J’aime les moules. Je ne rate pas une occasion de savourer une moule charnue et bien juteuse, délicatement préparée avec juste ce qu’il faut comme aromates afin de ne point altérer, mais au contraire sublimer, le goût si subtil de ce petit morceau de chair.

Alors quand je me connecte chaque semaine sur le site du « drive » d’une célèbre chaîne de grande distribution pour faire mes courses, ma première recherche c’est « moules ».

Il faut dire que, ayant passé toute ma jeunesse dans une petite ville située quasiment au bord de la Manche au nord de la baie du Mont-Saint-Michel, je suis naturellement, culturellement, gastronomiquement, génétiquement, particulièrement tatillon sur la qualité de la moule.

C’est donc avec une joie quasi enfantine que je vis apparaître sur mon écran un joli paquet de moules conditionnées sous vide, donc bien fraîches et pratiquement prêtes à cuire pour la somme raisonnable de 5,95 €.

Je m’empressai donc de cliquer sur le petit Caddie™, étant d’autant plus alléché que le fournisseur affichait pour slogan, « De la mer… à l’assiette ».

Ayant, comme à la télé, préparé tous mes ingrédients sur mon plan de travail dans des petits ramequins (échalotes finement ciselées, persil grossièrement haché, vin blanc sec, poivre du moulin, crème fraîche), je pris le paquet de moules pour rincer les précieux mollusques et je crus soudainement défaillir…

Mes jambes se dérobèrent et je fus pris d’un malaise en lisant sur l’étiquette « Zone de pêche FAO.27.III MER BALTIQUE » !

Ainsi donc, alors que nous sommes en pleine saison, à moins de 100 km de la mer, non loin de la baie du Mont-Saint-Michel, une grande chaîne de distribution qui se fait fort, à grands coups de pub, de privilégier les producteurs locaux et les « circuits courts » va s’approvisionner dans la mer Baltique !

Mais, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je décidai de cuisiner ces moules qui avaient, somme toute, bon aspect extérieur : bien grattées et de bonne taille, ni trop grosses comme ces grosses moules espagnoles qu’il faut beurrer copieusement à l’ail et faire gratiner pour qu’elles aient du goût, ni trop petites, toutes décharnées et sans rien à se mettre sous la dent.

Et, après tout, les moules lettones, lituaniennes, estoniennes, voire polonaises, valent peut-être mes habituelles moules normandes ? Il faut vivre avec son temps et oser goûter à tout.

Hélas, au lieu de voir, à la cuisson, s’écarter délicatement les coquilles pour dévoiler une belle chair orange ou blanche (selon le sexe de la moule), je vis des coquilles s’entrebâiller péniblement sous l’effet de la chaleur pour faire apparaître une sorte de tendon et un bout de chair flasque et sans couleur, le plus souvent garni de ces minuscules petits crabes qui craquent sous la dent.

Et je dus me contenter du jus de cuisson fait, lui, avec des ingrédients locaux…

Mais quelle leçon, quelle foutaise que les beaux discours de ces rois de la distribution, fossoyeurs du petit commerce, des centre-villes, de l’agro-alimentaire, de l’agriculture, de la pêche artisanale, entre autres.

« Mais va donc chez le poissonnier du coin », me direz-vous ! Ce serait avec plaisir ; le seul problème, c’est qu’il n’y en a plus ! Je ne vais tout de même pas faire des kilomètres pour assouvir mon désir de moules fraîches, ce ne serait pas raisonnable. Tant pis, je vais faire abstinence, après tout, c’est la Covid-19 attitude…

 

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