intellectuelle fondé en 1941 –, de semblable obédience – bien que composés de personnalités non marxistes, comme Jean Paulhan ou François Mauriac.

Ces fâcheux se faisaient fort de traquer les fachos – ou supposés tels – qui auraient trempé leur plume dans l’encre noire de la Collaboration. Version épuratoire des procès en sorcellerie de jadis, le CNE (« ces haineux », comme les avait dénommés Albert Paraz) poursuivait de sa rage vengeresse, tous les déviants qui « auraient aidé, encouragé ou soutenu par leurs écrits, par leurs actes ou par leur influence la propagande ou l’oppression hitlérienne », tout en réglant, à l’occasion, ses comptes – plus ou moins personnels – avec la concurrence. C’est ainsi que furent dressées des « listes noires » sur lesquelles furent couchés les noms de 174 écrivains ou folliculaires suspectés de complaisance intellectuelle avec l’ennemi. Le procédé était d’autant plus inquisitorial et partial qu’il prenait des allures sinistres de justice privée : « Ces listes de proscription ont été établies avant que les écrivains visés aient été jugés par les tribunaux », souligne Alain de Benoist.

Si le climat intellectuel d’aujourd’hui peut sembler étouffant, il convient de se souvenir, néanmoins, que l’atmosphère de cette furieuse période qui suivit la Libération, que l’on appellera l’épuration, était des plus poisseuses. Les « listes noires » apparaissaient alors comme une reviviscence de la « loi des suspects » en vigueur sous la Terreur, tandis que l’odeur du sang enivrait jusqu’à l’hystérie les confrères scrupuleusement vigilants de la République des Lettres. « Mort aux confrères ! » était « le mot d’ordre », comme le rappelle Alain de Benoist. Cet épisode de notre Histoire nationale, sans être anecdotique, reste, cependant, d’une ennuyeuse banalité. Parce que l’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs, il n’est pas un régime ou un État qui, après avoir refoulé l’ennemi de ses frontières, n’ait épuré, aseptisé, purgé, assaini les rangs de ses fonctionnaires, industriels, scientifiques ou intellectuels.

Mais aujourd’hui, reconnaissons que les épurateurs sont toujours là. Si Adolf Hitler est bien mort, le fascisme loin derrière nous, plane pourtant l’ombre d’une pensée unique prétendument « antifasciste » d’essence totalitaire, plus raffinée que les chemises brunes d’antan mais tout aussi oppressive. Si, naguère, l’on poursuivait les traîtres à la patrie, indépendamment de leurs idées, celles-ci, aujourd’hui devenues « nauséabondes », les encalmine derechef parmi les infréquentables et les pestiférés. Point de rédemption. C’est ainsi que, lors même qu’ils étaient publiés dans les années 1950-1960, les Brasillach, Saint-Loup ou Châteaubriant font désormais l’objet de rééditions confidentielles ou sont tenus en respect éditorial (tel Rebatet) par des « spécialistes » gauchis sous le harnais avec force notes et appareils critiques.

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