Audio - Editoriaux - Entretiens - Histoire - Politique - Sport - Table - 23 novembre 2017

“L’idée est née de créer un modèle local alternatif à ce que propose McDo !”

Grégory Gendre, maire sans étiquette de Dolus-d’Oléron, s’oppose vigoureusement, avec son équipe municipale, à l’installation d’un McDo dans sa commune, projet qui, selon lui, va diamétralement à l’encontre du programme pour lequel il a été élu.

Leurs indemnités d’élus et une cagnotte spontanée financent l’astreinte journalière à laquelle ils ont été condamnés. Une idée a germé : celle de créer une solution alternative et locale.

Gregory Gendre, vous êtes le maire de Dolus-d’Oléron. Votre commune est en guerre contre l’installation d’un McDonald’s. Pouvez-vous nous résumer cette lutte juridique ?

Je tiens tout d’abord à préciser que notre équipe municipale n’est pas d’un naturel guerrier.
Depuis 2014, un conseiller municipal de l’ancienne majorité souhaite absolument céder son terrain pour l’installation d’un restaurant de cette enseigne.
Nous avons été élus sur un programme de transition écologique, sociale et solidaire.
On promeut les circuits courts, les modèles peu émetteurs de carbone et le développement de territoires résiliants, c’est-à-dire capables de fonctionner avec des écosystèmes performants.
Le mode opératoire, la manière de faire et la logique financière de cette enseigne sont de détenir des fonds d’investissement. Son objectif est de générer du cash. Ce qui est mis en œuvre par cette enseigne va à l’encontre du projet politique sur lequel nous avons été élus. Nous avons fait passer la part de bio à la cantine de 18 à 40 % en deux ans, et 100 % pour notre énergie.
Le lieu d’implantation choisi par l’enseigne et par le propriétaire de ce terrain ne nous convient pas, car le risque accidentogène est extrêmement important. C’est pour cette raison que nous avons refusé le permis de construire.

Je précise que vous avez été condamné à verser 300 euros par jour de pénalité si cette chaîne ne peut pas s’installer chez vous. Comment gérez-vous cette situation ?

On a refusé un premier permis, puis un deuxième, puis un troisième. Entre-temps, la loi Macron est passée. Cette loi dit que l’ensemble des refus doit être fait dès le premier examen des permis.
Le président du tribunal administratif avait demandé que les trois refus soient analysés dans un seul dossier.
Le rapporteur public a indiqué que la succession de trois refus démontrait notre opposition systématique à l’enseigne. Il a considéré, donc, que j’avais outrepassé mon rôle.
Lorsque le tribunal administratif a rendu sa conclusion, il s’est positionné sur les deuxième et troisième refus, mais pas sur le premier. Les arguments soulevés dans le premier refus concernent justement le risque accidentogène et la problématique des véhicules. C’est ce qui a motivé notre appel.
Pour la petite histoire, la communauté de communes de l’île d’Oléron a signé avec l’État un contrat TEPOS (Territoire et énergie positive), qui a pour objectif de devenir autonome en énergie en 2050. Le principal levier est la réduction des gaz à effet de serre, notamment sur le volet transport.
Nous allons un peu à contre-courant en assurant la promotion des modèles de type drive.
De plus, nous sommes signataires d’un autre projet qui s’appelle zéro déchet. Ce projet vise à réduire les déchets, et notamment les déchets individuels. Nous savons que sur l’ensemble de ses restaurants, l’enseigne McDonald’s France produit 42.000 tonnes de déchets par an.
Ces éléments ont été présentés dans notre dossier. Nous avons demandé un sursis d’exécution de l’astreinte prononcée par le tribunal administratif. Le permis a débuté le 22 octobre dernier. Depuis cette date et ce, jusqu’au jour où nous sommes censés signer, nous devrons payer l’astreinte demandée, qui s’élève à 300 euros par jour.

Comment vous êtes-vous organisés pour être capables de payer ces 300 euros par jour ?

Nous savions que l’astreinte allait débuter le 22 octobre et que nous n’allions pas signer le permis.
L’astreinte allait donc commencer à courir.
Nous avons donc décidé de mettre nos indemnités d’élus en réserve pour couvrir un mois d’astreinte, c’est-à-dire 9.000 euros.
Pour ma part, par exemple, cela correspond à cinq mois d’indemnités. Deux de mes collègues ont mis trois mois de leurs indemnités.
Un élu local perçoit des indemnités. Nous avons donc mis cet argent dans une cagnotte au lieu de le mettre dans nos poches.
Cela nous a permis de créer deux forums physiques. Je ne parle pas de forum Facebook. Nous sommes vraiment dans la vraie vie avec des vrais gens.
Le premier forum réunit plus de 500 personnes. Ces 500 personnes sont venues et ont donné spontanément de l’argent. Nous avons récolté plus de 4.500 euros ce jour-là.
Des gens nous ont dit : « On veut participer. »
Au moment des états généraux de l’alimentation lancés par le gouvernement, nous avons mis le sujet sur la table grâce à neuf ateliers. Plus de 70 contributions ont été mises en œuvre.
L’idée est née de créer un modèle local alternatif à ce que propose McDo.