Pour votre santé physique, mangez cinq gestes barrière par jour. Mais pour le salut de votre âme, dévorez les bonnes confitures confinées de !

« J’écris aux incarcérés du monde entier. » Voici les tout premiers mots de l’ambitieuse tribune que Leïla Slimani s’est offerte sur France Inter (D’une chambre à soi, 8 avril 2020). Une tribune afin de « nous inviter à regarder au-delà des quatre murs de nos espaces confinés ». Afin de nous inviter à prendre de l’altitude, nombrilistes calfeutrés que nous sommes, franchouillards étriqués dans nos vies minuscules !

« J’écris aux détenus de droit commun, aux emprisonnés politique, aux bagnards, à ceux qui croupissent dans un cachot et qui ignorent pourquoi. » Il faut dire qu’en matière d’enfermement, elle s’y connaît — claquemurée dans sa maison de campagne (à colombages, paraît-il) où fut entamé, il y a maintenant trois semaines, le fameux Journal de confinement.

« J’écris aux femmes cloîtrées… » Les femmes cloîtrées, c’est vrai que c’est une cause noble. Enfin, autrement plus noble que celle des mâles confinés, avinés et vindicatifs !

« J’écris aux médecins qui soignent dans les souterrains de Syrie des enfants rendus fous par la solitude et le confinement. » Le confinement au Moyen-Orient, c’est tout de même beaucoup plus classe que celui de Mulhouse.

« J’écris aux trois millions d’enfants qui meurent, chaque année, de faim et de notre indifférence. » La fameuse indifférence de nous autres. C’est vrai qu’on n’y pense pas assez, aux millions d’enfants qui meurent chaque année. Un peu de hauteur d’âme, bon sang !

« J’écris aux réfugiés de toutes les guerres, à ceux qui sont nés dans des camps et pour qui le monde n’est qu’un rêve, un lieu lointain et qui ne veut pas d’eux. Ces camps où des enfants de huit ans se coupent les veines car l’avenir n’est qu’un mot, vide de lumière et de sens. » Probablement le morceau de bravoure. C’est frais, c’est adolescent, ça suinte la bonté, c’est confit dans la moraline. Ça mérite un Covid-19 sur vingt.

« J’écris aux cadavres, ceux qui pourrissent dans la mer de mon enfance, ceux qu’on enterrent (sic) sous des pierres tombales qui ne portent pas de nom, sur les plages de Cadix, de Lesbos ou de Lampedusa. » Écrire aux cadavres : là, on touche au surnaturel. Il y a toujours, chez nos auteurs de génie, un moment où ça dérape un peu. Mais bon, c’est pour la bonne cause ! Et puis la majesté morale excuse tout — y compris les fautes d’accord sujet-verbe.

« J’écris aux femmes battues qui entrent chaque soir chez elles comme on entre en cellule, terrifiées par le geôlier qui les attend, le poing fermé, la matraque à la ceinture. » Les femmes cloîtrées, c’était touchant mais clairement insuffisant. Mais les femmes battues, ça claque ! Et puis, c’est vrai qu’on n’en parle jamais assez, des femmes battues.

« J’écris à ceux qui rêvent d’une chambre à eux, de quatre murs, d’une porte qu’on puisse fermer. D’un lieu d’où ils pourraient ne pas sortir et où personne ne pourrait entrer. » Le confinement pour tous, vite ! En voilà une qui a compris l’essence spirituelle et métaphysique de notre époque…

Avec sa déjà lointaine Chanson douce, il semblerait que Leïla Slimani ait brûlé l’essentiel de son carburant littéraire. Mais qu’elle se rassure, elle n’aura bientôt plus besoin d’écrire de romans : désormais, elle est une figure du bien. Et on le sait, la marmite à moraline ne connaît pas la crise !

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