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Une cathédrale en flammes dans le cœur de Paris. Une colonne de fumée qui noircit les pensées et embue les regards. Un peuple saisi d’effroi, incrédule, silencieux. Et puis, soudain, regardant dans la même direction, des yeux levés au ciel, des courses qui s’arrêtent, des cœurs à l’unisson. C’est au pied de Notre-Dame en feu que nous ramène François Bert, dans son dernier roman, empreint de sensibilité, d’intériorité et de poésie. Comme s’il fallait chercher sous les cendres du brasier un message d’espérance. Un mystère lumineux dans le mystère douloureux.

Ce livre nous emmène dans la nuit de Paris, image de celle de nos vies errantes et solitaires. « Je n’étais pas dans le métro, j’étais moi-même métro », confesse le héros, incarnation de notre société liquide, tête baissée, cœur fermé. Chargé de l’enquête de voisinage au lendemain du drame, c’est à une œuvre de relèvement qu’il va se voir engagé, d’une tout autre essence et d’un tout autre sens que son emploi de simple greffier de judiciaire auquel il se croyait condamné. Avec tous ceux qu’il rencontre, les voici comme poussés, malgré eux, à voir un compagnon dans celui qui était, hier encore, un ennemi, un oublié, un anonyme. Et l’on voit, saisis nous-mêmes, les âmes se réchauffer, les blessures se guérir, les liens se renouer. Car « l’amour, c’est l’espérance qui te prend dans les bras ». Le spirituel est charnel, comme enseignait Péguy. Et nous voici à notre tour touchés par ce bel hymne à un amour vrai, fort, ardent, qui vous prend où l’on ne l’attend pas, irruption de la grâce jaillie d’un feu qui ne tue pas, mais rend plus fort.

Bernanos avait raison et Sartre avait tort : l’enfer, ce n’est pas les autres ; l’enfer, c’est le froid. Et il faut parfois qu’un feu dévore la pierre pour briser les cœurs de pierre. Qu’il vienne tout détruire pour nous pousser à rebâtir. Qu’il fasse disparaître la forêt réputée éternelle pour qu’on se souvienne que rien de grand ne se fait ni ne se garde sans patience ni sans alliance. Statufiés avant l’assaut des flammes, comme la galerie des rois au-dessus du porche de Notre-Dame, voici que les êtres fantomatiques et esseulés forment désormais des couples, des cœurs, des corps. Et puis les socles de tout un peuple qui se redresse.

Fiction, roman, poème ? Un peu tout cela, et encore plus. Comme un accent de chanson de geste que l’on voudrait poursuivre et rejoindre. Il y a de la clarté, de la chaleur et de l’ardeur, dans ce roman. Et si Les Feux de Notre-Dame, derrière le drame, portaient en eux un message ? Non pas de fin du monde, mais bien de redressement. Comme un signal avant le grand confinement, un appel, une exhortation. Comme une invitation à se retrouver. Nous retrouver nous-mêmes, se retrouver ensemble. Découvrir que Notre-Dame n’est pas une cathédrale engloutie mais une nef aux nervures nerveuses. Pas une vieille femme agonisante mais une jeune fille de France. Pas un monument mais une personne, aimée, aimante. Et qui, du cœur des flammes, prenant sur elle le feu, nous répète dans la nuit incandescente de ne pas avoir peur.

On pourrait croire que l’officier parachutiste légionnaire est par nature un homme blindé, mâchoires serrées, au cœur d’acier. Avec Les Feux de Notre Dame, François Bert nous prouve le contraire. Lui, l’ancien militaire, meneur d’hommes dans les combats, devenu conseiller des décideurs et recruteurs dans leurs choix, démontre combien nos théâtres d’opérations, petits ou grands, proches ou lointains, réclament une flamme que notre société soi-disant augmentée n’offrira jamais : celle d’un cœur battant.

26 octobre 2021

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