Editoriaux - Politique - 28 mai 2019

Les droites au plus bas !

Non seulement il n’y a pas eu de miracle Bellamy, mais on peut désormais parler d’une catastrophe Bellamy (8,48 %, soit moins d’un quart des voix recueillies par les droites). De toute évidence, le discours libéral-conservateur ne plaît guère aux Français, ce qui ne nous surprend pas. Laurent Wauquiez s’est totalement trompé ; il a cru qu’il pourrait siphonner l’électorat « national-populiste » en mettant, à la tête de sa liste, un représentant du courant libéral-conservateur ; on ne peut que constater l’inanité de ce choix. C’est la ligne « nationale-populiste » qui a permis au RN d’arriver en tête lors de ce scrutin, comme en 2014, et c’est le choix du libéral-conservatisme qui a coulé LR.

Les mots « conservateur » et « conservatisme » sont perçus négativement par une écrasante majorité de Français, ce qui les rend inutilisables dans le champ électoral, et même au-delà. De plus, ce sont des mots qui peuvent signifier des choses très différentes parce que nous ne voulons pas tous, à droite, conserver les mêmes choses. Les nationaux-populistes sont, sans le dire, des conservateurs puisqu’ils militent pour la pérennité des nations, de leur indépendance, de leurs institutions, de leurs cultures et de leurs modes de vie, mais ils ne veulent pas que perdurent les inégalités économiques grandissantes liées au système économique libéral, contrairement aux libéraux-conservateurs. On pourrait multiplier les exemples de ce type.

Cet échec est une leçon dont les gens de droite devraient se souvenir, parce qu’à notre avis – et ce résultat l’illustre -, en France, le libéral-conservatisme est une impasse. Le fait que la base sociologique très étroite du courant libéral-conservateur se résume à la bourgeoisie traditionnelle des villes grandes et moyennes lui interdit tout espoir de montée en puissance. Pour Les Républicains, le renouveau ne pourrait venir que d’un retour aux inspirations fondamentales du gaullisme (pérennité, indépendance et grandeur de la nation, d’une part, solidarité sociale et économique, d’autre part) mais ses cadres sont tellement imprégnés de libéral-libertarisme qu’on peut se demander si l’existence même de ce parti n’est pas définitivement compromise.

Nous écrivions, il y a quelques jours, ici que les droites sont à la peine ; aujourd’hui, nous pouvons constater que leur situation est encore plus mauvaise que ce que nous pensions alors : elles n’ont recueilli que 37 % des suffrages. Autant dire que nous sommes très éloignés de l’hégémonie fantasmée par certains qui s’appuient sur des sondages, tel celui de l’IFOP réalisé pour le journal L’Humanité en septembre 2018, lequel indiquait un total de 56 % d’électeurs se définissant comme étant de droite, dont 11 % d’extrême droite, 24 % de droite et 21 % de centre droit. Le problème, c’est que ces électeurs de centre droit sont des libéraux très proches des libéraux macronistes ; les résultats des élections de ce dimanche ont confirmé un sondage EuroTrack du 3 mai 2019 qui a révélé que LR ne parvient pas à récupérer ses anciens électeurs centristes.

Le paysage politique traduit la stratégie de domination intellectuelle menée par les gauches socialiste, communiste ou écologiste mais aussi libérale. D’une part, les partis de droite ont complètement négligé l’indispensable travail de réflexion et de diffusion des idées et, d’autre part, les actions métapolitiques menées par des groupes indépendants des partis n’ont, à ce jour, qu’une influence dérisoire du fait de l’étroitesse de leurs cibles (traditionalisme catholique ou, au contraire, néo-paganisme ; promotion de l’idée d’un État fédéral des régions d’Europe passant par la destruction des nations historiques ; anticapitalisme radical ou, au contraire, ultralibéralisme ; néo-royalisme et antirépublicanisme compulsif…). De toute évidence, les droites n’ont pas encore élaboré un corpus qui pourrait séduire une majorité de nos compatriotes. L’essentiel reste à faire.

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