Pendant longtemps, les sanctions économiques décidées par les États-Unis étaient dirigées contre un État pour le mettre à genoux : l’Irak, bien qu’il fût déjà à genoux après la première invasion de Bush père, l’, afin d’aider à un renversement du pouvoir par une population mécontente des multiples pénuries, le Venezuela, pour lui apprendre à être antiaméricain sur le propre continent de la grande puissance, et bien d’autres encore.

L’efficacité politique de ces sanctions reste à démontrer car aucun changement de régime n’en est issu. Économiquement, c’est autre chose. La BNP en sait quelque chose, puisqu’elle fut condamnée, en 2015, à 8,9 milliards de dollars d’amende pour avoir contourné, entre 2000 et 2010, les embargos imposés par les États-Unis à Cuba, l’Iran, le Soudan et la Libye de Kadhafi, selon Le Monde. Elle a payé, une grande banque internationale ne pouvant se passer d’effectuer des transactions en dollars à travers le monde.

Car in fine, la sanction ultime est là : le récalcitrant ne peut utiliser la devise américaine alors qu’elle est au cœur du commerce international. Aucun groupe d’envergure ne peut envisager cette hypothèse sans disparaître. On mesure, au passage, l’importance d’une monnaie dans l’exercice de sa souveraineté par un État, mais passons.

De nombreuses entreprises ont ainsi été poursuivies par la Justice américaine : Total, Alstom, Alcatel, la Société générale et bien d’autres à travers le monde. Elles ont toutes courbé l’échine et payé.

Avec le projet de gazoduc Nord Stream 2, un pas supplémentaire est franchi. Cette fois, il ne s’agit pas de mettre la ou l’Europe à genoux mais d’empêcher la réalisation de ce gazoduc de 1.200 kilomètres qui part de Russie et doit arriver en par la mer Baltique, explique Les Échos.

L’idée est de sécuriser l’approvisionnement en gaz de l’Allemagne et, au-delà, de l’Europe. Nos voisins d’outre-Rhin ayant étourdiment renoncé au nucléaire et s’engageant à supprimer le charbon, il faut bien une source d’énergie. Et les forêts d’éoliennes qui défigurent leur pays n’y suffiront pas.

Depuis le début du chantier, les Américains sont vent debout contre ce projet. Ils ont multiplié les pressions sur les États et sur les entreprises y participant. Non sans succès, puisqu’à la suite d’une loi votée par le Congrès américain instaurant un premier volet de sanctions, l’entreprise hollando-suisse qui posait le tuyau en mer s’est retirée. Le chantier est à l’arrêt depuis six mois et Gazprom, le géant gazier russe, tente de trouver une solution, selon Les Échos.

Les Américains veulent évidemment contrer les Russes, obsession structurelle, et vendre leur propre gaz de schiste. Mais les Allemands n’en veulent pas : trop cher. Qu’à cela ne tienne : il faut bloquer le chantier qui est portant réalisé à 90 % !

Que l’on mesure bien ce que cela signifie : les Américains s’arrogent le droit d’empêcher des entreprises européennes de travailler sur des chantiers européens, ce qui est tout de même une première.

Les Allemands protestent vigoureusement contre cette atteinte à leur souveraineté, mais le reste de l’Europe est bien discret et si la Commission a qualifié les sanctions américaines de « contraire aux lois internationales », aucune riposte n’est en vue. Cela ne surprendra personne.

30 juillet 2020

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