[LIVRE] Claire Koç ou l’émerveillement français
Tandis que certains tentent bien, en vain, de s’opposer aux dîners géants du Canon français et à tous ceux qui trinquent à la France éternelle, que d’autres s’acharnent à promouvoir une Nouvelle France, il faut lire de toute urgence Le Paradis français (Cerf) comme un acte de résistance. Résistance aux grincheux et à tous ceux qui ne voient plus ce qu’ils ont sous les yeux : un pays dont la culture et la langue ont illuminé le monde entier.
De son regard émerveillé de fille de réfugiés turcs sur le pays qu’elle a pleinement adopté, de sa plume alerte de journaliste avisée, Claire Koç signe là un petit bijou de patriotisme. Un témoignage d’autant plus poignant qu’elle a déjà payé le prix fort de son assimilation. Sa conversion et son changement de prénom n’ont pas été du goût de tous. Qu’importent les huées, elle connaît le sens du mot « liberté ». « Je préfère mille fois être moquée pour mon amour de la France que de ressembler à ceux qui passent leur temps à cracher dans la soupe tricolore. Je choisis le roman national au cauchemar national, celui que certains s’acharnent à écrire en noir, comme si rien ne valait la peine d’être célébré », annonce-t-elle en préambule.
À ce sujet — [ÉDITO] À Caen, triomphe du Canon français, bide du pique-nique LFI. Tout n’est pas fichu !
« Un chef-d’œuvre vivant »
Le paradis français célèbre la beauté tant sur le fond que sur la forme, puisque chaque page est délicatement illustrée d’une aquarelle de l’auteur. En résulte un petit concentré d’élégance et de bonheur. « La France, elle s’apprend d’abord avec le cœur », écrit Claire Koç, qui laisse déborder le sien pour réveiller le nôtre assoupi devant les trésors de notre pays. Un livre qui s’adresse « à ceux qui ont oublié le labeur de leurs ancêtres, ce riche héritage forgé à coups de sueur et de génie ». Une réponse à ceux qui méprisent notre patrimoine « par idéologie, préfèrent tout déconstruire pour reconstruire sur du sable ». Un vibrant plaidoyer pour rappeler que « la France est un chef-d’œuvre vivant ».
Sa plume et son pinceau, donc, n’oublient rien de ce qui fonde l’esprit français, à commencer par la bonne chère : « La cuisine française est une leçon de civilisation », écrit-elle. Cette épicurienne se délecte aussi bien d’un bon cru ou d’un plat mijoté que de la langue française qui « enchante l’esprit et nourrit l’âme ». S’extasiant devant une vitrine d’antiquités - « Un pays capable d’inventer un mobilier dédié à la conversation est un pays qui pousse le raffinement jusqu’à faire de l’échange d’idées un plaisir suprême » -, elle convoque Voltaire, Descartes et Montesquieu et ressuscite, devant un bureau Mazarin du XVIIe siècle, l’art des salons d'autrefois. Loin de notre époque marquée par la précipitation et la vulgarité, la journaliste vante les mérites de l’amour courtois, « l’amour à la française », qu’elle découvre à travers les rayons de nos librairies dans lesquelles elle aime se réfugier : « J’apprends qu’il existait une tradition où l’amour était une quête mystique, le salut de l’âme. » L’élégance à la française et les chansons populaires ne sont pas en reste. Mais les pages les plus émouvantes sont peut-être celles qui relatent l’hommage de cette jeune femme immigrée à nos bâtisseurs qui l’ont précédée : « Des artistes sans galerie, des poètes sans vers […] les ponts, les routes, les maisons, même les cabanes à outils dans les champs, tout ça, c’était leur France. Une France qu’on pourrait toucher, gravée dans le calcaire et le bois de chêne […] Une France qu’ils voulaient immortelle. »
Amis lecteurs que l’actualité peut parfois désespérer, lire cet ouvrage dont chaque page respire le panache et l’admiration pour nos traditions, c’est s’offrir une parenthèse salutaire. Une invitation à continuer d’élever la voix pour admirer l'ancienne France et la faire aimer.
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11 commentaires
Mme Koç est une parfaite incarnation de l’assimilation à la française.
Merci à l’auteur. Les artistes ont toujours davantage d’intuition que la moyenne des individus, ils savent reconnaître le beau, le vrai, la tradition ! C’est la rançon de la sensibilité…
CELA fait un bien fou
Tout n’est donc pas perdu, elle est de la même veine que les DAOUD, SANSAL et bien d’autres qui célèbrent notre France en étant venu d’ailleurs.
OUI
Moi je pique-nique qu’avec du cochon car « dans le cochon tout est bon »
N’oubliez pas le coup de rouge !
« »un pays dont la culture et la langue ont illuminé le monde entier. » » voui, ya looooongtemps !
Merci pour cet article qui nous rappelle une énième fois qu’un individu devient généralement aveugle du milieu dans lequel il évolue s’il ne cultive pas farouchement la liberté et l’indépendance d’esprit. Cela vaut pour tout le monde, y compris BV.
Bravo à l’auteure de cet ouvrage pour l’acuité et la générosité de son regard sur la France. Après s’être extraite définitivement de son milieu d’origine, elle est maintenant capable de poser un regard plus juste et plus lucide sur notre pays que nous-mêmes.
NON; je viens de la génération 50 et je vois « l’évolution » – bien sûr catastrophique – de ce qui était mon pays. Elle arrive de turquie et a un miroir inversé…
Je me suis régalée à lire cet article. Venue d’ailleurs, Claire C
Koç célèbre une France qu’on espère conserver.