La routière a annoncé, mardi 18 septembre 2018, que la protection des piétons serait renforcée et qu’il en coûterait désormais la perte de six points de permis – la moitié, donc, de son capital – à l’automobiliste pris en flagrant délit d’infraction.

L’infraction consistant à ne pas laisser la priorité au piéton, et ce, dans le cas où ledit piéton “s’engage régulièrement dans la traversée d’une chaussée ou manifeste clairement l’intention de le faire”. L’automobiliste doit-il analyser, en une fraction de seconde, les intentions de tous les piétons croisés sur son chemin ?

Il faut savoir que, selon ce principe, un piéton peut traverser une rue (sans obligatoirement aller chercher du boulot) où bon lui semble, à condition que cette traversée qu’on peut supposer périlleuse se fasse à plus de cinquante mètres d’un passage piéton (le piéton étant celui qui avait oublié son décamètre avant le périple fatidique).

Au-delà de cet amateurisme auquel nous a habitués ce gouvernement, conceptuellement, il procède comme tous les gouvernements républicains qui ont su rapidement découvrir le talon d’Achille des Français. Autrefois, c’était nos ennemis qui savaient profiter du point faible de nos ancêtres les Gaulois : les constantes querelles entre clans. Ce sont, maintenant, nos gouvernants qui s’ingénient à diviser les Français en autant de fractions – voire de factions – qu’il y a de situations ou de statuts, puisque, selon la maxime, il est indispensable de diviser pour régner.

Nous sommes tous, ou presque, à partir de l’âge de 18 ans, des automobilistes et, en même temps, des piétons.

Avant cet âge, on peut se déplacer à pied, à vélo, à trottinette, en planche à roulettes, en voiture à pédales.

Dix-huit longues années, donc, pour ces différents modes de déplacement afin d’apprendre à cohabiter en toute sérénité avec l’ennemi mortel : la voiture automobile, conduite par un assassin en puissance : vous-même. Ce serait donc le rôle des gouvernants d’organiser cette cohabitation et, auparavant, cette formation ; mais non, ils préfèrent instituer la schizophrénie à l’échelon national.

Dans ma bonne ville d’Aix-en-Provence, le plus important passage pour piétons, place de la Rotonde, relie la vieille ville à la nouvelle. Je respecte scrupuleusement les feux piétons, attendant sagement (pas plus de quelques dizaines de secondes) qu’il passe au vert. Je suis pratiquement le seul à attendre ; on peut estimer qu’une cinquantaine de piétons attendent, non pas le changement de couleur, mais un trou dans le flot des véhicules et traversent alors sans complexe, les gens casque sur les oreilles, les vieilles dames qui se servent d’une canne, les mères de poussant fièrement et criminellement devant elle leurs berceaux, jetant au passage un regard ironique sur ce benêt, voire ce fasciste fanatique de la discipline : moi-même. Quelquefois, je ne suis pas seul ; attendent avec moi un couple de Japonais ou d’Allemands, ou bien une jeune maman qui explique à ses enfants le fonctionnement des feux mais qui ont sous les yeux l’exemple contraire de ce qu’il convient de faire.

En janvier 2018, à Vannes, des policiers ont verbalisé un piéton qui a reçu une amende de quatre euros pour avoir traversé au feu rouge.

Haro médiatique sur ces forces de l’ordre qui, pour une fois, ont fait honnêtement leur travail alors que la plupart de leurs collègues se contentent de servir de supplétifs aux services fiscaux en allant empoisonner toujours et plus ces vaches à lait d’automobilistes.

27 septembre 2018

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