Les saints de glace, entre expérience paysanne et foi populaire
Chaque printemps, au moment où les journées s’allongent et où les potagers reprennent vie, un sujet revient dans les conversations des jardiniers : les saints de glace. Cette coutume, transmise depuis des siècles, marque, dans la tradition populaire française, une période dangereuse pour les cultures sensibles au froid ou au gel et recommande, ainsi, d’attendre les 12, 13 et 14 mai avant de planter certaines espèces fragiles. Encore profondément ancrée dans les campagnes, cette tradition appartient à un patrimoine rural où l’observation du ciel, des saisons et des cycles naturels, mêlée aux fêtes chrétiennes, guidait autrefois les travaux agricoles et continue, encore aujourd’hui, d’influencer les pratiques des jardiniers.
Une croyance née de l’expérience paysanne
Les saints de glace trouvent leur origine dans l’observation des cycles naturels. Au printemps, il arrive qu’une masse d’air froid provoque un refroidissement brutal des températures, parfois accompagné de gelées nocturnes. Ces épisodes peuvent alors être dévastateurs pour les jeunes pousses et les plantations précoces. En plantant après les saints de glace, les jardiniers évitent le gel jusqu'à la mi-mai. Les tomates, les aubergines mais aussi les agrumes redoutent particulièrement les nuits froides. Les météorologues actuels rappellent qu’il ne s’agit pas d’une règle scientifique absolue. Les gelées tardives peuvent survenir avant ou après cette période, selon les régions et les années.
Mais pendant longtemps, les agriculteurs ont associé ces risques climatiques aux fêtes de trois saints célébrés les 11, 12 et 13 mai : saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais. Cela a, bien sûr, donné naissance à certains dictons comme « Avant Saint-Servais, point d’été. Après Saint-Servais, plus de gelée » ou encore « Saint-Servais, Saint-Pancrace et Saint-Mamert font à trois un petit hiver ». L’Église catholique, de son côté, n’a jamais associé ces saints à des pouvoirs météorologiques particuliers.
Mamert, Pancrace et Servais
Qui sont ces fameux trois saints de glace, ces figures du christianisme dont la mémoire est ravivée par cette tradition potagère ? Le premier, saint Mamert, fut évêque de Vienne, dans la Gaule du Ve siècle. Il est notamment connu pour avoir instauré les Rogations, ces processions religieuses organisées les trois jours précédant l’Ascension afin de bénir et protéger les récoltes contre les catastrophes naturelles. Encore aujourd’hui, le missel catholique romain propose des prières pour cette occasion : « Seigneur, permets que cette terre, enrichie par ta largesse et cultivée par le travail des hommes, produise du fruit en abondance pour que ton peuple se réjouisse des biens que tu lui accordes, et qu’il te rende grâce ici et dans l’éternité. »
Vient ensuite saint Pancrace, jeune adolescent originaire de Synnade, en Phrygie, dans l’ouest de l’actuelle Turquie. Arrivé à l’âge de 14 ans à Rome avec son oncle Denis, il est impressionné par le martyr des chrétiens. Converti, Pancrace est emmené devant l’empereur Dioclétien qui lui ordonne de sacrifier aux dieux païens. Le jeune homme, selon la tradition, lui aurait alors déclaré : « Je m’étonne que vous me commandiez d’avoir de l’estime pour vos dieux, alors que vous puniriez du supplice des esclaves qui mèneraient une vie aussi dépravée. » Touché dans son orgueil, Dioclétien fait trancher la tête de Pancrace. Son tombeau devient rapidement un lieu de culte sur lequel est érigée une basilique. Grégoire de Tours le surnommera plus tard le « vengeur des parjures », car l’habitude est prise par les Romains de prêter serment sur sa tombe. Lorsque, en cas de mensonge, ces derniers devenaient fous ou mouraient soudainement, ils prouvaient leur forfaiture. Il est également considéré comme le saint patron des enfants.
Enfin, le dernier saint de glace, saint Servais, était l’évêque de Tongres au IVe siècle, sur le territoire de l’actuelle Belgique. Il fut un ardent défenseur de la doctrine de l’Église face à l’hérésie d’Arius. Selon la tradition, il serait mort en 384 à Maastricht, où son tombeau est encore présent.
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9 commentaires
Il fut un ardent défenseur de la doctrine de l’Église de Rome face à l’hérésie d’Arius. A l’époque, l’arianisme était largement répandu dans les hautes sphères des peuples germaniques, qui avaient pris le pouvoir dans les légions au point d’élire leur propre empereur. Le seul souverain germanique qui refusa l’arianisme et fit alliance avec Rome fut un dénommé Clovis. La suite prouva qu’il n’avait pas eu tort.
Lu, ailleurs, les saint cavaliers seraient plus « fiables »: saint Georges et saint Marc, seraient eux aussi des repères…
« Martyre » des chrétiens, qui, en effet, étaient des « martyrs »…
Merci pour ce bel article qui nous ramène aux fondamentaux de notre pays et de notre société.
Article qui nous change des vilenies qu’une nouvelle « culture » veut nous imposer.
Il faut tout de même prendre en considération la géographie hexagonale. Dans cette période jugée critique par certains jardiniers, la température (donc les risques de gelée) n’est pas la même à Angers ou à Charleville Mézières…
M. Mascureau , merci pour votre texte explicatif de cette fameuse période des « saints de glace » dont on continue d’entendre parler à la campagne comme en ville d’ailleurs; c’est intéressant de connaître ces figures du christianisme qui ont perduré au fil des siècles!
En plus de ces phénomènes, n’oublions pas que les changements climatiques apportent leurs lots d’évènements climatiques inattendus !
CHUUUT ! …
Le « réchauffement climatique » n’est que l’expression des nuages à des mouvements météorologiques …
Il ne pleut pas car maintenant il faut dire : « les nuages transpirent parce qu’il fait chaud ! … »
Très amusant, mais fort plausible (de la part de nos benêts d’écolos)
La secte des réchauffistes nous taxaient de complotistes quand nous faisions part de notre scepticisme face à leurs affirmations sans preuves concrètes. Nous ne serons pas des « sachant », nos « zélites » devraient sortir la tête de leurs dossiers et regarder autour d’eux pour comprendre le monde qui els entourent, mais aussi leurs concitoyens….