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Un ouvrage passionnant, en ce qu’il remet en cause nombre de verrous de la société française, par une vision qui n’est pas parisiano-centrée, loin de là. Cet ouvrage est comme une bouffée d’air frais sur le débat portant sur la réforme de l’État, la nature du pouvoir politique en France, le poids de la technostructure. Un débat qui devrait, avec celui de l’ et de l’immigration, être celui de la prochaine élection présidentielle, et même de la décennie à venir.

Docteur en histoire, universitaire ayant exercé de nombreuses fonctions tant publiques que privées, François Garçon est surtout un fin connaisseur des modèles étrangers, suisse d’abord, mais aussi anglais ou allemand. Le constat qu’il fait de l’état de l’élite française est assez accablant, souvent vif, mais toujours pertinent et stimulant.

Entendons-nous : s’il fustige ainsi les élites françaises, ce n’est pas en tant qu’élites, utiles et indispensables à la conduite d’un pays, mais pour leur incompétence.

Et cette incompétence, il l’attribue à une sorte d’anti-pragmatisme. La racine de ce mal uniquement français d’élites hors-sol est, nous dit-il, à trouver dans leur mode de recrutement et de reproduction sociale. L’auteur n’a pas de mots assez durs pour critiquer notre système de classes préparatoires aux grandes écoles, puis de grandes écoles dont le tout petit nombre (HEC, Sciences Po, l’ENA, l’X et quelques autres) et les toutes petites promotions seraient censés être un modèle que tout nous envie… mais que personne ne copie !

En France, explique-t-il, sont portés au pinacle et désignés à l’admiration de tous, notamment par une presse complaisante, ceux qui cumulent les diplômes et remportent les meilleures places aux meilleurs concours, – ah, le saint Graal du major de promo ! – et non pas ceux qui créent, inventent, innovent, entreprennent. Par ce système de verrouillage, la société se fige, l’oligarchie de l’excellence laisse de côté les profils créatifs. Sont propulsés très tôt à des postes de responsabilité des profils de bêtes à concours, à l’ego surdimensionné parce que, pendant des années, on leur a expliqué qu’ils étaient les meilleurs. L’arrogance française vient de là, les « meilleurs » ne se remettent jamais en cause : le management devient brutal, volontiers méprisant, et la vie politique plus violente. L’autoritarisme de ceux qui ne se sont jamais remis en question, malgré des échecs patents – la gestion de la du Covid en est le parfait exemple – mène à l’exercice solitaire du pouvoir, face à une meute de conseillers serviles ou réduits au silence. Entourage, d’ailleurs, choisi dans les mêmes écoles, les mêmes cercles de pouvoir. Monde clos, cercle vicieux qui produit, inévitablement, de la violence sociale.

François Garçon ne se contente pas d’une critique en règle du modèle français, il propose évidemment des solutions. Le modèle suisse, malgré la dimension, l’histoire et la mentalité du pays bien différentes du nôtre, peut fournir, dit-il, de bons remèdes à la profonde de la démocratie représentative à la française. Chez eux, la démocratie commence à la base, au niveau de la commune, ce qui, au passage, peut expliquer l’absence d’ego du personnel politique. Les Suisses sont allergiques à « la théorie, les conventions fumeuses, la rhétorique, qu’ils assimilent à un emballage vide ». Bref, à tout ce simulacre de démocratie participative qu’ont été les conventions citoyennes et autres grands débats. Les référendums qui leur sont proposés ne rencontrent pas tous les obstacles institutionnels que l’on a chez nous et portent sur les sujets locaux comme sur les grands sujets. Et, surtout, leur vote est respecté.

« Si, confrontés aux conséquences de leurs choix économiques, politiques et sociétaux, les Français étaient eux aussi en capacité d’arbitrer les dépenses, ils gagneraient une maturité politique profitable au bien commun. » En Suisse, la publique est anticonstitutionnelle. Cela a été entériné par un vote populaire…

3 mai 2021

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